Préparation et riposte aux situations d'urgence

Maladie à virus Ebola – République démocratique du Congo

Bulletin d’information sur les flambées épidémiques
28 décembre 2018

Le Ministère de la santé, l’OMS et les partenaires continuent de riposter à la flambée de maladie à virus Ebola (MVE) en République démocratique du Congo. Si, en général, on a pu compter sur le soutien des communautés touchées, les opérations ont été temporairement perturbées dans certaines zones pour des raisons d’insécurité. Le 27 décembre 2018, des protestations dans des bâtiments administratifs de Beni se sont étendues à un centre de transit pour Ebola, effrayant les patients qui attendaient les résultats de leurs tests et le personnel qui s’occupait d’eux. Le personnel du centre s’est retiré provisoirement et la plupart des cas présumés ont été transférés dans un centre de traitement à proximité. L’OMS s’inquiète des répercussions négatives que l’insécurité actuelle a sur les efforts pour endiguer la flambée. Après une intensification des activités sur le terrain, nous observons des signes encourageants dans de nombreuses zones, y compris une baisse récente du nombre des cas à Beni. Nous pourrions perdre cependant les bénéfices de ces progrès en cas d’insécurité prolongée provoquant un accroissement de la transmission. Tout en restant déterminés à mettre fin à la flambée et à reprendre les opérations normales dès que possible, tous les partenaires demeurent résolus à garantir la sécurité du personnel. L’OMS continue de surveiller attentivement la situation et adaptera la riposte selon les besoins.

Au 26 décembre 2018, 591 cas de MVE (543 confirmés et 48 probables) avaient été notifiés dans 16 zones de santé des provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri (Figure 1). Sur l’ensemble de ces cas, 54 concernaient des agents de santé, dont 18 sont morts. Globalement, 357 cas sont décédés (taux de létalité de 60 %). Au cours de la semaine écoulée, 10 patients supplémentaires ont été autorisés à quitter les centres de traitement Ebola ; au total, 203 patients ont guéri à ce jour. On observe le plus grand nombre de cas dans la tranche d’âge des 15-49 ans avec 60 % du total (355/589), dont 228 étaient de sexe féminin. On a constaté les taux d’atteinte les plus forts chez les enfants de plus d’un an (en particulier les nourrissons de sexe masculin) et chez les filles âgées de 15 ans et plus.

On retrouve dans les tendances de l’incidence des cas (Figure 2) la poursuite de la flambée sur des zones géographiques dispersées. La baisse générale de l’incidence hebdomadaire observée à Beni depuis la fin octobre a continué, mais la flambée s’intensifie à Butembo et Katwa et de nouveaux groupes de cas sont apparus dans d’autres zones de santé. Treize de ces zones ont notifié au total 109 cas confirmés au cours des 21 derniers jours (du 5 au 26 décembre 2018), dont une majorité concentrée dans de grands centres urbains et des localités dans les zones de santé de Katwa (26), Komanda (21), Mabalako (15), Beni (14) et Butembo (10). Un cas isolé a aussi été détecté récemment dans la zone de santé de Nyankunde, nouvelle zone touchée dans la province de l’Ituri, l’infection ayant probablement été contractée à Komanda. Ce cas démontre la permanence du risque élevé de propagation de la flambée et la nécessité de renforcer tous les aspects de la riposte en Ituri, au Nord-Kivu et dans les provinces et pays voisins.

Le Ministère de la santé, l’OMS et les partenaires continuent de surveiller toutes les alertes dans les régions affectées, dans d’autres provinces de la République démocratique du Congo et dans les pays limitrophes et d’enquêter. Depuis la publication du dernier rapport, des alertes ont fait l’objet d’enquêtes dans plusieurs provinces de la République démocratique du Congo, ainsi qu’en Ouganda. Jusqu’à présent, la MVE a été exclue pour toutes les alertes survenues en dehors des zones touchées susmentionnées.

