Le Bhoutan fait le bonheur de ses habitants en luttant contre les maladies non transmissibles

Mai 2017

Au Bhoutan, la protection de la population contre les cardiopathies, les maladies respiratoires, le cancer et le diabète est une priorité nationale.

Au Bouthan, de jeunes moines boudhistes jouent au football.
OMS/P. Dodedrak

Au Bhoutan, les moines font la promotion d’une alimentation saine et de l’activité physique. L’administration fiscale impose des taxes sur le tabac et l’alcool. Les agents de santé locaux soignent les villageois souffrant de cardiopathies et de diabète pour ainsi dire à domicile.

La protection de la population contre les cardiopathies, les maladies respiratoires, le cancer et le diabète est une priorité nationale. Le pays a mis en place un plan national associant tous les secteurs, de la santé aux finances en passant par l’éducation, afin de lutter contre les maladies non transmissibles (MNT) et de les prévenir.

Il s’agit également du premier pays de la Région OMS de l’Asie du Sud-Est à mettre en œuvre les interventions essentielles contre les maladies non transmissibles dans le cadre des soins de santé primaires en milieux à faibles ressources recommandées par l'OMS.

La dynamique est claire. Plus de la moitié des décès au Bhoutan sont imputables aux maladies non transmissibles. Plus d’un quart de la population souffre d’hypertension. Les habitudes alimentaires traditionnelles comprennent 3 repas quotidiens à forte teneur en sel et une importante consommation d’alcool, ce qui accroît le risque de ces maladies.

La consommation de tabac et des comportements sédentaires en augmentation accentuent encore la menace. Et, jusqu’à récemment, les habitants des villages reculés avaient des difficultés d’accès aux médicaments.

«Ici, les gens avaient l’habitude de qualifier les maladies non transmissibles de "tueur silencieux"», explique le moine bouddhiste Lopen Pasang, coordinateur sanitaire de la communauté monastique du Bhoutan, qui compte environ 12 000 moines. «Les moines étaient particulièrement exposés. Ils avaient un régime alimentaire à forte teneur en sel, en sucre et en graisse, et ils étaient devenus sédentaires. Tous ces facteurs ont entraîné une hausse de l’obésité, de l’hypertension, du diabète et des autres maladies non transmissibles.»

Il est possible de prendre des mesures relatives aux maladies non transmissibles

En 2018, le Bhoutan déploiera un nouveau plan socioéconomique quinquennal qui donne la priorité à la prévention des MNT et à la lutte contre ces maladies dans tous les secteurs.

L’ensemble d’interventions essentielles contre les maladies non transmissibles de l’OMS permet aux agents de santé d’évaluer si les patients sont exposés aux principaux facteurs de risque comme l’hypertension et l’hyperglycémie, et de proposer un traitement aux personnes particulièrement vulnérables face au risque d’infarctus du myocarde, d’accident vasculaire cérébral et d’autres complications.

Cet outil vise à repérer de façon précoce les menaces de maladie et fait la promotion de soins rapides et de meilleure qualité afin d’accroître les chances d’améliorer les résultats sanitaires.

«Les efforts déployés par le Bhoutan, plus particulièrement en ce qui concerne la prévention des cardiopathies et la lutte contre ces affections, est un modèle à suivre», déclare le Dr Cherian Varghese de l’OMS, qui participe à la conception et à la mise en œuvre d’une nouvelle initiative connue sous le nom de «Cœurs mondiaux».

Cette initiative, lancée par l’OMS, les Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis et d’autres partenaires, accompagne un groupe de pays afin qu’ils améliorent la prise en charge des cardiopathies, la réduction de la consommation de sel et la lutte antitabac, ce que le Bhoutan a déjà fait.

Le Dr Karma Lhazeen, directrice de la santé publique au Ministère de la santé du Bhoutan, explique que le dépistage, les conseils et les traitements, appuyés par un suivi étroit, ont permis d’obtenir des résultats positifs dans la lutte contre l’hypertension. «Dans les districts où nous avons expérimenté ces interventions essentielles de l’OMS, le nombre de personnes souffrant d’hypertension a chuté de 42% à 21%», explique-t-elle. «Des améliorations ont également été constatées pour d’autres affections, notamment le diabète.»

