Au Rwanda, une campagne de déparasitage améliore la santé des enfants et l’assiduité scolaire

Juillet 2015

 Distribution de médicaments préventifs contre les parasites à l'école au Rwanda
OMS/D. Mupfasoni

Ces dernières années, Christophe Harerimana, instituteur depuis plus de 20 ans au Rwanda, était inquiet. Un grand nombre de ses élèves arrivaient en classe malades et avaient des difficultés à se concentrer.

«Les enfants avaient mal au ventre et avaient la diarrhée et des nausées et ils éprouvaient donc des difficultés à suivre les cours», explique C. Harerimana, qui enseigne les sciences et le kinyarwanda, la langue de son village, dans le district de Musanze.

Il a découvert que beaucoup d’enfants étaient atteints de géohelminthiases, maladies qui perturbent le développement physique et cognitif à long terme. En 2007, dans le district de Musanze, près de 95% des enfants d’âge scolaire étaient infectés – c’était l’un des taux les plus élevés du pays.

Comment l’infection se propage

La géohelminthiase est l’une des maladies infectieuses les plus courantes dans le monde: deux milliards de personnes environ en souffrent dans les communautés les plus pauvres et les plus défavorisées. Provoquée par différentes espèces de vers parasites, l’infection est transmise par les œufs présents dans les excréments humains qui contaminent les sols là où l’assainissement n’est pas bon. On la contracte facilement en marchant pieds nus ou en consommant des aliments contaminés.

«Dans notre communauté, la maladie est principalement contractée dans les familles qui vont chercher de l’eau au Lac Ruhondo ou dans celles qui utilisent les eaux stagnantes des anciennes berges de la rivière Mukungwa. Les gens boivent de l’eau contaminée et utilisent cette eau pour se laver les mains, faire la vaisselle et laver des fruits. Certaines personnes défèquent encore dans la forêt au lieu d’utiliser des latrines à fosse.»

Des familles entières contractaient la maladie et devaient dépenser le peu de ressources dont elles disposaient pour acheter des médicaments.

«Les parents ne peuvent pas travailler et gagner de l’argent pour leur famille car ils doivent s’occuper de leurs enfants malades, et les enfants ne peuvent pas élever des poulets et des lapins ou cultiver des légumes, ce qui leur permettrait d’obtenir un revenu modeste», explique Christophe Harerimana.

«En 2014, notre campagne de déparasitage a touché plus de 395 millions d’enfants, ce qui en fait l’une des interventions de santé publique de plus grande ampleur.»

Antonio Montresor, Département de lutte contre les maladies tropicales négligées, OMS

Lutte contre la maladie

L’OMS collabore avec les ministères de la santé afin de lutter contre les géohelminthiases dans le monde en mettant en œuvre un programme pour élargir l’accès aux médicaments préventifs tels que l’albendazole et le mébendazole.

Un traitement préventif programmé de manière régulière permet de réduire la charge parasitaire chez l’enfant. Ces traitements sont administrés depuis plus de dix ans mais leur administration s’est intensifiée dans le monde depuis 2012.

«En 2014, notre campagne de déparasitage a touché plus de 395 millions d’enfants, ce qui en fait l’une des interventions de santé publique de plus grande ampleur», dit le Dr Antonio Montresor, médecin dans le Département Lutte contre les maladies tropicales négligées de l’OMS.

Les médicaments préventifs sont donnés aux ministères de la santé par l’intermédiaire de l’OMS et distribués par les écoles. Christophe Harerimana a eu connaissance du programme par le centre de santé RWAZA, l’établissement de santé local. Le ministère de la Santé fournit des matériels pédagogiques sur la lutte contre l’infection et forme des techniciens de laboratoire, du personnel infirmier et des agents de santé communautaires au centre de santé RWAZA.

Campagnes de déparasitage dans les écoles

Pendant les campagnes de déparasitage, organisées tous les six mois par le ministère de la Santé, des enseignants formés donnent aux enfants âgés de 5 à 15 ans une dose unique d’albendazole à mâcher, tandis que des agents de santé communautaires formés, encadrés par des infirmières et des infirmiers, donnent une dose de mébendazole aux enfants d’âge préscolaire (1 à 4 ans).

Depuis le lancement de ce programme, le taux d’enfants porteurs de vers intestinaux a baissé de près de 20% et on s’efforce d’accroître la fréquence des cycles de traitement.

Christophe Harerimana remarque la différence. «Nous ne passons plus autant de temps à accompagner les enfants au centre de santé et les enfants suivent également mieux les cours.»

Depuis la formation, il a créé d’autres enseignants des clubs de promotion de la santé dans leur école, sous le nom «Protégeons notre santé», qui aident les élèves à considérer l’hygiène comme une priorité.

Ce programme a considérablement amélioré l’état de santé et l’état nutritionnel des enfants de la classe de Christophe Harerimana, ainsi que l’assiduité et les résultats scolaires.

«Grâce à l’engagement des pays touchés, au soutien des partenaires et à la disponibilité croissante des dons de médicaments, l’OMS devrait augmenter encore plus vite la couverture au cours de cette année», affirme le Dr Montresor.