Bénin: les enquêteurs de l’OMS collaborent avec les autorités sanitaires nationales pour résoudre un mystère

Mars 2015

Par une chaude après-midi de novembre 2014, la Ministre de la Santé béninoise, le Dr Dorothée Kinde Gazard, et le représentant de l’OMS dans le pays, le Dr Youssouf Gamatié, ont visité l’Hôpital de Saint Jean de Dieu, à Tanguiéta, au nord-ouest du pays. Ils étaient d’humeur sombre.

OMS/M. Ndoutabe

En deux semaines, quatre employés de l’hôpital étaient décédés d’un épisode fébrile sévère, certains avec des signes de fièvre hémorragique virale; un évènement qui, de l’avis des experts de la santé publique, donne l’alerte sur une flambée d’une maladie infectieuse dangereuse. Compte tenu de l’épidémie actuelle de maladie à virus Ebola en Afrique de l’Ouest, une chose est venue immédiatement à l’esprit: le Bénin pouvait être le quatrième pays contaminé.

Des échantillons sanguins des personnes mortes à l’hôpital ont été envoyés dans un laboratoire spécialisé à Lagos (Nigéria). La Ministre et le Dr Gamatié ont été très soulagés d’apprendre du laboratoire que les échantillons étaient négatifs pour le virus Ebola. Il restait toutefois une question sans réponse: de quoi étaient morts un nourrisson de deux semaines, un interprète de l’hôpital, spécialiste des langues locales, et des agents de santé, dont un pédiatre très respecté?

Arrivée de l’équipe de l’OMS

La coïncidence a fait qu’un groupe d’experts des maladies infectieuses, dirigé par l’OMS et comprenant du personnel des Centres for Disease Control and Prevention des États-Unis d'Amérique, de l’Institut canadien de la santé publique, du Centre Pasteur de Lyon (France) et d’autres organisations partenaires, venait d’arriver au Bénin. Cette équipe avait été déployée dans le cadre de l’initiative de l’OMS pour le renforcement de la préparation à la maladie à virus Ebola visant à aider 14 pays prioritaires de la Région africaine à se préparer à une éventuelle flambée d’Ebola.

«Les signes et symptômes de la maladie qui a sévi à Tanguiéta étaient évocateurs d’une fièvre hémorragique», explique le Dr Catherine Smallwood, administrateur technique de l’équipe OMS de préparation à Ebola. «Jamais un cas de fièvre de Lassa n’avait été identifié au Bénin, mais c’est cette maladie qui est venue en premier à l’esprit une fois éliminée la possibilité d’Ebola car des cas de fièvre de Lassa avaient été signalés au Nigéria, pays voisin, au cours de l’année 2014.»

«Les signes et symptômes de la maladie qui a sévi à Tanguiéta étaient évocateurs d’une fièvre hémorragique.»

Dr Catherine Smallwood, administrateur technique de l'OMS, préparation à Ebola

La fièvre de Lassa est une maladie hémorragique virale aiguë et elle est présente dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest proches du Bénin. Elle se transmet à l’homme par contact avec des aliments ou des articles ménagers contaminés par des urines ou des déjections d’un rat local porteur du virus. Elle peut également se propager par contact d’une personne à l’autre, y compris dans les hôpitaux et les laboratoires n’appliquant pas des mesures suffisamment rigoureuses de lutte contre l’infection. Dans les cas graves, jusqu’à 15% des patients peuvent en mourir.

L’équipe internationale a conseillé au ministère de la Santé béninois de rechercher le virus de Lassa dans les échantillons de sang et elle a commencé à travailler avec les experts nationaux déjà désignés pour constituer l’équipe nationale centrale béninoise de riposte aux alertes au virus Ebola.

Deux membres de l’équipe de renforcement de la préparation au virus Ebola sont partis à Tanguiéta au moment où la Ministre et le représentant de l’OMS, le Dr Gamatié, revenaient à Cotonou, capitale économique du Bénin. Leurs véhicules se sont croisés alors que le chef du laboratoire de Lagos appelait pour dire que les deux échantillons provenant de l’hôpital avaient donné des résultats positifs pour la fièvre de Lassa.

Riposte à la flambée

L’équipe internationale et le ministère de la santé ont uni leurs forces pour lancer une intervention comparable à celle contre Ebola afin de lutter contre la flambée de fièvre de Lassa à Tanguiéta. Ils ont travaillé avec le personnel de l’hôpital pour construire un centre de soins en isolement, leur ont enseigné à utiliser les équipements de protection individuelle et ont commencé à surveiller plus de 200 personnes qui avaient été en contact avec les patients.

Il était désormais clair qu’une flambée de fièvre de Lassa avait débuté. Une femme habitant dans un village proche de Tanguiéta était morte de cette maladie deux jours après avoir accouché d’une petite fille. Celle-ci est tombée malade à l’âge de deux semaines et a été emmenée à l’Hôpital de Saint Jean de Dieu où elle a été traitée par le pédiatre de l’établissement. C’est à partir de là que la maladie s’est propagée.

Les membres de l’équipe se sont rendus au domicile de l’enfant où le chef de famille est un tradipraticien bien connu. Deux de ses trois épouses venaient de mourir de la fièvre de Lassa. «Il pensait qu’un sort lui avait été jeté, ainsi qu’à sa famille», explique le Dr Smallwood. « Lorsque le responsable médical du district lui a expliqué qu’une maladie en était la cause et qu’il fallait prendre certaines mesures pour éviter qu’elle ne se propage, il a été soulagé. »

Le guérisseur a accepté d’aider à éviter la propagation de la maladie et il a répandu des braises autour de sa maison, un moyen traditionnel d’avertir les gens de ne pas entrer. De plus, le responsable médical du district, qui avait des liens étroits avec la communauté, a dirigé les efforts pour sensibiliser la population locale à la présence de la fièvre de Lassa et à ce qu’il fallait faire si, dans les familles, quelqu’un tombait malade.

Mission accomplie

«Les mesures introduites par l’équipe ont permis d’endiguer rapidement la flambée de fièvre de Lassa et elles auraient été tout aussi efficaces contre une flambée d’Ebola.»

Dr Youssouf Gamatié, représentant de l’OMS au Bénin

«La mission dirigée par l’OMS au Bénin a fait ressortir l’importance de la préparation et de la coordination à tous les niveaux pour une riposte rapide, systématique et efficace», relève le Dr Gamatié. «Les mesures introduites par l’équipe ont permis d’endiguer rapidement la flambée de fièvre de Lassa et elles auraient été tout aussi efficaces contre une flambée d’Ebola.» En tout, il y a eu 16 cas de fièvre de Lassa dont 9 mortels et, depuis fin novembre, aucun nouveau cas n’est apparu.

Tandis que les experts à Tanguiéta dirigeaient la riposte contre la fièvre de Lassa, les autres membres de l’équipe menée par l’OMS sont restés à Cotonou, terminant la mission pour laquelle ils avaient été envoyés. Ils ont évalué la capacité du Bénin à détecter sans risque des cas potentiels d’Ebola, à enquêter sur eux et à les notifier. Ils ont formé le personnel soignant lors de visites sur le terrain, par des exercices sur table et des simulations des soins d’Ebola en milieu hospitalier.