Vaccination contre la pneumonie au Kenya: combler les lacunes

Avril 2015

Peu après la naissance de son second enfant, une fille qu’elle a appelé Neema, Tabu Kalama s’est retrouvée sans domicile et sans revenus réguliers. Elle n’a pas eu d’autre solution que de dormir avec sa fille et son fils âgé de 18 mois à l’abri précaire de palmiers près de la plage de Kilifi, à l’est du Kenya.

Portrait de la jeune Kenyane Neema qui a surmonté une pneumonie
OMS/M. Pflanz

C’était le mois de juin, qui fait partie des mois les plus froids et les plus humides dans cette région. «J’avais tellement peur que ma fille tombe malade et je ne pouvais rien faire», se rappelle Tabu Kalama.

Neema s’est mis à avoir une fièvre suffisamment élevée pour mettre en danger la vie d’un nourrisson de 3 mois. Sa mère avait entendu parler de la pneumonie et avait peur que sa fille ait cette maladie.

La pneumonie est la première cause infectieuse de mortalité chez les enfants dans le monde. On estime qu’elle a tué 935 000 enfants de moins de 5 ans en 2013.

Elle a amené sa fille à l’hôpital. Après plus d’une semaine, avec des périodes où l’enfant perdait conscience, le bébé a fini par surmonter sa maladie et a pu sortir de l’hôpital.

Trois mois plus tard, des amis et des personnes sympathisantes se sont unis pour construire à la famille de Mme Kalama une petite hutte à Kilifi. Aujourd’hui, elle joint les deux bouts en gardant le troupeau de chèvres d’un voisin et en faisant en plus des petits boulots.

Un seul vaccin qui cible 10 bactéries responsables de la maladie

Lorsque Neema, désormais âgée de 14 ans, est tombée malade, les enfants kenyans n’étaient pas vaccinés contre la bactérie responsable de la pneumonie. En janvier 2011, appliquant les recommandations de l’OMS et avec son assistance technique, ainsi que l’appui financier de Gavi, l’Alliance du Vaccin, le ministère de la Santé kenyan a introduit le PCV-10. Ce vaccin «décavalent» cible les 10 bactéries responsables de la pneumococcie invasive, une forme de la maladie fréquemment mortelle.

«Nous savons que le plus grand défi auquel nous sommes confrontés est de vacciner les enfants dans les zones rurales isolées et les bidonvilles pour progresser, combler les lacunes et donner à tous la possibilité d’être complètement protégés.»

Dr Custodia Mandlhate, représentante de l’OMS au Kenya

Le Kenya a fait partie des premiers pays de la région africaine qui ont introduit le vaccin antipneumococcique conjugué et il a été le premier pays à faible revenu à utiliser le vaccin décavalent. Aujourd’hui, trois doses de ce vaccin sont administrées aux nouveau-nés dans ce pays à l’âge de 6, 10 et 14 semaines. Les plus jeunes frères et sœurs de Neema ont tous été vaccinés avec le PCV-10.

Les efforts du Kenya pour vacciner les nourrissons contre la pneumonie aident le pays à progresser en vue d’atteindre les cibles fixées pour 2025 par le Plan d’action mondial intégré pour prévenir et combattre la pneumonie et la diarrhée (GAPPD), publié par l’OMS et l’UNICEF en 2013. Les deux organisations ont reconnu qu’il est inefficace d’essayer de prévenir et de combattre séparément la pneumonie et la diarrhée. Le vaccin antipneumococcique, élément clef de la nouvelle stratégie intégrée, a été introduit dans 102 pays fin 2013 pour une couverture mondiale estimée à 25%.

Depuis l’introduction du vaccin décavalent au Kenya, les chercheurs au KEMRI (Kenya Medical Research Institute) ont étudié son impact sur la santé des enfants. Dans leur étude, soutenue par la Wellcome Trust et Gavi, ils ont constaté que l’introduction du PCV-10 a entraîné, selon les estimations, une baisse de 42,7% du nombre des épisodes de pneumococcie et une diminution de 6,1% de la mortalité chez les enfants.1

Sensibiliser les familles et les communautés

À la différence de Neema et de ses frères et sœurs, de nombreux enfants kenyans ne vivent pas dans des villes à proximité de dispensaires ou de centres de santé. Cela implique pour les agents de santé de se rendre dans les zones rurales éloignées pour les campagnes de vaccination.

«Le point essentiel est de sensibiliser les communautés à l’importance de ces vaccinations», explique Judy Kinya, clinicienne au Centre de santé de Vipingo, à une heure de route sur la côte au sud de Kilifi.

En lettres de 30 cm de haut peintes sur le mur extérieur, le centre affiche clairement l’objectif: «une nation qui a mis fin aux maladies évitables et à la mauvaise santé». Dans l’espace ombragé réservé à l’attente, les mères se rassemblent avec leurs enfants pour un examen général de santé et de nouvelles tournées de vaccination.

«Celles qui sont ici sont celles qui ont entendu le message et c’est vrai qu’elles sont nombreuses», constate Judy Kinya. «Mais il y en a encore plus dans les zones isolées et pour réussir vraiment à avoir une bonne couverture vaccinale, nous devons être capables d’atteindre chacune d’entre elles.»

Vacciner les enfants dans les zones rurales et les bidonvilles

«Nous savons que le plus grand défi auquel nous sommes confrontés est de couvrir les enfants dans les zones rurales isolées et les bidonvilles pour combler les lacunes de la vaccination et donner à tous les enfants la possibilité d’être complètement protégés», explique le Dr Custodia Mandlhate, représentant de l’OMS au Kenya. «En collaboration étroite avec l’OMS, les autorités sanitaires kenyanes s’efforcent de relever ce défi.»

De retour à Kilifi, Neema est revenue chez elle au début des vacances de Pâques. «Son frère et elle sont inscrits à l’école primaire locale et font partie des meilleurs élèves de leur classe», indique leur maman avec fierté. Après les derniers examens, Neema a été de nouveau la première de son école.