Préparation et riposte aux situations d'urgence

Rougeole - Tunisie

Bulletin d’information sur les flambées épidémiques
9 mai 2019

Du 1er janvier au 30 avril 2019, le Ministère tunisien de la santé a fait face à une flambée importante de rougeole dans le pays. Au total, 3 141 cas suspects, parmi lesquels 909 (28,9 %) ont été confirmés en laboratoire et 1 236 (39,4 %) cas étaient liés sur le plan épidémiologique dont 30 décès (taux de létalité = 1,0 %), ont été notifiés dans les 24 gouvernorats du pays (fourchette 1 – 1 274). La majorité des cas ont été signalés dans les gouvernorats de Kasserine (1 274 cas) et de Sfax (212 cas). En avril 2019, quatre gouvernorats supplémentaires ont été particulièrement touchés avec 155, 116, 93 et 69 cas signalés respectivement à Kairouan, Tunis, Sousse et Nabeul.

Les deux tranches d'âge les plus touchées étaient les personnes âgées de plus de 15 ans (31 %) et les nourrissons âgés entre 6 et 12 mois (28 %). Le rapport hommes/femmes était de 1/2. Quatre-vingt-quatre pour cent des enfants touchés qui étaient âgés de 1 à 5 ans n'étaient pas vaccinés. Trente décès ont été signalés chez des patients âgés de 15 jours à 41 ans (âge médian : 7,5 mois).

À ce jour, le nombre de cas de rougeole rapportés est supérieur au nombre annuel moyen (12 cas) enregistré au cours des dix dernières années dans le pays ; le nombre le plus élevé (48 cas) ayant été signalé en 2012.

En 2013, la Tunisie a modifié sa stratégie de vaccination et a introduit la première dose du vaccin à valence rougeole à l'âge de 12 mois au lieu de 9 mois (figure 1).

Figure 1 : Répartition des cas de rougeole par rapport à la modification de la stratégie de vaccination. Tunisie, 1993-2019

Action de santé publique

Le Ministère tunisien de la santé coordonne les activités de riposte, avec le soutien de l'OMS et d'autres partenaires. Les mesures qu’il applique dans le cadre de l’action de santé publique sont les suivantes :

  • Isolement de tous les cas notifiés et lancement rapide d'une enquête épidémiologique, y compris la recherche des contacts.
  • Mesures visant à réduire la transmission (isolement des patients, limitation des hospitalisations et équipements de protection individuelle) dans les hôpitaux.
  • Vaccination des enfants âgés de plus de 6 mois non vaccinés et hospitalisés à l'hôpital pour enfants.
  • Vaccination du personnel hospitalier (personnel infirmier et paramédical) à l'hôpital pour enfants.
  • Vaccination des nourrissons âgés de 6 à 11 mois dans l'ensemble des gouvernorats.
  • Renforcement de la surveillance active, identification des cas ayant abandonné le vaccin antirougeoleux dans les gouvernorats touchés et approvisionnement en vaccins dans ces gouvernorats.

Évaluation du risque par l’OMS

Malgré l'augmentation du nombre de cas de rougeole en 2019, le risque au niveau national reste modéré du fait de la riposte immédiate des autorités (vaccination des enfants âgés de 6 à 11 mois, dans tout le pays). En outre, depuis 2012, le pays enregistre des taux élevés de couverture vaccinale pour la deuxième dose du vaccin à valence rougeole (>95 %), ce qui devrait contribuer à protéger de nombreuses cohortes de naissance contre la maladie.

Au total, sept gouvernorats tunisiens sont frontaliers de l'Algérie. En dépit de l'absence d’informations sur le nombre officiel de personnes qui franchissent la frontière, il est connu que de nombreuses familles se déplacent librement entre les deux pays, ce qui entraîne un risque modéré au niveau régional, tandis que le risque au niveau mondial reste faible.

