Soudan du Sud: des mesures de prévention du choléra efficaces pour les personnes déplacées

Février 2015

Lorsque des violences ont éclaté au Soudan du Sud fin 2013, des dizaines de milliers de personnes fuyant le conflit ont cherché refuge dans les bases des Nations Unies situées autour du pays. Ces bases ont été très vite débordées, les familles étant entassées sans accès ou très peu à l’eau potable et à l’assainissement.

Une femme déplacée sur une base des Nations Unies à proximité du Soudan du Sud prend une dose de vaccin oral contre le choléra
OMS/Ali Ngethi

Puis la saison des pluies s’est annoncée, accroissant le risque de maladies à transmission hydrique, en particulier le choléra, qui est endémique dans le pays, et donc de flambées explosives dans les camps surpeuplés.

Or, lorsqu’une flambée de choléra s’est déclarée au Soudan du Sud cinq mois plus tard, les personnes déplacées vivant dans des camps de fortune sur les sites des Nations Unies n’ont pratiquement pas été touchées, et la transmission du choléra a été pour ainsi dire nulle.

La décision de mettre en place rapidement des mesures de prévention et de lutte, et notamment de vacciner préventivement les personnes déplacées sur les sites des Nations Unies au moyen du vaccin anticholérique oral, a sans doute évité une augmentation de la morbidité et de la mortalité parmi les habitants des camps vulnérables exposés à la maladie.

Les populations les plus vulnérables toujours exposées au choléra

Le choléra a été responsable de sept pandémies depuis deux siècles et l’on estime que 1,4 milliard de personnes sont encore exposées à la maladie dans les pays d’endémie. Plus de 100 000 personnes meurent du choléra chaque année, des enfants pour la moitié, et une fraction seulement des cas et des décès sont notifiés.

Le choléra est une maladie évitable et qui peut être traitée, mais qui continue de faire peser un lourd fardeau sur la société en raison de la lenteur des progrès pour donner accès à l’eau potable et à l’assainissement à toutes les populations, du manque d’accès aux soins lorsque les personnes tombent malades, et de l’émergence de souches nouvelles et plus virulentes.

Les crises humanitaires, qu’elles soient dues à des conflits ou à des catastrophes naturelles, créent souvent des conditions favorables à la transmission du choléra.

Éviter les flambées grâce à une action coordonnée

Les mesures prises pour prévenir une véritable épidémie de choléra dans les camps des Nations Unies au Soudan du Sud ont été le résultat direct d’un engagement international renouvelé pour lutter contre la maladie et de l’existence d’un vaccin sûr et efficace.

Depuis 2013, l’OMS gère avec ses trois principaux partenaires (FIRC, MSF, UNICEF) un stock mondial de vaccins, qui peut être utilisé pour faire face aux flambées et aux crises humanitaires.

«Les conditions de vie dans les camps du Soudan du Sud sont épouvantables. Début 2014, la diarrhée aqueuse aiguë et d’autres maladies à transmission hydrique étaient en augmentation. Nous savions que si nous ne mettions pas en place rapidement des mesures de prévention, nous aurions des centaines, voire des milliers de cas de choléra», rapporte le Dr Abdinasir Abubakar, médecin de l’OMS au Soudan du Sud. «Le ministère de la Santé a demandé à recevoir des vaccins du stock mondial et, en quelques semaines, 250 000 doses ont été livrées et les campagnes de vaccination menées par Medair et Médecins sans frontières.»

Le stock mondial de vaccin anticholérique a mis dans un premier temps à disposition 2 millions de doses, financées par cinq donateurs: la Fondation Bill & Melinda Gates, l’ELMA Vaccines and Immunization Foundation, le Département Aide humanitaire et Protection civile (ECHO) de l’UE, la Margaret A. Cargill Foundation and l’Office of Foreign Disaster Assistance de l’AID des États-Unis.

En 2015, grâce à un financement de l’Alliance GAVI, le nombre de doses disponibles aussi bien pour les points chauds d’endémie que pour les situations d’urgence devrait atteindre environ 3 millions.

C’est la propagation rapide du choléra suite au séisme de 2010 en Haïti qui a rappelé au monde que c’était encore une maladie mortelle majeure. On estime que 9000 personnes sont décédées du choléra en Haïti depuis le début de l’épidémie et que 700 000 ont été infectées.

En réalité, le choléra a toujours fait peser un lourd fardeau sur les pays, en particulier dans la région africaine et celle de l’Asie du Sud-Est. Ces dernières années, des épidémies ont éclaté dans la Corne de l’Afrique, en Sierra Leone, au Yémen et au Zimbabwe, notamment.

Le vaccin anticholérique oral, un outil efficace

En 2011, l’Assemblée mondiale de la Santé a qualifié le choléra de priorité mondiale de santé publique et appelé à revitaliser le Groupe spécial mondial de lutte contre le choléra, créé en 1991 pour faire face à la réapparition de la maladie en Amérique latine et en Afrique. Le réseau dirigé par l’OMS vise à mettre fin à la mortalité due au choléra en renforçant la collaboration internationale et la coordination entre les différents partenaires.

«L’utilisation sélective du VCO dans ce qu’il est convenu d’appeler les «points chauds» d’endémie et dans les situations d’urgence humanitaire est un outil puissant dans notre arsenal de mesures, mais pour combattre cette maladie, nous avons besoin d’une approche mondiale intégrée et novatrice fondée sur une meilleure prévention grâce à un accès amélioré à l’eau potable et à l’assainissement, et à une amélioration de la surveillance, de la préparation et de la riposte en cas d’épidémie», estime le Dr William Perea, coordonnateur de la lutte contre les maladies épidémiques à l’OMS.

«On observe un engagement renouvelé en faveur d’une réduction spectaculaire de la mortalité et de la morbidité dues au choléra. Grâce à une action collective, nous pouvons focaliser, catalyser et aider à coordonner l’appui aux pays pour les aider à mettre en place des mesures reposant sur des éléments probants pour lutter contre cette maladie,»poursuit-il.