Migrations et santé

Questions-réponses
Février 2017

Q: Quels sont généralement les problèmes de santé des réfugiés et des migrants?

R: Les problèmes de santé des réfugiés et des migrants sont semblables à ceux du reste de la population, même s’il arrive que la prévalence en soit plus élevée dans certains groupes. Chez les migrants nouvellement arrivés, les problèmes de santé les plus fréquents sont les blessures accidentelles, l’hypothermie, les brûlures, les problèmes cardiovasculaires, les complications de la grossesse ou de l’accouchement, le diabète et l’hypertension. Les femmes migrantes sont, pour leur part, confrontées à des difficultés particulières touchant notamment à la santé de la mère, du nouveau-né et de l’enfant, à la santé sexuelle et reproductive et aux violences.

L’exposition des migrants aux risques associés aux mouvements de population – troubles psychosociaux, problèmes de santé reproductive, mortalité néonatale plus élevée, abus de drogues, troubles nutritionnels, alcoolisme et exposition à la violence – accroît leur vulnérabilité face aux maladies non transmissibles (MNT). À cet égard, l'interruption des soins constitue le principal problème, en raison du manque d'accès aux systèmes de soins de santé et aux prestataires, ou de la décimation de ces services. Les déplacements entraînent l'interruption du traitement continu, ce dernier étant particulièrement important en cas de maladies et d'affections chroniques.

En raison des mauvaises conditions de vie et des privations subies pendant les migrations, les enfants vulnérables sont sujets à des infections aiguës, comme les infections respiratoires et la diarrhée, et doivent avoir accès aux soins correspondants. Le manque d’hygiène peut entraîner des infections cutanées. De plus, le nombre de morts et de blessés a rapidement augmenté parmi les réfugiés et les migrants qui traversent la Méditerranée: selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, au cours des 6 premiers mois de l’année 2015, 1867 personnes se sont noyées ou ont été portées disparues en mer.

Q: Faut-il faire un triage et un dépistage des réfugiés et des migrants à l’arrivée?

R: L’OMS ne recommande pas de dépistage obligatoire des maladies chez les réfugiés ou les migrants car on ne dispose pas d’éléments tangibles sur les avantages (ou le rapport coût/efficacité) de cette intervention, qui pourrait être également source d’anxiété pour les réfugiés et pour la communauté au sens large.

L’OMS recommande vivement de proposer et d’effectuer des bilans médicaux afin de garantir que tous les réfugiés et migrants ayant besoin d’une protection sanitaire aient accès aux soins de santé. Ces bilans médicaux devraient être effectués pour les maladies transmissibles et non transmissibles, en respectant les droits fondamentaux des migrants et leur dignité.

Les résultats du dépistage ne doivent jamais être utilisés comme raison ou justification de l’expulsion d’un réfugié ou d’un migrant.

  • Le dépistage obligatoire dissuade les migrants de demander un examen médical et compromet l’identification des patients à haut risque.
  • Même si l’idée qu’il existe un lien entre les migrations et l’importation de maladies infectieuses est répandue, cette association n’est pas systématique. Les réfugiés et les migrants sont exposés principalement aux maladies infectieuses courantes en Europe, sans lien avec les flux migratoires. Le risque que des agents infectieux exotiques, comme le virus Ebola, soient importés en Europe est extrêmement faible, et lorsqu’il se matérialise, l’expérience montre que les voyageurs, les touristes ou les agents de santé sont davantage concernés que les réfugiés ou les migrants.
  • Le triage est recommandé aux points d’entrée afin de repérer les problèmes de santé chez les réfugiés et les migrants peu après leur arrivée. Un diagnostic et un traitement adaptés doivent suivre, et il faut dispenser les soins de santé nécessaires aux différents groupes de population (enfants, femmes enceintes, personnes âgées).

Chaque personne en déplacement doit avoir pleinement accès à un milieu accueillant, à la prévention (par exemple, à la vaccination) et, lorsque nécessaire, à des soins de santé de qualité, sans discrimination fondée sur le sexe, l’âge, la religion, la nationalité ou la race. C’est le meilleur moyen de garantir que la population résidante n’est pas inutilement exposée à des agents infectieux importés. L’OMS soutient les politiques consistant à prodiguer des services de soins de santé aux migrants et aux réfugiés indifféremment de leur statut juridique, dans le cadre de la couverture sanitaire universelle.

