L’insécurité force les agents de santé à quitter le Yémen


11 janvier 2016

«Je peux supporter les difficultés financières et les longues heures de travail mais, ajoutées à une insécurité croissante et au fracas terrifiant des bombes, je veux quitter le Yémen et mettre ma famille en sécurité», déclare le Dr Mohammed Al-Kholaidi, qui travaille au Département de la Santé mentale au Ministère de la santé publique et de la population du Yémen.

Le Dr Al-Kholaidi, spécialiste en santé mentale, en consultation avec une patiente.
Le Dr Al-Kholaidi, spécialiste en santé mentale, en consultation avec une patiente.
OMS Yemen/S Al-Wesabi

Titulaire de 2 masters, d’un doctorat en santé mentale et maladies neurologiques et avec 8 ans d’expérience professionnelle, le Dr Al-Kholaidi est un élément précieux pour le système de santé affaibli du Yémen. S’il part, il y aura encore un médecin de moins dans ce pays. Il y a actuellement environ 3 médecins pour 10 000 habitants contre, par exemple, 40 en Suisse.

Depuis mars 2015, le conflit au Yémen s’est intensifié amenant le système de santé du pays au bord de l’effondrement. L’insécurité, les coupures d’électricité et la pénurie de carburant pour les générateurs et les ambulances ont entraîné la fermeture de près d’un établissement de santé sur 4.

De nombreux agents de santé ont déjà fui à l’étranger. Les approvisionnements en médicaments et en fournitures médicales ont été désorganisés. Avec les fonds limités, le gouvernement n’a plus tous les moyens nécessaires pour continuer à faire fonctionner les établissements de santé et le public ne peut plus payer pour les services.

Le Dr Al-Kholaidi voit un flux constant de patients venir au cabinet pour se faire traiter et trouver un appui. Nombre d’entre eux souffrent d’anxiété, de dépression, d’insomnie chronique, d’états de stress post-traumatique ou de troubles obsessionnels compulsifs.

«Je souffre également de traumatisme vicariant car je m’occupe chaque jour de dizaines de patients. Il y a tant de malheur dans ce que les gens me confient et ils vivent dans des situations de plus en plus difficiles.»

Dr Mohammed Al-Kholaidi, Département de la santé mentale, Ministère de la santé publique et de la population du Yémen

L’OMS estime que, dans les conflits armés du monde entier, 10% des personnes confrontées à des événements traumatiques auront de graves problèmes de santé mentale et que 10% de plus développeront certains troubles comme la dépression, l’anxiété, l’insomnie ou des douleurs dorsales les empêchant de fonctionner de manière efficace.

Le Dr Al-Kholaidi a souffert lui-même d’un traumatisme. «Je souffre également de traumatisme vicariant car je m’occupe chaque jour de dizaines de patients. Il y a tant de malheur dans ce que les gens me confient et ils vivent dans des situations de plus en plus difficiles», explique-t-il.

Craignant pour la sécurité de sa famille, le Dr Al-Kholaidi s’apprête à quitter le pays qu’il aime et la carrière qu’il a mis des années à construire. Même s’il ne peut pas aider les gens au Yémen, il pourra en aider d’autres ailleurs. Si on lui donne la possibilité de travailler comme médecin, il aidera les migrants et les réfugiés à s’intégrer dans un nouveau pays.

Le soutien psychosocial,une composante essentielle de l’action de l’OMS au Yémen

La santé mentale et l’appui psychosocial pour les patients et les agents de santé sont une composante essentielle de l’action de l’OMS au Yémen. Actuellement, le pays ne compte que 40 spécialistes en psychiatrie, dont la majorité est basée à Sana’a, la capitale du pays.

Pour apporter une aide et renforcer les services de santé mentale dans tout le pays, l’OMS forme les agents de santé et les agents communautaires en dehors de la capitale à la prise en charge des troubles mentaux en utilisant le guide d’intervention du Programme d’action de l’OMS : Combler les lacunes en santé mentale.

Au-delà des soins de santé mentale, l’OMS et ses partenaires fournissent une assistance sanitaire à plus de 12 millions de personnes, notamment par:

  • la livraison de fournitures et d’équipements médicaux, y compris pour le traitement de maladies non transmissibles comme les cardiopathies et le diabète;
  • la vaccination contre certaines maladies, comme la rougeole, la rubéole et la poliomyélite;
  • la prévention des maladies à transmission vectorielle, comme le paludisme;
  • la prestation de soins de santé primaires intégrés, y compris les services de santé mentale;
  • le soutien au traitement des traumatismes liés au conflit (par exemple par le déploiement d’équipes chirurgicales et de fournitures dans ce domaine),;
  • le soutien à des dispensaires mobiles et des services de proximité pour la santé reproductive, de la mère, du nouveau-né et de l’enfant;
  • le renforcement de la surveillance des maladies et de la riposte aux épidémies.