L’autodépistage aide à combattre le VIH chez les adolescents

Juillet 2015

Aujourd’hui, seule la moitié des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique. Cette «lacune» dans le dépistage, associée à l’importance d'un traitement précoce, suscite l’intérêt pour l’autodépistage du VIH.

Autodépistage du VIH au Malawi
OMS

«Si j’allais dans un dispensaire et voyais que la personne qui fait le dépistage est quelqu’un que je connais, je la saluerais, demanderais des nouvelles de sa famille et repartirais ensuite sans faire le dépistage du VIH. La plupart des gens doivent se rendre dans des dispensaires très éloignés où ils ne sont connus de personne pour faire le test.»

Les inquiétudes quant à la confidentialité et à la protection de la vie privée sont l’un des principaux obstacles à l’accès aux services de dépistage du VIH pour les adolescents (de 10 à 19 ans), comme l’exprime cette jeune femme au Malawi. Néanmoins, selon des études récentes sur les tests à faire soi-même, l’existence d’un moyen simple et discret de connaître son statut sérologique pourrait être l’une des clés pour obtenir une augmentation spectaculaire du nombre d’adolescents qui font le test, puis passent ensuite au soutien et à des tests complémentaires du VIH, à la prévention, au traitement et aux soins.

Le poids élevé de l’infection à VIH chez les adolescents

Les adolescents et les jeunes sont souvent extrêmement vulnérables à l’infection à VIH, sur le plan social et économique. Le sida est désormais la principale cause de mortalité chez les adolescents en Afrique et la deuxième cause de mortalité dans ce groupe à l’échelle mondiale.

Dans le monde en 2014, on a enregistré 220 000 nouvelles infections à VIH chez les adolescents, dont plus de 60% chez les jeunes filles ou jeunes femmes, et ce chiffre est encore plus élevé en Afrique subsaharienne. Pourtant, malgré cela, les adolescents ont une probabilité moins grande de faire le dépistage du VIH que les adultes

Encourager l’autodépistage

On a de plus en plus de données sur le rôle que pourrait jouer l’autodépistage pour aider les pays à atteindre la cible des 90-90-90 fixée par les Nations Unies et demandant une intensification du dépistage pour que 90% des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique.

Dans ses nouvelles lignes directrices sur les services de dépistage du VIH (Consolidated guidelines on HIV testing services), l’Organisation mondiale de la Santé encourage les pays à entreprendre des programmes pilotes sur l’autodépistage du VIH et à faire la synthèse des données factuelles sur le rôle qu’il pourrait jouer pour combler les lacunes en matière de dépistage. L’Organisation prévoit de publier en 2016 des lignes directrices normatives spécifiques.

Largement adopté par les adolescents

Dans le cadre d’un premier projet de démonstration de l’autodépistage du VIH à grande échelle en Afrique, un test à faire soi-même a été distribué à tous les adultes (de plus de 16 ans) dans la communauté de Blantyre au Malawi. Si l’adoption du test a été élevée en général dans la communauté, elle a été la plus forte chez les adolescents et les jeunes adultes. Dans les 12 mois suivant son introduction dans la communauté, pratiquement toutes les adolescentes (de 16 à 19 ans) l’ont utilisé, de même que plus de 80% de leurs homologues masculins.

Ces chiffres sont inédits dans un groupe souvent réticent au dépistage du VIH ou dans l’impossibilité de le faire, fréquemment à cause d’obstacles sociaux, structurels ou liés au système de santé. « Dans notre communauté, les jeunes sont ceux qui viennent en grand nombre pour prendre des kits d’autodépistage. Ils disent qu’ils veulent préparer leur avenir », indique un conseiller local travaillant à Blantyre.

Rachel Baggaley, coordonnateur à l’OMS pour l’Unité Populations clés et prévention dans le Département VIH/sida, déclare que les résultats sont éloquents. «Cela va au-delà de ce qu’on observe typiquement en termes de recours aux services de dépistage du VIH chez les adolescents en Afrique subsaharienne. L’autodépistage pourrait révolutionner le dépistage du VIH chez les jeunes», estime-t-elle.

Motiver les jeunes pour accéder au dépistage et au traitement

L’autodépistage est un premier test qui ne permet pas, à lui seul, de poser le diagnostic du VIH. Lorsqu’une personne a un résultat positif, indiquant qu’elle pourrait être infectée, elle doit aller dans un établissement de santé pour faire un test de confirmation. Si celui-ci est également positif, on peut alors établir le lien avec le traitement et les soins.

Les tests se présentent sous forme d’une piqûre au doigt ou d’un kit de test rapide sur les sécrétions orales, cette dernière option favorisant l’utilisation par les adolescents. « On prend le kit et on le passe dans la bouche. Une fois que c’est fait, on le met dans un petit flacon contenant des réactifs qui vont donner le résultat. C’est une méthode très simple, sans aiguille et sans dispensaire », explique un jeune âgé de 18 ans.

Un nombre croissant de pays font la promotion de l’autodépistage du VIH

Plusieurs pays ont désormais introduit l’autodépistage dans leurs politiques nationales de dépistage du VIH, parmi lesquels l’Australie, les États-Unis d’Amérique, la France, le Kenya et le Royaume-Uni. De nombreux autres planifient de le faire, comme le Brésil, le Malawi, la Thaïlande et le Zimbabwe.

Les premières tentatives pour introduire l’autodépistage ont été interdites par plusieurs pays, souvent par peur d’une mauvaise utilisation, d’actes préjudiciables à soi-même, et principalement à cause de l’inexistence ou de la disponibilité limitée du traitement pour les personnes vivant avec le VIH.

Comme le souligne l’OMS dans ses lignes directrices, ces préoccupations ne sont pas réservées à l’autodépistage : on les retrouve dans les objections soulevées également pour l’existence des services de dépistage du VIH en général ; elles n’ont pas été corroborées par ce qu’on a pu observer lorsque l’autodépistage du VIH a été utilisé

Les progrès majeurs de ces 20 dernières années, tant pour le traitement du VIH que pour l’accès à celui-ci, ont également permis d’apaiser certaines de ces inquiétudes et de nombreux pays décident désormais de proposer le dépistage du VIH et le traitement à toutes les personnes séropositives.

L’autodépistage du VIH doit s’appuyer sur des programmes, basés notamment dans les communautés, pour sensibiliser à ses avantages, encourager et soutenir ceux qui ont un résultat positif à faire le lien avec le traitement et les soins, fournir des informations sur les moyens adaptés de prévention et y donner l’accès.

Il a un fort potentiel pour améliorer l’accès au dépistage pour ceux qui sont les plus mal desservis et pour atteindre les personnes à un stade plus précoce de l’infection, leur permettant ainsi de tirer le meilleur parti du traitement antirétroviral, quand il est instauré rapidement.