Préparation et riposte aux situations d'urgence

Relèvement des sytèmes de santé après Ebola: financement de la santé

La politique de financement de la santé s’attache à mobiliser et à mettre en commun les ressources financières en vue de les allouer aux prestataires de soins de façon équitable et efficiente.

Marie-Claire Fwelo-Mwanza, spécialiste de la mobilisation sociale, en Guinée
OMS/P. Haughton

La politique de financement de la santé s’attache à mobiliser et à mettre en commun les ressources financières en vue de les allouer aux prestataires de soins de façon équitable et efficiente (achats), de façon que des services de santé essentiels de bonne qualité soient mis à disposition de tous, en particulier les franges les plus pauvres de la population et les habitants des zones rurales.

Dans le cadre particulier du relèvement du système de santé après l’épidémie de virus Ebola, les politiques et stratégies nationales existantes de financement de la santé doivent être recentrées et mises en œuvre de façon à contribuer efficacement à la relance des systèmes de santé de district tout en tenant compte des principes directeurs présentés ci-dessous.

Perception des recettes

Il faut réduire fortement la part des dépenses directes dans les dépenses de santé totales des trois pays, car celles-ci créent une charge financière (sous la forme de dépenses de santé catastrophiques entraînant l’appauvrissement) qui incite à renoncer aux soins. De plus, les dépenses directes ne sauraient être considérées comme une source de financement fiable pour bâtir un modèle de prestation de services résilient.

Les recettes doivent provenir de sources prépayées, principalement budgétaires, auxquelles s’ajoutent éventuellement les financements de donateurs. Ces derniers doivent être alignés sur les mécanismes de financement des pays ou y être intégrés.

Mise en commun

Il faut éviter de mettre en place des dispositifs distincts pour les salariés du secteur structuré. Ces dispositifs induisent un fort effet de fragmentation et de distorsion et contribuent aux inégalités d’accès aux services de santé, lesquelles seront difficiles à vaincre ultérieurement. Il est donc essentiel d’étendre les bénéfices de la couverture à tous les groupes de population.

L’assurance-maladie communautaire n’est une solution valable ni pour accroître la protection financière de la population ni pour produire davantage de ressources financières en vue de développer les services de santé essentiels. Le renforcement de la participation de la communauté à la gestion et au contrôle de la qualité des systèmes de santé de district est un problème distinct qu’il faut considérer en tant que tel.

Politiques d'achats

L’argent n’est pas mis à bon usage d’un coup de baguette magique. Des mécanismes d’achat sont essentiels pour affecter les fonds là où ils sont nécessaires, inciter les prestataires à rechercher la qualité et l’efficience et garantir l’équité sur l’ensemble du territoire. Par exemple, le financement en fonction de la performance ou des résultats est une option que l’on pourrait envisager, en particulier en l’associant à des politiques en faveur de la gratuité des soins. La formule du financement par habitant peut également contribuer efficacement au développement des soins de santé primaires dans les zones actuellement mal desservies.

Gestion des finances publiques

Les règles de gestion des finances publiques en vigueur se sont souvent avérées limitées pour affecter efficacement les fonds prévus au budget pour la rémunération des prestataires (faibles taux d’exécution, décaissements tardifs, etc.). Le passage à la budgétisation fondée sur les produits est une possibilité pour améliorer la disponibilité des services et accompagner les réformes du financement de la santé.

Couverture du secteur informel et groupes de population pauvres

Un moyen d’améliorer immédiatement la couverture est de se concentrer sur les politiques de gratuité des soins (selon lesquelles des services spécifiques sont fournis à tous les groupes de population ou à certains d’entre eux) avant de passer ensuite à un ensemble plus complet.

Toute discussion sur l’assurance-santé doit se fonder dès le départ sur une approche universaliste. Cela permet d’éviter de se limiter aux seuls salariés du secteur structuré et suppose plutôt que le budget de l’État soit considéré comme un moyen de subventionner totalement ou partiellement la participation de ceux qui ne relèvent pas de ce secteur structuré.

C’est vrai en particulier des pauvres et des autres groupes de population vulnérables. Il est nécessaire pour cela de bâtir de solides capacités institutionnelles.