Préparation et riposte aux situations d'urgence

Maladie à virus Ebola – République démocratique du Congo

Bulletin d’information sur les flambées épidémiques
1 août 2019

La flambée de maladie à virus Ebola (MVE) qui sévit dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri en République démocratique du Congo s’est poursuivie cette semaine avec une transmission d’une intensité semblable à celle des semaines passées, c’est-à-dire 85 cas par semaine en moyenne (entre 79 et 91 cas par semaine) au cours des six dernières semaines (Figure 1). Il n’y a actuellement aucun cas confirmé de MVE en dehors de la République démocratique du Congo.

Le 30 juillet, un cas confirmé de MVE a été signalé dans la zone de santé de Nyiragongo, à la périphérie de la ville de Goma. Il s’agissait d’un mineur de la province d’Ituri qui s’est déplacé vers le sud en traversant plusieurs foyers épidémiques, où il a vraisemblablement contracté la maladie. Rien n’indique actuellement que ce cas était lié au premier cas constaté à Goma le 14 juillet (voir le Bulletin d’information sur les flambées épidémiques du 18 juillet). Étant donné qu’il était malade et qu’il est resté plusieurs jour dans la communauté avant de consulter un centre de santé, la transmission secondaire à ses contacts proches a été suspectée. Le dépistage a été positif pour deux membres de sa famille, son épouse et un enfant, qui sont actuellement soignés au Centre de traitement Ebola de Goma. Les résultats des tests sont attendus pour d’autres cas présumés parmi ses contacts. Renforcées par des mois de préparation, des mesures d’importance notamment la recherche exhaustive des contacts et la vaccination en anneau, ont été rapidement mises en place dès que ces cas ont été signalés pour prévenir une transmission tertiaire ou une transmission locale durable à Goma. Les équipes restent néanmoins prêtes à réagir si de nouveaux cas surviennent. Au 1er août 2019, il y avait quatre cas confirmés de MVE à Goma.

Dans l’intervalle de 21 jours entre le 11 et le 31 juillet 2019, 71 aires de santé relevant de 18 zones de santé, soit 11 % des 664 aires de santé que comptent les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri (Tableau 1, Figure 2), ont signalé de nouveaux cas. Au cours de cette période, 260 cas confirmés au total ont été signalés, dont la majorité provenaient des zones de santé de Beni (52 %, n=135) et Mandima (16 %, n=41). La plupart des cas signalés dans la zone de santé de Mandima (68 %, n=28) provenaient de l’aire de santé de Somé, d’où étaient originaires les cas signalés dans la ville proche de Mambasa ces dernières semaines. La riposte a été difficile à mener pendant plusieurs semaines dans l’aire de santé de Somé à cause de tensions entre les communautés locales et les équipes d’intervention Ebola. La situation s’est toutefois améliorée après l’instauration d’un dialogue avec les responsables locaux pour comprendre le point de vue de la population et trouver un terrain d’entente en vue de collaborer. La zone de santé de Biena a récemment indiqué qu’une période de 21 jours s’était écoulée depuis que le dernier cas y avait été signalé. Les foyers épidémiques restent cependant à l’origine de cas dans d’autres endroits à cause des déplacements des cas présumés et confirmés et de leurs contacts, et comme les risques de réintroduction du virus dans ces zones restent élevés, les équipes doivent rester munies de toutes les ressources nécessaires et demeurer vigilantes.

Au 31 juillet 2019, 2713 cas de MVE au total avaient été signalés – 2619 cas confirmés et 94 cas probables, dont 1823 cas mortels (taux de létalité global de 67 %). Sur le nombre total de cas confirmés et probables, 56 % (1527) étaient des femmes et 29 % (773) des enfants âgés de moins de 18 ans. Le nombre de cas continue d’augmenter parmi les agents de santé et atteint désormais 149 (5 % du nombre total de cas confirmés et probables). Au 1er août 2019, un an s’était écoulé depuis que le gouvernement de la République démocratique du Congo a annoncé la flambée de MVE. Les partenaires des Nations Unies ont réaffirmé leur engagement collectif envers la population de la République démocratique du Congo et appelé à la solidarité pour mettre fin à la flambée.

Figure 1 : Cas confirmés et cas probables de maladie à virus Ebola en fonction de la semaine d’apparition de la maladie, par zone de santé. Données au 31 juillet 2019*

*Les données des dernières semaines sont sujettes à des retards de confirmation et de notification des cas, ainsi qu’au nettoyage en cours des données. Autres zones de santé : Alimbongo, Ariwara, Biena, Bunia, Kalunguta, Kayna, Komanda, Kyondo, Lubero, Mangurujipa, Masereka, Mutwanga, Nyankunde, Nyiragongo, Oicha, Rwampara et Tchomia.

