Vers la tolérance zéro pour les mutilations sexuelles féminines au Soudan

Février 2018

Plus de 1000 communautés au Soudan ont abandonné cette pratique qui constitue toujours une violation des droits fondamentaux des jeunes filles et des femmes en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie.

Des écolières attendent leur tour pour une visite médicale dans le cadre du programme de santé scolaire à El-Obeid, dans l’État du Kordofan du Nord, au Soudan
Des écolières attendent leur tour pour une visite médicale dans le cadre du programme de santé scolaire à El-Obeid, dans l’État du Kordofan du Nord, Soudan
OMS/M. Elamin

Il y a 9 ans, au Soudan, une communauté a décidé de suivre les recommandations de l’OMS et d’abandonner la pratique des mutilations sexuelles féminines.

Depuis, l’île de Tuti, au confluent du Nil Blanc et du Nil Bleu, où vit une communauté de 21 000 personnes, est considérée comme pionnière au sein d’un mouvement qui prend de l’ampleur et vise à mettre fin aux mutilations sexuelles féminines.

Aujourd’hui, plus de 1000 communautés au Soudan ont abandonné cette pratique qui ne présente aucun avantage pour la santé et qui constitue toujours une violation des droits fondamentaux des jeunes filles et des femmes en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie.

«L’île de Tuti est un brillant exemple de la manière dont une communauté peut être à l’origine des efforts visant à mettre fin aux mutilations sexuelles féminines et persévérer dans ces efforts», déclare le Dr Wisal Ahmed, chef d’équipe de l’unité pour la santé de la femme du bureau de l’OMS au Soudan. «Nous espérons que les autres communautés qui se sont déclarées en faveur de l’abandon de la pratique au cours des quatre dernières années poursuivront aussi les progrès accomplis.»

Le Soudan est l’un des pays où le taux de mutilations sexuelles féminines est le plus élevé au monde, la plupart des filles subissant cette pratique entre 5 et 9 ans. Quatre-vingt-sept pour cent des femmes âgées de 15 à 49 ans en ont été victimes et la majorité d’entre elles a subi la forme la plus grave de ces mutilations – l’infibulation –, réalisée en sectionnant puis suturant les organes génitaux féminins, l’orifice vaginal rétréci ne laissant qu’un faible passage pour l’urine.

Toutefois, certains signes montrent que la pratique diminue parmi les filles les plus jeunes, explique le Dr Ahmed. «Seul un tiers des filles âgées de 0 à 14 ans ont subi ces mutilations, alors qu’elles sont 9 sur 10 parmi les jeunes filles et les femmes âgées de 15 à 49 ans.»

Un programme multisectoriel pour lutter contre la prévalence élevée des mutilations sexuelles féminines

Il y a 5 ans, l’OMS s’est jointe au programme de l’UNICEF et de l’UNFPA visant à soutenir le gouvernement soudanais et à libérer le Soudan des mutilations sexuelles féminines. Dans le cadre du programme financé par le Département du développement international (DFID) du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, l’OMS s’est efforcée de renforcer l’action du secteur de la santé pour combattre les mutilations sexuelles féminines en mettant en terme à la «médicalisation» – lorsque les mutilations sont pratiquées par des sages-femmes ou d’autres membres du personnel de santé.

«Les mutilations sexuelles féminines sont une violation des droits humains qui enfreint le code de déontologie médicale et le principe fondamental de «ne pas nuire». L’OMS et les organisations des Nations Unies partenaires sont opposées à la médicalisation des mutilations sexuelles féminines», rappelle la Dre Naeema Al-Gaseer, Représentante de l’OMS au Soudan.

Des étudiantes en obstétrique assistent à un cours dans l’école d’obstétrique de Bara, dans l’État du Kordofan du Nord, Soudan
Des étudiantes en obstétrique assistent à un cours dans l’école d’obstétrique de Bara, dans l’État du Kordofan du Nord, Soudan
OMS/M. Elamin

En travaillant avec le ministère de la Santé du Soudan, les écoles d’obstétrique, les associations de professionnels de la santé et les organismes de réglementation, l’OMS veille à ce que les professionnels de la santé se conforment aux recommandations présentées dans sa Stratégie mondiale visant à empêcher le personnel de santé de pratiquer des mutilations sexuelles féminines.

Dans le cadre de la formation préalable à l’autorisation d’exercer, l’ensemble du personnel paramédical et des sages-femmes du pays sont désormais informés des dommages causés par les mutilations sexuelles féminines. À ce jour, près de 1000 professionnels de la santé ont suivi la formation et plus de 2700 médecins au Soudan se sont engagés à abandonner les mutilations sexuelles féminines et leur médicalisation.

En utilisant les lignes directrices de l’OMS sur la prise en charge des complications des mutilations sexuelles féminines, le pays veut aussi s’assurer que les femmes qui ont subi des mutilations sexuelles bénéficient des soins, du traitement et du soutien psychologique dont elles ont besoin, et ne subissent pas de traumatismes répétés lorsqu’elles recherchent des soins, en particulier après un accouchement.

Informer les jeunes filles des dangers des mutilations sexuelles féminines est un autre élément du programme multisectoriel. Sachant que plus de 70% des filles au Soudan vont à l’école primaire, l’OMS a, en partenariat avec le ministère de l’Éducation et le ministère de la Santé, élaboré du matériel didactique sur les mutilations sexuelles féminines qui a été intégré au programme scolaire. Les jeunes filles apprennent désormais que les mutilations sexuelles féminines ne sont pas un rite religieux et qu’elles ont des conséquences négatives majeures sur la santé à court et à long terme.