Prévention de l’infection à VIH: espoir pour les victimes de violences sexuelles

Novembre 2014

MSF/Mariella Furrer

Lorsqu’à 25 ans, Fatuma a été violée à quelques mètres de chez elle à Khayelitsha en Afrique du Sud, elle savait exactement quoi faire.

«J’étais en état de choc et j’avais l’impression que ma vie était finie. Mais quelque chose en moi devait vouloir survivre car je savais que je ne devais pas me laver et que je devais me rendre dans un dispensaire dans les 72 heures pour recevoir des médicaments qui me protégeraient contre le VIH. Je l’avais entendu à la radio et lu sur des brochures d’information.»

Une lueur d’espoir pour les victimes de viol

Ces informations vitales provenaient du centre de médecine légale Thuthuzela de Khayelitsha, consultation destinée aux victimes de viol qui apporte une lueur d’espoir dans cette région d’Afrique du Sud où le taux de violence sexuelle est très élevé. Thuthuzela est un mot Xhosa qui signifie réconfort.

On conseille aux femmes qui subissent des violences sexuelles de se rendre directement au centre pour y recevoir une prophylaxie d’urgence contre le VIH – à savoir un traitement antirétroviral de 28 jours connu sous le nom de «PPE». Dans ce centre, on leur propose également conseil et soutien pour prévenir d’autres infections sexuellement transmissibles et éviter les grossesses non désirées. Elles reçoivent un soutien psychologique et, si elles le souhaitent, on les aide à porter plainte.

«En raison de la forte prévalence du VIH en Afrique du Sud, les victimes de violences sexuelles sont de plus en plus conscientes qu’il est indispensable de recevoir très rapidement des médicaments pour prévenir l’infection à VIH. Administrée correctement, dans les 72 heures qui suivent l’exposition au virus, la PPE peut réduire le risque d’infection de 80%. C’est important en soi mais c’est également une motivation qui incite les victimes à se rendre au centre où l’on peut également leur dispenser d’autres services,» déclare le Dr Genine Josias, coordonnateur médical du centre.

Le problème de l’observance de la prophylaxie postexposition

Il ne faut pas sous-estimer la nécessité de la PPE – prophylaxie postexposition – en Afrique du Sud. C’est le pays qui compte le plus grand nombre de personnes vivant avec le VIH dans le monde. Cela, allié à des taux élevés de violences sexuelles, signifie qu’un nombre important de personnes sont exposées à l’infection.

La PPE est proposée en Afrique du Sud depuis les années 1990. Son intérêt et son efficacité sont de mieux en mieux compris par les personnels de santé comme par les victimes qui en ont besoin. Toutefois, comme dans d’autres pays, l’observance du schéma thérapeutique pose problème. «Des données récentes montrent qu’au niveau mondial environ 40% seulement des victimes de violences sexuelles qui commencent une PPE terminent le traitement,» déclare le Dr Nathan Ford du Département VIHsida de l’OMS. «C’est en partie dû à la complexité de la prescription de la PPE mais aussi aux effets secondaires de certains médicaments utilisés,» ajoute-t-il.

Étendre l’utilisation de la PPE

En 2013, l’OMS a publié les Lignes directrices unifiées sur l’utilisation des antirétroviraux pour le traitement et la prévention de l’infection à VIH: recommandations pour une approche de santé publique. Une mise à jour de ces lignes directrices publiée cette semaine vise à améliorer la prise et l’observance de la PPE en simplifiant la manière dont les cliniciens prescrivent le traitement et en recommandant des médicaments ayant moins d’effets secondaires.

Le Dr François Venter, directeur exécutif adjoint du Wits Reproductive Health Institute de Johannesburg estime que l’Afrique du Sud est en bonne voie pour étendre l’utilisation de la PPE. «Les pouvoirs publics ont compris que l’infection à VIH était un problème considérable et ont adopté une approche rationnelle de la maladie. Ces derniers mois, le gouvernement a manifesté un vif intérêt pour l’actualisation des lignes directrices sur la PPE, surtout maintenant que l’OMS ouvre la voie,» a-t-il déclaré.

Le Dr Venter qui siège au conseil de la Southern African HIV Clinicians Society a déclaré que le pays avait les moyens de se procurer les médicaments antirétroviraux nécessaires pour la PPE. «Beaucoup des médicaments nécessaires sont déjà homologués et produits en Afrique du Sud. Les médicaments sont disponibles et d’un coût abordable,» a-t-il ajouté.

Sensibiliser davantage les communautés

Le Dr Josias estime toutefois que si beaucoup de victimes de violences sexuelles ne terminent pas le traitement de PPE c’est aussi parce qu’elles sous-estiment le risque d’avoir été infectées par le VIH. «Les victimes connaissent souvent leur agresseur et pensent également connaître son statut sérologique vis-à-vis du VIH. Mais elles peuvent se tromper», explique le Dr Josias.

C’est pourquoi la sensibilisation de la communauté est une partie essentielle du travail du centre de médecine légale Thuthuzela de Khayelitsha ainsi que d’autres centres Thuthuzela qui font le même travail dans d’autres parties du pays. «Il y a toujours davantage de personnes à éduquer, d’enfants qui grandissent. Nous diffusons des informations de toutes les façons possibles, depuis des publicités dans les journaux jusqu’au théâtre de marionnettes et aux ateliers.»