Figure 1 : Répartition des cas confirmés et probables de maladie à virus Ebola par zone sanitaire dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, République démocratique du Congo, données au 26 décembre 2018 (n=591)

Figure 2 : Cas confirmés et probables de maladie à virus Ebola en fonction de la semaine d’apparition de la maladie, données au 26 décembre 2018 (n=591)*

*Les données des dernières semaines sont sujettes à des retards dans la confirmation et la notification des cas, ainsi qu’au nettoyage en cours des données ; l’évolution au cours de cette période doit être interprétée avec prudence.

Action de santé publique

Le Ministère de la santé continue à renforcer les mesures de riposte, avec le soutien de l’OMS et de ses partenaires. Les priorités sont la coordination, la surveillance, la recherche des contacts, les moyens de laboratoire, les mesures de lutte contre l’infection, la prise en charge clinique des patients, la vaccination, la communication sur les risques et la collaboration des communautés, le soutien psychosocial, les enterrements dignes et sécurisés, la surveillance transfrontalière et les activités de préparation dans les provinces et les pays voisins. Les pratiques de lutte contre l’infection dans les établissements de soins de santé, en particulier dans les dispensaires prénatals, doivent encore être renforcées.

Pour des informations détaillées sur les actions de l’OMS et de ses partenaires en matière de santé publique, veuillez consulter les derniers rapports de situation publiés par le Bureau régional OMS de l’Afrique :

Évaluation du risque par l’OMS

Cette flambée épidémique de MVE touche les provinces du nord-est du pays, à la frontière de l’Ouganda, du Rwanda et du Soudan du Sud. Les facteurs de risque potentiels pour la transmission de la MVE aux niveaux national et régional sont les voyages entre les zones touchées, le reste du pays et les pays limitrophes, et les déplacements de populations à l’intérieur du territoire congolais. Le pays est confronté actuellement à plusieurs autres épidémies (choléra et poliomyélite dérivée de souches vaccinales, paludisme, par exemple) et à une crise humanitaire prolongée. De plus, l’insécurité au Nord-Kivu et en Ituri continue d’entraver la mise en place des activités de riposte. D’après l’évaluation de l’OMS, le risque est très élevé aux niveaux national et régional, mais il demeure faible à l’échelle mondiale. Sur la base des éléments actuellement disponibles, l’OMS continue de déconseiller l’application de restrictions aux voyages et au commerce avec la République démocratique du Congo.

Comme le risque de propagation national et régional est très élevé, il est important que les provinces voisines et les pays limitrophes renforcent les activités de surveillance et de préparation. Le Comité d’urgence du Règlement sanitaire international (RSI 2005) a indiqué que le fait de ne pas intensifier ces activités de préparation et de surveillance entraînerait une détérioration de la situation et une propagation ultérieure. L’OMS continuera de collaborer avec les pays voisins et les partenaires pour s’assurer que les autorités sanitaires sont en état d’alerte et prêtes à riposter sur le plan opérationnel.

Conseils de l’OMS

Trafic international: Sur la base des informations actuellement disponibles, l’OMS déconseille d’instaurer toute restriction aux voyages ou aux échanges commerciaux avec la République démocratique du Congo. Il n’existe actuellement aucun vaccin homologué pour protéger les gens contre le virus Ebola. Par conséquent, toute exigence de certificat de vaccination anti-Ebola ne constitue pas une base raisonnable pour restreindre la circulation transfrontalière ou la délivrance de visas aux passagers quittant la République démocratique du Congo. L’Organisation continue de surveiller attentivement les mesures prises pour les voyages et le commerce en relation avec cet événement, effectuant les vérifications nécessaires le cas échéant. Pour l’instant, aucun pays n’a pris de mesures entravant sensiblement les voyages internationaux à destination ou en provenance de la République démocratique du Congo. Les voyageurs doivent demander conseil à leur médecin avant de partir et respecter les règles d’hygiène.

Pour de plus amples informations, voir :


1Le nombre de cas est susceptible de changer à la suite des reclassifications en cours, des investigations rétrospectives et des résultats de laboratoire disponibles.