En 2014, le Bhoutan a mené une campagne nationale de surveillance en appliquant l’approche par étapes recommandées par l’OMS afin de collecter, d’analyser et de diffuser les données sanitaires recueillies, afin d’obtenir une image plus nette de l’ampleur du problème que représentent les maladies non transmissibles. Les résultats ont été stupéfiants: 39% des personnes étaient en surpoids ou obèses, 36% souffraient d’hypertension et la moitié ne pratiquaient aucune activité physique intense. Une personne sur 3 souffrant d’hypertension ne prenait aucun traitement.

Ces conclusions ont donné naissance à un nouveau plan d’action national de lutte contre les maladies non transmissibles.

Tous les Bhoutanais sont soignés gratuitement. En vertu du nouveau plan national, 53% des budgets et du matériel visant à lutter contre les MNT seront affectés aux districts – contre 30% précédemment – donnant ainsi davantage de pouvoir à la prise de décisions au niveau local.

Le Bhoutan a également axé ses efforts sur les risques principaux favorisant ces maladies. Les taxes sur l’alcool ont augmenté de 100% et les districts mettent en œuvre un plan de lutte contre l’alcool avec l’appui de l’OMS. Une législation stricte contre le tabagisme interdit la production, la vente et la consommation dans les lieux publics de cette substance mortelle et la fiscalité est élevée. L’activité physique est fortement encouragée.

L’engagement politique est indispensable pour lutter contre les MNT

«La riposte engagée par le gouvernement contre les MNT a été très encourageante», explique Tshering Dhendup, responsable de l'OMS pour les MNT au Bhoutan. «On peut compter sur un engagement politique de haut niveau.»

Et un tel engagement est fondamental.

En début d’année, le Premier Ministre Tshering Tobgay a rencontré l’Équipe spéciale interorganisations des Nations Unies pour la prévention et la maîtrise des maladies non transmissibles, dirigée par l’OMS. À cette occasion, il a déclaré: «Les MNT sont un sujet de préoccupation de plus en plus important au Bhoutan. Certes, nous vivons plus longtemps et nous jouissons d’une plus grande prospérité, mais nous sommes victimes de maladies liées au mode de vie.»

La lutte contre les MNT et la prévention de ces maladies sont au centre des plans tracés par le Bhoutan pour un avenir durable. Cela est conforme au Programme de développement durable à l’horizon 2030, qui vise à éradiquer la pauvreté, à faire la promotion de la paix et à ne laisser personne de côté. Le Programme vise également à réduire d’un tiers les décès prématurés dus à des MNT d’ici à 2030.

Le Bhoutan est l’un des pays choisis par l’OMS pour recevoir un appui intégré visant à accélérer les progrès vers la réalisation des neuf cibles mondiales en matière de MNT, notamment la réduction de 25% des décès prématurés dus aux MNT d’ici 2025, ainsi que les cibles du Programme de développement durable à l’horizon 2030 en lien avec ces maladies. Cet appui a été un autre des facteurs clés de la progression du Bhoutan à ce jour.

Le Dr Lhazeen explique: «La lutte contre les MNT contribue au développement de notre pays car, en investissant un montant raisonnable dans la prévention et dans les soins primaires et secondaires, cela permet de faire des économies massives en évitant les coûts élevés liés à la prise en charge des MNT.» Laissons le mot de la fin au moine Pasang, lui-même diabétique et qui a souffert d’hypertension:

«Je mesure les changements dans l’état de santé des moines et de la communauté au sens plus large. Aujourd’hui, la plus jeune génération de moines est consciente de la nécessité d’avoir une alimentation saine, d’éviter de consommer de l’alcool et de faire de l’exercice physique. Ces jeunes vivent bien mieux.»