Conseils de l’OMS

La rougeole est une maladie virale extrêmement contagieuse qui touche les individus sensibles à tout âge. Elle demeure l'une des principales causes de morbidité et de mortalité chez les jeunes enfants à l'échelle mondiale, malgré la disponibilité du vaccin à valence rougeole qui est sûr et efficace. La transmission s’opère par des gouttelettes de sécrétions (nasales ou pharyngées) d'une personne infectée. Les premiers symptômes de la rougeole, qui apparaissent environ 10 à 12 jours après l’infection, sont une forte fièvre s’accompagnant en général d’un ou de plusieurs autres symptômes parmi les suivants : rhinorrhée (nez qui coule), conjonctivite, toux, et petits points blanchâtres sur la face interne des joues. Quelques jours plus tard, l’éruption apparaît sur le visage et le haut du cou, puis elle progresse pour atteindre les mains et les pieds. Un patient est généralement contagieux quatre jours avant le début de l'éruption et quatre jours après l'apparition de l'éruption. La plupart des gens guérissent en deux à trois semaines.

S'il n'existe pas de traitement antiviral spécifique contre la rougeole, la supplémentation en vitamine A est recommandé par l'OMS pour tous les enfants infectés par la rougeole, car elle est associée à une réduction de la mortalité et de la gravité des complications. Chez les populations présentant des niveaux élevés de malnutrition et un manque de soins de santé adéquats, jusqu'à 10 % des cas de rougeole entraînent la mort et chez les groupes les plus vulnérables, les décès peuvent atteindre jusqu'à 30 %. Chez les enfants malnutris et les personnes plus sensibles, la rougeole peut également entraîner de graves complications, notamment la cécité, l'encéphalite, la diarrhée sévère, des infections otologiques et la pneumonie.

Dans les pays où la couverture vaccinale est faible, les épidémies surviennent généralement tous les deux à trois ans et durent habituellement entre deux et trois mois, toutefois leur durée varie selon la taille et le statut immunitaire de la population, ainsi que le surpeuplement.

La vaccination représente la seule mesure de prévention efficace contre la rougeole. L'administration de deux doses du vaccin antirougeoleux-antirubéoleux est recommandée pour garantir l'immunité.

L'OMS invite instamment l'ensemble des États Membres :

  • à vacciner la population afin de maintenir une couverture élevée (≥ 95%) grâce à l’administration de deux doses de vaccin à valence rougeole, dans chaque district ;
  • à vacciner les populations à risque (sans preuve de vaccination ou d'immunité contre la rougeole et la rubéole), telles que les agents de santé, les personnes travaillant dans les secteurs du tourisme et des transports et les voyageurs internationaux ;
  • à maintenir une réserve de vaccin à valence rougeole pour maîtriser les cas importés dans chaque pays de la Région ;
  • à renforcer la surveillance épidémiologique des cas de fièvre ou d'éruptions cutanées en vue de détecter en temps utile tous les cas suspects de rougeole dans les établissements de santé publics et privés et à veiller à ce que les échantillons soient reçus par les laboratoires dans les cinq jours suivant leur prélèvement ;
  • à assurer une riposte rapide face aux cas de rougeole importés moyennant le déploiement d'équipes d'intervention rapide pour prévenir l'établissement ou le rétablissement d'une transmission endémique ;
  • à administrer une supplémentation en vitamine A à tous les enfants chez qui la rougeole a été diagnostiquée afin de réduire les complications et la mortalité (deux doses de 50 000 UI pour un enfant de moins de 6 mois, 1 00 000 UI pour les enfants âgés de 6 à 12 mois et 200 000 UI pour ceux âgés de 12 à 59 mois, immédiatement au moment du diagnostic et le jour suivant).

Sur la base des informations disponibles concernant la flambée actuelle, l’OMS ne recommande pas d’instaurer des restrictions aux voyages ou aux échanges commerciaux avec la Tunisie.