Protéger les patients et les personnels de santé après l’épidémie de maladie à virus Ebola

Mai 2016

En Guinée, les mesures de prévention et de lutte contre l’infection qui ont été mis en place pendant la flambée de maladie à virus Ebola sont toujours indispensables ...

En Guinée, une femme souriante, Directrice du centre médical de Coléa se lave les mains sous un réservoir d'eau
Le Dr Doussou Touré se lave les mains avant de pénétrer dans le centre médical de Coléa en Guinée.

Quand le Dr Doussou Touré arrive au travail au centre médical de Coléa en Guinée, elle se lave les mains à un réservoir installé devant le bâtiment, puis se rend dans une zone de contrôle pour faire vérifier et enregistrer sa température et ce n’est qu’ensuite qu’elle pénètre dans le bâtiment dont elle est responsable, dans lequel tous s’affairent à leurs activités.

«L’épidémie de maladie à virus Ebola est désormais maîtrisée, mais nous essayons de maintenir les systèmes de prévention et de lutte contre l’infection qui ont été mis en place pendant la flambée », déclare le Dr Touré en montrant plusieurs gros récipients de couleurs vives, dont chacun est utilisé pour jeter divers déchets.

Le Dr Touré se souvient du moment où des patients présentant des symptômes de la maladie à virus Ébola ont commencé à arriver à l’hôpital. Elle décrit la détermination dont a fait preuve son équipe pour aider ces personnes, malgré la confusion, la peur et des pratiques dangereuses.

«Au début, nous n’avions pas de dispositifs de protection et nous ne savions pas comment nous protéger nous-même ou protéger nos patients», rappelle la directrice du centre. «Nous n’avions aucun endroit où procéder à un premier examen des patients lorsqu’ils arrivaient ou où les isoler si leurs symptômes répondaient à la définition de la maladie à virus Ébola. Nous étions donc tous ensemble et exposés – les patients, les familles, les visiteurs et les agents de santé.»

Par la suite, le personnel du centre a monté une tente dans la cour du bâtiment pour isoler les cas suspects.

«Nous essayions de nous occuper des patients dans la tente et de les laisser là jusqu’à ce qu’ils puissent être transférés dans une unité de traitement de la maladie à virus Ébola, mais c’était très difficile», se souvient le Dr Touré. « Il n’y avait que 2 ambulances dans la ville à l’époque et il fallait attendre 6 heures pour qu’elles viennent et, parfois, le double. Les patients étaient fatigués d’attendre dans la tente et se promenaient librement. Il arrivait parfois qu’ils quittent l’hôpital et nous ne pouvions rien faire pour les arrêter.

Peu de temps après, le centre médical de Coléa a commencé à recevoir des équipements de protection individuelle et des fournitures pour l’hygiène et l’assainissement, ainsi qu’une formation au triage et à la prévention et la lutte contre les autres infections, de la part de l’OMS, du ministère de la santé et de partenaires.

En mars 2015, l’OMS a commencé à construire une salle permanente de triage, qui a été utilisée à partir de l’été pour dépister, séparer et soigner les cas suspectés de maladie à virus Ébola avant qu’ils ne soient transférés dans un centre de soins spécialisé. La tente a été enlevée.

La salle d’isolement et de transit près de l’entrée du centre médical de Coléa est l’une des 12 salles construites par l’OMS l’année dernière dans des centres de santé de Guinée où les moyens étaient très insuffisants et les structures de triage inadaptées. Huit autres salles sont en cours de construction, qui seront utilisées pour toutes les maladies très infectieuses, parmi lesquelles Ébola.

Aujourd’hui, les superviseurs de la lutte contre les infections (IPC) de l’OMS arrivent au centre médical pour une visite de contrôle. Aucun patient nécessitant d’être isolé ne se trouve dans la salle de triage.

Dans une autre partie du centre, des enfants qui gigotent reçoivent le vaccin oral contre la poliomyélite, dans le cadre d’une campagne qui avait été différée pendant la flambée de la maladie à virus Ebola. Sur le côté, des patients attendent à l’ombre avant d’être vus en consultation par des personnels infirmiers et des médecins.

Réunion de spécialistes en prévention et lutte de l'infection avec la Directrice du centre médical de Colea en Guinée
Les spécialistes de l'OMS en prévention et lutte de l'infection examinent la situation du centre médical avec le Dr Touré.
OMS

Aissatou Barry et Bienvenu Houndjo, de l’OMS, rencontrent le Dr Touré et des membres de son personnel pour faire le bilan des activités de prévention et de lutte contre les infections, faire leurs recommandations et veiller à ce que les normes soient bien respectées. Aujourd’hui, ils examinent les problèmes liés à l’approvisionnement en eau et en électricité et vérifient les stocks de gants, de blouses, de savons et de désinfectants pour les mains et autres matériels de nettoyage et équipements de protection individuelle.

En coordination avec les autorités de santé locale, les points focaux de l’OMS pour l’IPC et les organismes partenaires effectuent des visites de contrôle analogues dans des centres de santé situés dans cinq communes à Conakry et dans 33 districts dans tout le pays. Plus de 2700 agents de santé ont participé à la formation organisée par l’OMS sur le triage, la gestion des déchets, la gestion des stocks et du stockage et les méthodes IPC fondamentales; 430 d’entre eux ont par ailleurs bénéficié d’une formation additionnelle assurée par l’OMS dans le but de fournir un soutien et des conseils réguliers sur le terrain, dans le domaine de la lutte contre les infections, dans les centres médicaux de leurs communautés.

«S’assurer que les pratiques de prévention de l'infection d’usage sont bien appliquées est essentiel pour prévenir la transmission de la maladie à virus Ebola, ou de toute autre maladie infectieuse, d’un patient à un autre et pour bien protéger les personnels de santé», indique le Dr Gilbert Kayoko Tshifuaka, qui supervise les programmes IPC de l’OMS en Guinée.

Au centre médical de Coléa, le Dr Touré déclare que son équipe n’a plus peur d’Ébola et qu’elle serait prête à faire face à de nouveaux cas.

«Nous avons toujours des petites flambées de maladie à virus Ébola dans notre pays, mais grâce au triage approprié réalisé aujourd’hui et toute la formation et l’aide dont nous avons bénéficié, nous sommes convaincus que nous sommes en mesure de faire face à une réapparition de cette maladie ou à d’autres maladies infectieuses», affirme le le Dr Touré. «Nous devons également nous tenir prêts pour des épidémies de choléra ou de méningite.»