Soudan du Sud: l’OMS et ses partenaires luttent contre plusieurs flambées épidémiques

Septembre 2016

Les maladies infectieuses demeurent une grave menace pour la santé publique au Soudan du Sud. En plus de la charge de morbidité chronique, des flambées menacent régulièrement la santé de la population.

À Mingkaman, les kits «EWARS» sont acheminés par un hélicoptère des Nations Unies.
À Mingkaman, petit village situé sur la rive gauche du Nil, les kits «EWARS» sont acheminés par un hélicoptère des Nations Unies. À cause des mauvaises conditions sur les routes, l’accès aux zones reculées et aux zones de conflit ne peut se faire que par voie aérienne, surtout pendant la saison des pluies.
OMS/C. Haskew

Dans ce pays déchiré par les conflits, l’OMS et ses partenaires luttent contre plusieurs flambées épidémiques – choléra, paludisme, rougeole, fièvre hémorragique présumée et kala-azar.

«Malgré l’insécurité, l’OMS ne néglige aucune occasion d’offrir des services de santé aux gens pour les protéger puisque le système de santé s’est effondré», explique le Dr Abdulmumini Usman, Représentant de l’OMS au Soudan du Sud.

Risque de choléra pour les personnes déplacées

Suite à l’escalade de la violence observée dernièrement, le choléra a été confirmé le 21 juillet 2016 à Juba, où des affrontements entre les forces militaires et l’opposition ont fait des centaines de morts et des milliers de personnes déplacées. Au 6 septembre 2016, 1762 cas de choléra au total, dont 26 cas mortels, avaient été signalés dans 5 états: Juba, Terekeka, Eastern Lakes et Imatong.

L’OMS lutte contre la flambée de choléra en collaboration avec ses partenaires: environ 1700 malades ont été traités et des agents de promotion de la santé se sont rendus dans quelque 88 000 foyers pour faire de la prévention et distribuer des produits tels que comprimés pour purifier l’eau, solutions de réhydratation orale et savon.

En outre, l’OMS a participé à une vaste campagne de promotion de la santé qui a consisté à diffuser des messages de prévention auprès de plus de 2 millions de personnes dans l’ensemble du pays moyennant émissions, spots et interviews sur 17 stations de radio.

Recrudescence du paludisme

Plus de 1,3 million de cas de paludisme ont été signalés depuis le début de 2016. Le nombre de cas a commencé à augmenter au début du mois de mai et, pendant la semaine du 30 mai, une flambée s’est déclarée à Bentiu, un camp de personnes déplacées. Le 28 août 2016, le seuil épidémique avait été franchi dans 31 comtés de huit états du pays.

Depuis mai, des équipes médicales fixes, de proximité et mobiles ont distribué un traitement à plus de 800 000 personnes. L’OMS a contribué à l’acheminement par voie aérienne de médicaments et produits contre le paludisme et de kits contre la malnutrition dans l’état du Bahr el Ghazal du Nord, qui est l’un des plus touché, et elle a fait des dons de médicaments et produits antipaludiques aux zones impaludées de six autres états.

La vaccination, meilleure protection contre la rougeole

Depuis le début de 2016, plus de 1600 cas de rougeole, dont au moins 19 cas mortels, ont été signalés dans le pays. L’OMS a confirmé des flambées et pris des mesures de lutte dans 12 comtés. Depuis l’intensification des combats au milieu de l’année, 182 000 enfants environ ont été vaccinés contre la rougeole. Une campagne de suivi est programmée en octobre 2016. Vacciner la plupart des enfants est le meilleur moyen de les protéger contre cette maladie hautement contagieuse.

Une maladie mortelle transmise par des phlébotomes

Le kala-azar est la forme la plus grave de leishmaniose, maladie transmise par des phlébotomes. Il provoque fièvre, perte de poids, anémie, hypertrophie de la rate et du foie, et il est le plus souvent mortel en l’absence de traitement. La maladie est endémique dans certaines régions du pays. En 2016, plus d’un millier de cas, dont 42 cas mortels, ont été signalés au Soudan du Sud.

L’OMS codirige le groupe spécial kala-azar et concourt au déploiement d’équipes d’intervention rapide dans les zones touchées. Elle aide aussi à former les agents de santé des services thérapeutiques, à faire une analyse hebdomadaire des données et à mettre à la disposition des centres de traitement des produits tels que kits de diagnostic rapide et médicaments.

Le dépistage, condition indispensable à une riposte rapide

La plupart de ces maladies infectieuses ont été maîtrisées ou éradiquées dans la majeure partie de l’Afrique, mais elles continuent à causer des épidémies au Soudan du Sud en raison des piètres conditions socioéconomiques. Lorsqu’ils sont le théâtre de conflits ou de catastrophes naturelles, aggravés par la précarité du système de santé, le surpeuplement et les déplacements de population, les pays sont particulièrement vulnérables aux flambées de maladies infectieuses.

La faiblesse des systèmes de veille sanitaire complique encore les choses car il est difficile de mesurer l’ampleur réelle d’un problème, de détecter rapidement les flambées et de prendre des mesures adéquates.

L’OMS soutient le système d’alerte et d’intervention rapide (EWARS), réseau d’équipes sentinelles fixes ou mobiles financé par des partenaires, pour faciliter la détection des flambées épidémiques lors des crises humanitaires. Il y a actuellement 58 sites sentinelles EWARS au Soudan du Sud, et ils vont être encore développés pour seconder le système de surveillance existant dans les zones en crise.

Contribution de l’OMS à la détection et à l’endiguement des flambées

Malgré les problèmes de sécurité et les conditions difficiles pour assurer des services de santé, l’OMS et ses partenaires apportent une aide cruciale aux habitants du Soudan du Sud.

L’OMS forme des équipes d’intervention rapide chargées d’enquêter sur les flambées repérées et d’y riposter et, dans neuf centrales d’État, elle a stocké des kits facilitant ce travail pour plusieurs maladies infectieuses et pour les complications médicales de la malnutrition aiguë. Ces fournitures ont été utilisées pour réagir rapidement aux flambées et aux urgences humanitaires apparues dans l’ensemble du pays.

L’OMS continue à soutenir le système national d’acheminement des échantillons afin que les flambées épidémiques soient confirmées sans retard. En coopération avec les équipes d’intervention rapide des États, les Services aériens d'aide humanitaire des Nations Unies (UNHAS) et d’autres partenaires, l’OMS facilite et active l’expédition d’échantillons biologiques au laboratoire national de santé publique et aux laboratoires collaborateurs internationaux pour qu’ils effectuent les tests de confirmation. Elle continue à prêter assistance au laboratoire national de santé publique concernant le dépistage du choléra, de la rougeole et d’autres maladies prioritaires pour permettre une riposte rapide qui sauvera des vies.