Figure 2 : Cas confirmés et cas probables de maladie à virus Ebola en fonction de la semaine d’apparition de la maladie, par zone de santé. Données au 1er août 2019*

Tableau 1 : Cas confirmés et cas probables de maladie à virus Ebola et nombre d’aires de santé touchées, par zone de santé, dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, en République démocratique du Congo, données au 31 juillet 2019**

**Le nombre total de cas et d’aires touchées au cours des 21 derniers jours est calculé en fonction de la date de la première alerte concernant des cas, qui parfois n’est pas la même que la date de confirmation, et il peut y avoir aussi des différences avec les notifications quotidiennes du Ministère de la santé.

Action de santé publique

Pour des informations plus détaillées sur les mesures de santé publique prises par le Ministère de la santé, l’OMS et les partenaires, veuillez consulter les derniers rapports de situation publiés par le Bureau régional OMS de l’Afrique :

Évaluation du risque par l’OMS

L’OMS suit en permanence l’évolution de la situation épidémiologique et du contexte de l’épidémie pour s’assurer que l’appui à la riposte est adapté à l’évolution des circonstances. D’après la dernière évaluation, les niveaux de risque à l’échelle régionale et nationale restent très élevés, tandis que le niveau de risque à l’échelle mondiale reste faible.

On constate encore des taux élevés de transmission dans les zones des provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri touchées par la flambée épidémique, ainsi qu'une propagation à de nouvelles zones (à haut risque) et au-delà des frontières ces derniers mois, sans toutefois de transmission locale durable dans ces zones. La forte proportion de décès dans les communautés, la proportion relativement faible de nouveaux cas qui étaient des contacts connus sous surveillance, l’existence de chaînes de transmission liées à des infections nosocomiales, les retards persistants de détection et d’isolement, et les difficultés d’accès à certaines communautés du fait de l’insécurité et des poches de réticence sont autant de facteurs qui augmentent la probabilité d’apparition de nouvelles chaînes de transmission dans les communautés touchées. Si la situation sécuritaire globale a été généralement calme ces 21 derniers jours et n’a pas eu d’incidence sensible sur les opérations de riposte, elle est demeurée instable et préoccupante, car des groupes armés non étatiques ont été aperçus et ont été actifs à plusieurs reprises dans la zone d’opération. Le personnel d’intervention et les ressources continuent à faire l’objet de menaces, ce qui peut dénoter une forte réticence de certains secteurs, groupes ou individus dans les communautés. La continuité des activités de riposte est facilitée par un suivi étroit de l’environnement opérationnel et par la mise en place de mesures de sécurité en conséquence. La durée prolongée de la flambée actuelle, la fatigue du personnel d’intervention et la sollicitation à l’extrême des ressources et d’un financement limités présentent des risques supplémentaires.

Ces risques, conjugués à d’importants mouvements de population des zones touchées par la flambée vers d’autres régions de la République démocratique du Congo et, par-delà des frontières poreuses, vers les pays limitrophes, augmentent le risque d’extension géographique dans le pays et dans les pays voisins. Mais les importantes activités de préparation opérationnelle menées dans plusieurs pays limitrophes ont probablement renforcé la capacité à détecter rapidement les cas et à limiter la propagation au niveau local. Ces activités doivent continuer d’être mises en œuvre à plus grande échelle.

Conseils de l’OMS

Le 17 juillet 2019, le Directeur général a convoqué le Comité d’urgence du Règlement sanitaire international (RSI) pour faire le point de la situation concernant la flambée de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo. Le Directeur général a accepté la recommandation du Comité et déclaré que la flambée constituait une urgence de santé publique de portée internationale. Davantage d’informations, notamment les recommandations temporaires formulées par le Comité d’urgence, figurent dans la déclaration, discours du Directeur général, et lecommuniqué de presse.

Sur la base des informations actuellement disponibles, l’OMS déconseille d’instaurer des restrictions aux voyages à destination de la République démocratique du Congo ou aux échanges commerciaux avec ce pays. Il n’existe actuellement aucun vaccin homologué pour protéger les populations contre le virus Ebola. Par conséquent, il n’est pas raisonnable d’exiger un certificat de vaccination anti-Ebola pour limiter la circulation transfrontalière ou la délivrance de visas aux passagers à destination ou en provenance des pays touchés. L’OMS continue de surveiller attentivement et, si nécessaire, de vérifier les mesures prises concernant les voyages et le commerce en relation avec cet événement. Pour le moment, aucun pays n’a pris de mesures entravant de manière importante le trafic international à destination ou en provenance de la République démocratique du Congo. Les voyageurs doivent demander conseil à leur médecin avant de partir et respecter les règles d’hygiène. Des informations supplémentaires sont disponibles en anglais dans les recommandations de l'OMS en matière de trafic international relatives à la flambée de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo.

Pour de plus amples informations, voir