Hépatite: connaître son statut sérologique et développer l'accès aux services de dépistage

Juillet 2016

Savez-vous si vous êtes infecté par le virus de l’hépatite B ou C? Que cela signifierait-il pour votre santé?

Aux Pays-Bas, un homme recouvre la selle d'un vélo pour sensibiliser à l’hépatite.
Aux Pays-Bas, un homme recouvre la selle d'un vélo pour sensibiliser à l’hépatite.
OMS

Quatre-vingt-quinze pour cent, chiffre alarmant, des personnes infectées par l’hépatite B ou C dans le monde ignorent qu’elles le sont. Cette situation s'explique en partie par le fait que les sujets infectés peuvent vivre de nombreuses années sans présenter de symptômes. Et lorsqu’ils découvrent qu’ils ont l’hépatite, il est souvent trop tard pour que le traitement soit pleinement efficace. En conséquence, les lésions hépatiques se transforment en cirrhose ou en cancer du foie.

Pour permettre aux pays de développer des programmes nationaux de dépistage et de traitement de l’hépatite et encourager davantage de personnes dans le monde à se faire dépister, l’OMS publiera bientôt de nouvelles lignes directrices en matière de dépistage de l’hépatite B et C.

Afin de montrer comment ces lignes directrices en matière de dépistage pourraient se traduire par une véritable action sur le terrain, l’OMS et son partenaire, Social Entrepreneurship for Sexual Health (SeSH) ont récemment lancé un concours visant à rechercher des exemples concrets de moyens innovants d’atteindre différentes populations dans divers pays et contextes et procéder au dépistage de l’hépatite.

Le concours de l’innovation #HepTestContest a reçu 64 dossiers de participation de 27 pays. Le projet a sélectionné les 20 meilleures approches en matière de dépistage de l’hépatite et la liste a ensuite été réduite à 5 finalistes.

Des approches multiples et variées

On compte parmi les approches, des campagnes de dépistage nationales; le dépistage dans les prisons, sur le lieu de travail et dans les services d’urgence des hôpitaux; le dépistage intégré du VIH et de l’hépatite ainsi que l’utilisation d’Internet, des médias sociaux et des dossiers médicaux électroniques pour identifier les patients à haut risque en vue d’un dépistage au niveau des soins de santé primaires.

«Nous avons besoin d’exemples d’innovations et de meilleures pratiques afin de guider et d’inspirer d’autres personnes» déclare Philippa Easterbrook du Programme mondial de lutte contre l’hépatite de l’OMS, qui a codirigé le projet. «Des prisons australiennes, de l’utilisation d’un outil d’autoévaluation des risques sur Internet aux Pays-Bas, des camps de dépistage communautaires pour les consommateurs de drogues en Inde au dépistage dans les soins de santé primaires en Mongolie, nous avons tiré des enseignements importants sur la manière de sensibiliser à cette maladie sous jacente, d’améliorer les taux de dépistage et de faire le lien avec les services de traitement et de soins».

Au Manipour, un petit État situé au nord-est de l’Inde, on estime que 92% à 98% des consommateurs de drogues sont atteints de l’hépatite C . Bien que dans cet état, le dépistage du VIH soit gratuit, le dépistage de l’hépatite ne l’est pas. On constate une faible connaissance du virus et des traitements coûteux.

Une organisation de réseau communautaire, la Community Network for Empowerment (CoNE), a mené une campagne: «Nous avons organisé des sessions de sensibilisation et encouragé le dépistage volontaire et gratuit pendant plus d’un mois. Sur les 1011 personnes testées, un peu moins de la moitié a obtenu un résultat positif à la recherche de l’hépatite C . Nous avons donné des conseils après le test et avons été en mesure de proposer un traitement» a décrit Rajkumar Nalinikanta, président de l’organisation.

Participation communautaire et partenariats stratégiques

Une des caractéristiques essentielles de cette approche a été la forte participation communautaire et le soutien ainsi que les partenariats stratégiques afin de tirer parti des réductions sur le prix des traitements. «Le fait de rassembler les entreprises pharmaceutiques, les pouvoirs publics, les organisations de recherche et les communautés a permis de négocier la réduction des prix afin que les traitements contre l’hépatite soient plus abordables» souligne le Dr Easterbrook.

Housse de selle rouge pour sensibiliser au dépistage de l’hépatite dans le cadre d’une campagne menée aux Pays-Bas.
Housse de selle rouge pour sensibiliser au dépistage de l’hépatite dans le cadre d’une campagne menée aux Pays-Bas.
OMS

À des milliers de miles, aux Pays-Bas, une autre campagne a utilisé une évaluation des risques sur Internet pour cibler les populations de personnes infectées par le virus de l’hépatite C qui étaient difficiles à identifier et à atteindre.

«Nous avons utilisé les médias sociaux et le Web pour attirer les personnes susceptibles d’être exposées à un risque afin qu’elles effectuent une autoévaluation dans la langue de leur choix, parmi 7 langues disponibles. L’anonymat qu’offre Internet a considérablement facilité le processus» a indiqué Janke Schinkel du Service de la Santé publique d’Amsterdam. «Cela a été contrebalancé par des campagnes de communication publique créatives et à forte visibilité qui ont permis d’atteindre un groupe représentatif de la société néerlandaise».

«Ce concours a démontré un éventail de possibilités. Il a montré que si nous pouvons élaborer des approches de dépistage acceptables qui sont adaptées aux différents contextes et cultures, nous pouvons alors développer le dépistage efficace de l’hépatite dans plus de pays et de communautés» estime le Dr Easterbrook.

Ces 2 approches figuraient parmi les 5 finalistes choisis par un groupe d’experts composé notamment de représentants de l’OMS, de la World Hepatitis Alliance et de Médecins sans Frontières, qui ont examiné les modèles de dépistage, en particulier leurs caractéristiques en termes d’innovation, d’efficacité et de viabilité à long terme.