République-Unie de Tanzanie: un programme de traitement à la méthadone redonne espoir à des milliers de personnes

Août 2016

Ces dernières années, on a observé à Dar-es-Salaam une augmentation de la consommation des drogues illicites, notamment l’héroïne ...

Le Dr Pilly Sahid et Yusuf Ahmed Mzitto, devant le dispensaire de l’hôpital de district Mwananyamala à Dar-es-Salaam.
Le Dr Pilly Sahid et Yusuf Ahmed Mzitto, devant le dispensaire de l’hôpital de district Mwananyamala à Dar-es-Salaam.
OMS/T. Miranda

Dans un coin discret de l’hôpital de district Mwananyamala à Dar es-Salaam, la plus grande ville de République-Unie de Tanzanie, un groupe de jeunes attendent en ligne devant un petit guichet pour recevoir leur dose quotidienne de méthadone. D’autres s’abritent de la chaleur intense dans les quelques endroits ombragés sur le terrain poussiéreux derrière le bâtiment où se trouve le dispensaire.

Ces dernières années, on a observé à Dar-es-Salaam une augmentation de la consommation des drogues illicites, notamment l’héroïne, cette grande ville portuaire étant devenue une halte sur la route des contrebandiers venant d’Afghanistan pour aller en Europe et dans le reste de l’Afrique. L’héroïne est de mauvaise qualité mais ne coûte pas cher: pas plus de 1 dollars (US $) la dose.

La méthadone, la thérapie la plus efficace pour les consommateurs d’héroïne

Mwananyamala est l’un des deux hôpitaux de Dar-es-Salaam qui proposent la méthadone pour traiter cette addiction. L’OMS considère le traitement d’entretien à la méthadone comme la thérapie la plus efficace pour les consommateurs d’héroïne et la méthadone a été inscrite en 2005 sur la Liste modèle OMS des médicaments essentiels.

Associée à un soutien psychosocial, elle peut aider à réduire la dépendance aux opioïdes tels que l’héroïne, prévenir l’infection à VIH et les autres maladies transmises lors des échanges de seringues et combattre les comportements criminels accompagnant souvent la consommation de drogues illicites.

Du fait de la stigmatisation, de nombreux pays, y compris un certain nombre de pays à revenu élevé, n’ont pas encore accepté l’utilisation de la méthadone pour juguler l’addiction à l’héroïne. À l’échelle mondiale, les traitements de substitution aux opioïdes, comme la méthadone, sont utilisés dans moins de 30% des pays et moins de 10% des consommateurs d’héroïne y ont accès.

En 2009, l’OMS a publié des lignes directrices pour aider les pays à traiter la dépendance aux opioïdes et prévenir la transmission du VIH et des autres infections transmises par le sang.

«Nous faisons partie des premiers programmes les plus réussis de traitement à la méthadone sur ce continent», se félicite le Dr Pilly Sahid Mutoka, médecin assistant dans le dispensaire. «Certains pays, comme le Kenya, le Mozambique et la Zambie, nous ont envoyé des représentants pour tirer parti de notre expérience.»

Yusuf Ahmed Mzitto, surnommé Kessy, dit que la méthadone a transformé sa vie après 3 ans de dépendance et plusieurs tentatives infructueuses pour abandonner l’héroïne. L’air timide et innocent pour ses 33 ans, il a commencé à consommer de la drogue en 2013 pour supporter le stress d’un travail prenant dans l’informatique.

«Ce que les drogués craignent le plus, c’est l’horreur des symptômes du sevrage», explique-t-il. «Rien n’est pire que ça, pas même le VIH ou la mort. J’ai essayé d’arrêter tout seul, y compris en m’enfermant à clef dans une pièce. Mais rien n’y a fait avant que je ne commence la méthadone.»

De la prévention du VIH à la réadaptation

Le programme tanzanien de traitement à la méthadone a été lancé en phase pilote à l’hôpital national Muhimbili, le plus grand établissement de santé du pays, avec un financement des États-Unis d'Amérique, pour essayer de juguler la transmission du VIH dans le pays. Un an plus tard, il a été étendu à l’hôpital de district Mwananyamala pour desservir la population de Kinondoni, un district comptant de nombreux consommateurs de drogue.

On considère désormais que l’utilité du programme va au-delà de la prévention du VIH et qu’il peut véritablement contribuer à la réadaptation des jeunes dont les vies ont sombré à cause des drogues peu coûteuses en circulation dans la ville.

Mais si Muhimbili et Mwananyamala peuvent accéder facilement à la méthadone grâce aux fonds des donateurs, ce n’est pas le cas pour les autres établissements de santé dans la région de Dar-es-Salaam. Le Dr Pilly indique que, jusqu’à présent, seulement 3000 des 25 000 consommateurs de drogue par injection dans la ville ont pu bénéficier du programme.

Kessy dit également que l’on associe à la méthadone beaucoup de craintes et une grande stigmatisation. «Les drogués disent que c’est une autre drogue et qu’ils ont peur de sombrer dans une autre dépendance. Les revendeurs répandent des histoires effrayantes à ce propos parce qu’ils ne veulent pas perdre leurs clients.» Mais les avantages du traitement à la méthadone parlent d’eux-mêmes.

Au fil du temps, Kessy a réduit progressivement sa dose quotidienne de méthadone et il est bientôt prêt à interrompre complètement le traitement.

«J’ai tout perdu, mes amis, ma famille et mon travail», regrette-t-il. «Ma vie était devenue misérable. Mais maintenant, je peux recommencer à vivre.»