Paludisme: davantage de femmes en Afrique bénéficient du traitement préventif pendant leur grossesse

Avril 2017

L’OMS recommande le traitement préventif du paludisme à toutes les femmes enceintes vivant dans des zones de transmission en Afrique afin de protéger les mères et les nourrissons. Au Cameroun, la mise en place de ces recommandations est très lente ...

Trois femmes enceintes en Afrique
Dans vingt pays d’Afrique subsaharienne, près d’une femme enceinte sur 3 bénéficie d’au moins 3 doses du traitement de prévention du paludisme
OMS/C. Black

Dans les couloirs bondés d’un hôpital de Yaoundé, Esther Sabouangis est là pour une consultation prénatale. Elle a un peu plus de 30 ans et attend son troisième enfant. «Je dors sous une moustiquaire imprégnée d’insecticide et j’ai pris à chaque fois mes médicaments contre le paludisme. Je n’ai jamais eu de fièvre pendant ma grossesse et je n’ai jamais été malade. J’en suis très contente, pour mon enfant et pour moi-même.»

Esther a la chance de vivre dans une grande ville du Cameroun, où l'information sur les risques du paludisme pendant la grossesse est bonne. Le dispensaire public qu’elle fréquente offre les 3 doses au moins que l’OMS recommande pour protéger des effets dévastateurs du paludisme les mères et les enfants à naître. Encore mieux, les médicaments sont gratuits.

«Ce traitement préventif, appelé traitement préventif intermittent pendant la grossesse (TPIg), a été introduit au Cameroun il y a environ 11 ans, mais sa mise en place a été terriblement lente», déplore le Professeur Philip Nana Njotang, le médecin traitant d’Esther. «Il sauve des vies et, pour que les femmes enceintes en bénéficient, un moyen simple et évident semblait être de l’ajouter aux soins prénatals existants, avec les moustiquaires imprégnées d’insecticide.

Environ 52 millions de femmes en Afrique subsaharienne tombent enceintes chaque année et sont exposées au risque d’exposition à Plasmodium falciparum, forme la plus mortelle du paludisme et ayant la plus grande prévalence sur le continent africain. Le TPIg évite la mort pour les mères et les nourrissons, l’anémie et d’autres effets indésirables du parasite pendant la grossesse.

L’OMS recommande le TPIg à toutes les femmes enceintes vivant dans des zones de transmission stable du paludisme en Afrique. Les doses doivent être données lors des consultations prénatales régulières dès le deuxième trimestre de la grossesse.

L’OMS a suivi la mise en œuvre de ses recommandations pour la prévention du paludisme chez les femmes enceintes. Le Rapport sur le paludisme dans le mondede 2016 a montré des progrès importants: près d’une femme enceinte sur 3 remplissant les conditions requises ont bénéficié d’au moins 3 doses du TPIg dans 20 pays d’Afrique subsaharienne.

On estime cependant que 69% des femmes enceintes n’ont toujours pas le nombre recommandé de doses du TPIg. Cette année, lors de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme, l’OMS appelle tous les pays d’endémie en Afrique et leurs partenaires du développement à rattraper d’urgence le retard dans l’accès au TPIg et aux autres outils essentiels de prévention.

«Je pense qu’aujourd’hui à Yaoundé, environ 80% des femmes enceintes ont accès aux 3 doses du traitement. Mais en périphérie, dans les zones rurales, la situation est bien différente», indique le Professeur Nana.

Dans les zones rurales, les services de santé sont plus rares et les femmes souvent moins informées. Même si elles connaissent les avantages du TPIg, elles ne peuvent se le procurer que dans des pharmacies privées, à un coût parfois prohibitif.

«Notre système de santé dans les 10 régions du Cameroun n’a pas encore l’assise nécessaire pour délivrer à toute la population des soins systématiques de ce type. Si nos associations professionnelles, comme la Société des Pédiatres ou la Société des Obstétriciens par exemple, pouvaient aider à appliquer ces recommandations, les capacités seraient renforcées, il y aurait une promotion de ces services et la situation serait bien meilleure», suggère le Professeur Nana.

Esther fait en effet partie des mères qui ont de la chance. Elle a eu 3 grossesses sans paludisme et attend avec joie la naissance de son troisième enfant.