Q: Faut-il vacciner les réfugiés et les migrants à leur arrivée?

R: La transmission d’une maladie évitable par la vaccination à la population du pays d’accueil risque autant de se produire au retour d’un résident qui a voyagé dans un pays d’endémie qu’après l’arrivée d’un migrant venu d’un tel pays. L’immunité des populations demeure très inégale, soit parce que les pays ont refusé les bénéfices de la vaccination, soit en raison d’un accès limité à ces services.

Un accès équitable à la vaccination est primordial et doit être assuré aux migrants et aux réfugiés quel que soit leur statut; ils doivent être inclus dans les programmes de vaccination systématique.

Q: Quel accès aux services de santé les réfugiés et les migrants doivent-ils avoir?

R: Le statut juridique est l’un des principaux déterminants de l’accès des migrants aux services de santé d’un pays. Chaque réfugié et chaque migrant doivent bénéficier sans interruption d’un accès complet et ininterrompu à un milieu accueillant et, si besoin, à des soins de santé de qualité, sans aucune discrimination fondée sur le sexe, l’âge, la religion, la nationalité ou la race. L’OMS soutient les politiques tendant à ce que les soins de santé soient prodigués indifféremment du statut juridique des migrants.

L’accès rapide aux soins peut entraîner la guérison et éviter ainsi la propagation des maladies; il est donc dans l’intérêt des migrants et du pays d’accueil de veiller à ce que la population résidente ne soit pas inutilement exposée à l’importation d’agents infectieux. De même, le diagnostic et le traitement de MNT telles que le diabète et l’hypertension peuvent empêcher ces maladies de s’aggraver et de mettre la vie des personnes en danger.

Q: Que fait l’OMS face à l’afflux massif de réfugiés et de migrants dans la Région européenne?

R: L’OMS s’attache à:

  • renforcer la capacité du système de santé à répondre aux besoins sanitaires des migrants et des populations d’accueil;
  • promouvoir des interventions de santé immédiates;
  • veiller à ce que les politiques de santé tiennent compte des migrants;
  • améliorer la qualité des services de santé prodigués;
  • et optimiser l’utilisation des structures et des ressources sanitaires dans les pays accueillant des populations migrantes.

L’OMS travaille depuis de nombreuses années sur les questions relatives à la santé des populations en déplacement. Depuis mars 2016, elle a changé d’approche passant d’une considération purement humanitaire de la santé et des migrations à une action reposant sur un renforcement plus large des systèmes de santé et les efforts pour instaurer la couverture sanitaire universelle.

  • élaborer un projet de cadre sur les priorités et les principes directeurs de la promotion de la santé des réfugiés et des migrants, en vue de son examen par la Soixante-Dixième Assemblée mondiale de la Santé en 2017;
  • veiller, en étroite collaboration avec les États Membres, à ce que les aspects ayant trait à la santé soient suffisamment pris en compte dans l’élaboration du pacte mondial sur les réfugiés et du pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières devant être adoptés en 2018;
  • aider les États Membres à tenir les engagements sanitaires inclus dans le pacte mondial sur les réfugiés et le pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières;
  • mèner une analyse de la situation sur la santé des réfugiés et des migrants dans chaque région en appui à l’élaboration du cadre sur les priorités et les principes directeurs de la promotion de la santé des réfugiés et des migrants;
  • favoriser les liens avec le développement humanitaire en jetant des passerelles entre l’assistance humanitaire et le renforcement du système de santé à long terme;
  • renforcer la coordination et la collaboration intersectorielles interpays et interinstitutions, y compris avec le système des Nations Unies, et avec les parties prenantes, notamment le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

L’OMS travaille depuis de nombreuses années sur les questions de santé liées aux mouvements de population. Santé 2020, la politique cadre de l’OMS/Europe pour la santé, accorde une attention particulière aux migrations et à la santé, en tenant compte de la vulnérabilité de la population et des droits fondamentaux.