La méningite à méningocoques A est près d’être éliminée en Afrique

Novembre 2015

Depuis un siècle, une épidémie de méningite à méningocoques A – une infection bactérienne des méninges (les membranes qui enveloppent l’encéphale et la moelle épinière) – sévit chaque année dans 26 pays d’Afrique subsaharienne ...

Vaccination contre la méningite A en Afrique subsaharienne
Vaccination contre la méningite A en Afrique subsaharienne
OMS/R. Barry

Cette épidémie est à l’origine de décès et de handicaps chez les jeunes. Cette maladie inspire une grande crainte sur le continent africain car elle peut tuer ou entraîner de graves lésions cérébrales en quelques heures.

Mais l’utilisation, depuis à peine 5 ans, d’un vaccin abordable contre la méningite à méningocoques A a permis de maîtriser et presque d’éliminer cette maladie mortelle dans la «ceinture de la méningite» en Afrique. En 2013, seuls quatre cas de méningite à méningocoques A confirmés en laboratoire ont été notifiés dans les 26 pays de la «ceinture», qui s’étend du Sénégal à l’Éthiopie.

Le vaccin MenAfriVac, contre la méningite à méningocoques A en Afrique, a été mis au point lorsque les ministres de la santé des pays d’Afrique subsaharienne ont demandé de l’aide après la survenue en 1996 d’une flambée de méningite à méningocoques A qui a touché plus de 250 000 personnes et en a tué plus de 25 000 en quelques mois à peine. Le vaccin coûte moins de 0,50 dollar (US $) par dose et partout où il a été utilisé, la méningite a disparu.

Éliminer une maladie mortelle grâce à la vaccination systématique

«Nous avons pratiquement éliminé l’épidémie de méningite à méningocoques A mais en réalité, ce n’est pas tout à fait fini», affirme le Dr Jean-Marie Okwo-Bele, Directeur du Département Vaccination, vaccins et produits biologiques de l’OMS. «Les immenses progrès que nous avons faits dans la lutte contre la méningite à méningocoques A seront remis en cause si les pays ne maintiennent pas un haut niveau de protection en intégrant le vaccin dans les calendriers de vaccination systématiques des enfants», a-t-il ajouté.

Ces résultats sont rapportés dans un recueil spécial de 29 articles publié dans la revue Clinical Infectious Diseases – auquel ont participé plusieurs rédacteurs invités de l’ancien Projet de vaccin contre la méningite, un partenariat entre l’OMS et PATH (organisation internationale sans but lucratif intervenant dans le domaine de la santé).

Ce supplément, intitulé The Meningitis Vaccine Project: The development, licensure, introduction and impact of a new Group A meningococcal conjugate vaccine for Africa» [Projet de vaccin contre la méningite: mise au point, homologation, introduction et impact d’un nouveau vaccin conjugué contre le méningocoque du groupe A pour l’Afrique], a été parrainé par la Fondation Bill et Melinda Gates.

Dans l’article qui ouvre le supplément, le Dr Margaret Chan, Directeur général de l’OMS, avec les responsables de PATH, de l’UNICEF, de l’Alliance GAVI, de la Fondation Bill et Melinda Gates et le fabricant du vaccin, le Serum Institute of India, entre autres, qualifie le vaccin de «succès éclatant».

Les campagnes organisées à ce jour ont permis de vacciner plus de 237 millions de personnes âgées de 1 à 29 ans dans 16 pays (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Éthiopie, Gambie, Ghana, Guinée, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Soudan, Tchad et Togo). Les dix autres pays de la ceinture de la méningite n’utilisent pas encore complètement le vaccin.

«Notre partenariat nous a permis de mettre au point en un temps record un vaccin contre la méningite à méningocoques A adapté à l’Afrique subsaharienne, pour moins du dixième de ce que coûte habituellement un nouveau vaccin», souligne Steve Davis, Président-Directeur général de PATH. «La communauté internationale ne devrait pas prendre le risque de gâcher cet investissement fabuleux, qui sauvera des vies», ajoute-t-il.

Une protection à long terme

Avant 2010, les épidémies de méningite étaient de plus en plus fréquentes et étendues dans toute l’Afrique et étaient une lourde charge pour les individus, les familles et les systèmes de santé des pays touchés.

Le vaccin MenAfriVac représente une amélioration par rapport aux vaccins polysaccharidiques plus anciens, qui ne peuvent être utilisés qu’une fois que l’épidémie est survenue, qui ne protègent ni les enfants les plus jeunes ni les nourrissons, qui ne freinent pas la transmission de la maladie et qui ne confèrent qu’une protection à court terme.

Les scientifiques ont constaté que 90 % des sujets ayant reçu le vaccin MenAfriVac possédaient encore des anticorps protecteurs au bout de 5 ans. Les études montrent que c’est un bon facteur prédictif d’une protection à encore plus long terme, que les scientifiques continueront de suivre.

En outre, le vaccin renforce la réponse immunitaire à Clostridum tetani – la bactérie responsable du tétanos, une maladie douloureuse qui entraîne une contracture involontaire des muscles et des spasmes parfois assez forts pour provoquer des fractures.

Selon l’une des études présentées dans le recueil, le nombre de cas de tétanos chez le nouveau-né ont baissé de 25% dans les pays où les personnes âgées de 1 à 29 ans ont reçu le vaccin contre la méningite à méningocoques A dans le cadre de campagnes.

Il est essentiel de maintenir la protection dans les pays

«Les pays doivent maintenant déterminer comment maintenir au mieux la protection conférée par les premières campagnes de vaccination de masse», déclare le Dr Marie-Pierre Preziosi, de l’OMS, membre de l’équipe qui a mis au point le vaccin. «Notre expérience d’autres maladies à prévention vaccinale a montré que si nous baissons la garde, ces maladies séviront à nouveau avec force», ajoute-t-elle.

Une étude de modélisation a montré que si aucun nouveau programme de vaccination n’était mis en œuvre après une campagne de vaccination à grande échelle, les pays pourraient s’attendre à une résurgence catastrophique de la maladie au bout de 15 ans environ.

«Le monde a uni ses forces pour obtenir un impact sanitaire énorme grâce à ce vaccin», dit le Dr Marc LaForce, qui a travaillé à la mise au point du vaccin. «Nous devons être sûrs d’éliminer totalement la méningite à méningocoques A et appliquer les enseignements tirés de cette expérience à la prochaine génération de vaccins antiméningococciques pour l’Afrique», a-t-il ajouté.