Colombie: les infirmières améliorent la qualité des soins à la naissance

Décembre 2015

La maternité de l’hôpital La Victoria Sede II à Bogota, capitale de la Colombie, est l'un des 3 établissements du pays à avoir adopté la liste de contrôle pour la sécurité de l’accouchement mise au point par l’OMS.

Une femme enceinte est examinée en Colombie
Une femme enceinte est examinée en Colombie.
OPS/OMS

À la maternité de l’hôpital La Victoria Sede II à Bogota (Colombie), une femme enceinte est admise pour des douleurs à l’abdomen et des céphalées sévères. Sa tension artérielle est élevée et son visage et ses mains ont commencé à enfler.

L’infirmière-chef, Ana Celia García, reconnaît les symptômes de prééclampsie, l’une des principales causes de mortalité maternelle en Colombie et une pathologie qu’elle observe fréquemment à la maternité. Elle veut garantir des soins efficaces et sûrs à la mère.

Ana sait ce qu’elle doit faire. Elle se réfère à la liste de contrôle pour la sécurité de l’accouchement, mise au point par l’OMS et jointe à la fiche médicale de la patiente, et suit chaque étape pour dispenser à la mère et à son enfant les soins les plus sûrs possibles.

En passant en revue la liste de contrôle, elle s’arrête à la question: «La mère doit-elle commencer à prendre du sulfate de magnésium et un traitement antihypertenseur? ». Ana coche la case: « Oui, sulfate de magnésium administré» et continue à examiner la liste des interventions essentielles.

Une liste de contrôle simple

En juin 2014, dans le cadre de l’initiative pour la sécurité des patients, la Société colombienne d’anesthésiologie s’est jointe à la collaboration de l’OMS concernant la liste de contrôle pour la sécurité de l’accouchement, afin de tester sur le terrain son utilité dans trois établissements en Colombie: hôpital La Victoria Sede II, clinique El Prado et hôpital San José de Buga.

En utilisant les lignes directrices et les recommandations existantes de l’OMS, fondées sur des bases factuelles, la liste de contrôle comportant 29 points a été mise au point pour couvrir les principales causes de décès maternels et néonatals: hémorragies, infections, dystocie (travail difficile), prééclampsie et asphyxie à la naissance.

«L’une des choses les plus importantes à propos de cette liste de contrôle, ce sont les conseils qui nous alertent sur la sécurité de la mère. »

Ana Celia García, infirmière en chef de l'hôpital La Victoria Sede II de Bogota

Dans le cadre de l’essai sur le terrain, 142 infirmières colombiennes ont été formées à l’utilisation de la liste de contrôle mise au point avec la Harvard T.H. Chan School of Public Health, ainsi que des praticiens et des patients du monde entier. Ana reconnaît qu’en un peu moins d’un an seulement depuis son application, elle a amélioré la sécurité et la qualité des soins à l’hôpital La Victoria Sede II, où naissent plus de 3800 enfants chaque année.

«L’une des choses les plus importantes à propos de cette liste de contrôle, ce sont les conseils qui nous alertent sur la sécurité de la mère», indique Ana Celia García. En contrôlant la séquence des étapes avec le patient, nous diminuons les risques d’erreur et nous nous rappelons toutes les étapes nécessaires pour garantir la sécurité de l’accouchement pour la mère et l’enfant.»

«Utiliser la liste de contrôle nous aide à mieux maîtriser notre pratique et à surveiller correctement la sécurité de nos patients», poursuit-elle. «On peut constater notre succès au niveau de l’application, avec la baisse du nombre des effets indésirables et l’autonomisation des agents de santé dans notre établissement.»

Éviter les complications maternelles et néonatales dans le monde

Chaque jour dans le monde, environ 830 femmes meurent de causes évitables liées à la grossesse ou à l’accouchement. On pourrait éviter une proportion importante de ces décès en mettant en œuvre des pratiques de soins simples et bien connues, comme la prise de la tension artérielle et les mesures correctes à instaurer si elle est trop élevée.

Hélas, dans de nombreuses situations, la mauvaise qualité des infrastructures, le manque de personnel et les priorités en concurrence diminuent la qualité des soins dispensés à de nombreuses femmes enceintes et beaucoup de médecins et d’agents infirmiers omettent des mesures essentielles.

Pour lutter contre ce problème, l’OMS a mis au point l’édition pilote de sa liste de contrôle pour la sécurité de l’accouchement et l’a testée sur le terrain dans le cadre de plus 34 projets mondiaux entre 2012 et 2015, pour en garantir la viabilité et son utilisation pratique.

«La collaboration de l’OMS concernant la liste de contrôle pour la sécurité de l’accouchement nous permet d’en savoir plus sur l’utilisation de cette liste dans les différentes situations qui existent dans le monde, par exemple dans les pays à revenu faible, intermédiaire ou élevé. On peut ainsi mieux comprendre l’aspect pratique et sa faisabilité», déclare le Dr Sepideh Bagheri Nejad, administrateur technique au Département Prestation de services et sécurité de l’OMS.

Depuis 2012, l’OMS a également soutenu un essai contrôlé randomisé, appelé BetterBirth, dans plus d’une centaine d’hôpitaux en Inde, afin de tester l’efficacité de la liste de contrôle pour améliorer les résultats sanitaires pour les mères et leurs nourrissons. L’étude s’achèvera en 2017.

Les expériences de cet essai et des tests sur le terrain sont à la base du guide OMS d’application de la liste de contrôle pour la sécurité de l’accouchement. Le guide d’application et la liste de contrôle ont été publiés pour être utilisés dans le monde entier et sont en cours de traduction dans d’autres langues.