Investir dans la formation de sages-femmes au Libéria

Mai 2016

Aujourd’hui, le Libéria a moins de 200 sages-femmes qualifiées pour une population de plus de 4 millions de personnes...

Une sage-femme aide une jeune mère à allaiter son bébé
Au Libéria, une sage-femme aide une jeune mère à allaiter son bébé.
OMS/Liberia

Même si cela fait déjà 20 ans que Bentoe Tehoungue a pratiqué à son premier accouchement dans une zone rurale du Libéria, elle s’en souvient comme si c’était hier.

La jeune femme enceinte n’avait que 13 ans – âge auquel l’accouchement peut entraîner la mort de la mère et de l’enfant.

«Je ne pouvais m’empêcher de penser que cette enfant aurait dû être à l’école et non pas en train de donner le jour à un bébé», se rappelle Bentoe, désormais sage femme formée par l’OMS au Libéria.

Comme la jeune fille avait le bassin étroit, une épisiotomie a dû être pratiquée pour que le bébé naisse dans de bonnes conditions. Un bébé en bonne santé, pesant 6 livres, a donc vu le jour sans complications.

Mais la mère et l’enfant avaient eu de la chance.

Ils avaient bénéficié de l’aide d’une sage-femme qualifiée, un luxe que bien des femmes des zones rurales du Libéria n’ont peut-être pas. Bentoe avait également dispensé à la mère des soins postnatals et lui avait fourni des informations sur les moyens de ne pas tomber de nouveau enceinte avant d’être vraiment prête sur le plan physique et mental.

Augmenter le nombre d’accouchements en présence de personnel qualifié

Au Libéria, 44% des femmes environ accouchent à la maison sans bénéficier de la présence de personnel qualifié et elles risquent donc de mourir en cas de complications.

Sur 138 naissances d’enfants vivants, près d’une naissance aboutit au décès de la mère alors que les causes auraient pu être prévenues, par exemple une hémorragie, une septicémie ou d’autres raisons liées à l’absence d’accès soit à une simple sage femme, soit à des soins obstétriques d’urgence comme les césariennes.

Le manque de sages-femmes qualifiées dans la plupart des centres médicaux des zones rurales et les longues distances que les femmes doivent parcourir pour accéder aux soins entravent les progrès du pays pour réduire la mortalité maternelle et infantile.

«Pour sauver la vie d’un plus grand nombre de femmes et d’enfants, nous avons besoin de davantage de sages-femmesqualifiées», déclare Bentoe. «Nous avons besoin de sages-femmes qui fassent en sorte que la grossesse se passe dans de bonnes conditions, même avant que la femme ne soit enceinte. Des personnes capables de donner les conseils et des informations en matière de planification des naissances, de nutrition, d’activité physique et de prévention de la transmission mère enfant du VIH.»

Pour améliorer l’accès à des soins obstétricaux de qualité, le Ministère libérien de la santé et des affaires sociales, l’OMS et d’autres partenaires œuvrent actuellement au renforcement des six écoles de sages-femmes du pays, dont trois se trouvent dans des zones rurales.

Répondre aux besoins des sages-femmes

Le Libéria s’attache non seulement à former des sages-femmes mais aussi à les conserver. À l’heure actuelle, nombre de sages-femmes n’ont pas de logements et de moyens de transport sûrs, travaillent de très longues heures, sont très mal rémunérées et ont peu de possibilités de progression dans leur métier.

Un nouveau programme de formation supérieure destiné aux sages-femmes permet à ces dernières de perfectionner leur formation professionnelle et de progresser dans leur carrière; 50 à 75 sages-femmes diplômées pour chaque cohorte peuvent obtenir ce diplôme supplémentaire, ce qui contribuera à répondre aux besoins en personnel de plus de 700 centres de santé au Libéria.

Pour que le programme d’enseignement donne de bons résultats, le Libéria cherche également à renforcer son personnel enseignant. Pour cela, il collabore avec l’association danoise de sages-femmes afin de «jumeler» des sages-femmes libériennes avec des sages-femmes danoises de façon qu’elles puissent perfectionner leurs compétences en matière de pratiques avancées dans les soins aux patientes comme, par exemple, les méthodes de prévention et de traitement des hémorragies.

Grâce à un financement de la Swedish International Development Cooperation Agency (Sida), le partenariat H6 (Banque mondiale, OMS, ONU Femmes, ONUSIDA, UNFPA et UNICEF) apporte également un appui à ces établissements de formation.

«Il est primordial de consolider la profession de sage-femme pour que tous les nouveau-nés et toutes les femmes à travers le monde bénéficient de soins de haute qualité, et cette consolidation est également essentielle à la mise en œuvre de la Stratégie mondiale pour la santé de la femme, de l’enfant et de l’adolescent», indique le Dr Anthony Costello, Directeur du Département Santé de la mère du nouveau-né, de l’enfant et de l’adolescent à l’OMS.

Par ailleurs, avec ses 5 partenaires (Banque mondiale, ONU Femmes, ONUSIDA, UNFPA et UNICEF), l’OMS travaille à renforcer tous les aspects de la prestation de soins de qualité, et notamment l’amélioration des approvisionnements en antibiotiques et en fournitures pour le planning familial, le soutien des communautés pour qu’elles hiérarchisent leurs besoins en matière de santé de la mère et de l’enfant, et l’amélioration de l’accès à l’eau et aux installations d’assainissement dans les centres de santé.

L’action menée au Libéria fait partie des efforts déployés par l’OMS à l’échelle mondiale pour fournir au pays des recommandations, outils et bases de données factuelles afin de consolider la profession de sage femme en vue d’améliorer les soins et de réduire les taux de mortalité maternelle et néonatale.