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Maladies infectieuses endémiques: les 15 prochaines années

Dr Ren Minghui,
Sous-Directeur général à l’OMS pour le Groupe VIH/sida, tuberculose, paludisme et maladies tropicales négligées

Commentaire
22 août 2016

Je suis revenu récemment de la Conférence internationale sur le sida à Durban (Afrique du Sud). Comme beaucoup l’ont relevé, cet événement a fait date: il a été l’occasion de célébrer le succès remarquable de la riposte au VIH au cours des 15 dernières années.

Mais il a aussi permis une prise de conscience. Malgré les résultats tangibles, avec des millions de vies sauvées, il apparaît de plus en plus clairement que, pour atteindre le but de mettre fin d’ici 2030 à l’épidémie de sida en tant que menace pour la santé publique, le monde devra franchir plusieurs étapes dans cette lutte.

Accélérer les progrès pour toutes les maladies infectieuses

Les objectifs de développement durable (ODD), adoptés en septembre dernier par les Nations Unies à New York, donnent amplement l’occasion d’accélérer les progrès pour toutes les maladies infectieuses. L’accent mis sur l’équité, le renforcement des systèmes de santé, la couverture sanitaire universelle et l’action multisectorielle, transformera notre manière de lutter contre ces maladies.

Ces objectifs s’appuient sur la dynamique générée pendant la période des objectifs du Millénaire pour le développement et sur les enseignements tirés des 15 premières années de ce siècle. Ils reconnaissent que, si la riposte mondiale a permis de réduire sensiblement le fardeau des maladies infectieuses et de sauver plus de 50 millions de vies, il faudra néanmoins en faire beaucoup plus.

Qui aurait pu penser en 2000 qu’en 2015 le monde allait arriver à mettre sous traitement antirétroviral 17 millions de personnes dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, à faire baisser de 60% le taux de mortalité par paludisme et réduire de 47% le nombre des décès par tuberculose? Qui aurait pu prévoir qu’en 15 ans, on allait ramener le nombre des cas de dracunculose de plus de 75 000 à seulement 22? C’est pourtant ce qui a été accompli.

Ce que nous devons faire maintenant, c’est maintenir notre résolution et intensifier encore nos efforts.

«Plus que toute autre chose, il s’agit dans les 5 prochaines années de bâtir les fondations solides qui mettront un terme aux épidémies de maladies infectieuses partout dans le monde. Ce n’est pas le moment de lever le pied. On sait que ces maladies sont capables de revenir frapper encore plus fort au moindre relâchement de notre part.»

Dr Ren Minghui, Sous-Directeur général à l’OMS pour le Groupe VIH/sida, tuberculose, paludisme et maladies tropicales négligées

Les maladies infectieuses ont toujours des impacts profonds sur la vie des gens. Dans certains des pays les plus pauvres, elles continuent à dévaster les économies et à paralyser les systèmes de santé. Les progrès restent inégaux et des millions de personnes ne bénéficient pas des mesures de prévention et des traitements.

Dès le départ, la lutte contre les maladies infectieuses a été confrontée à des obstacles sociaux, juridiques et économiques tenaces et il y a eu des déficits de financement importants. C’est une des raisons majeures pour lesquelles le VIH, la tuberculose, le paludisme, l’hépatite virale et les maladies tropicales négligées (MTN) tuent encore plus de 4 millions de personnes chaque année.

Chaque année dans le monde, 480 000 personnes développent une tuberculose multirésistante et la résistance aux médicaments commence aussi à compliquer la lutte contre le VIH et le paludisme. Un effort coordonné pour relever ce défi, sous l’égide du Plan d’action mondial de l’OMS pour combattre la résistance aux antimicrobiens, sera crucial pour la réussite.

Des stratégies mondiales contre les maladies infectieuses

Pour aider les pays à tenir leur engagement «de mettre fin aux épidémies» d’ici à 2030, l’Assemblée mondiale de la Santé a adopté des stratégies mondiales pour lutter contre le VIH, la tuberculose et le paludisme. Cette année, elle a adopté la première stratégie mondiale contre l’hépatite et a fixé les premières cibles mondiales contre cette maladie. Depuis 2012, l’OMS a mis à disposition une feuille de route pour orienter les efforts mondiaux contre les maladies tropicales négligées qui touchent plus d’un milliard de personnes.

Ces stratégies s’appuient sur un ensemble de documents d’orientation fondés sur des bases factuelles et destinés à aider les pays à concevoir et à mettre en œuvre leurs propres plans. Elles soulignent les possibilités de maximiser l’impact des services de prévention, de traitement et de soins et d’atténuer les répercussions des problèmes biologiques, comme la résistance aux médicaments et aux insecticides, et des changements climatiques.

Dans le même temps, l’OMS travaille pour aider les pays à s’approcher de la couverture sanitaire universelle, en s’assurant que toute personne ait accès aux services de santé dont elle a besoin, sans être pour autant acculée à la pauvreté.

En plus de mettre en place de solides systèmes de financement de la santé, cela implique de constituer une main-d’œuvre qualifiée et d’investir dans les efforts visant à améliorer la qualité des traitements, des produits diagnostiques et des outils de prévention. Cela implique de garantir un approvisionnement suffisant en produits de santé financièrement abordables, sûrs et efficaces et de mettre fin aux ruptures de stocks. Cela implique enfin de faire le lien entre tous les éléments, c’est-à-dire d’intégrer davantage les services, comme nous l’observons déjà dans de nombreux endroits.

Plus que toute autre chose, il s’agit dans les 5 prochaines années de bâtir les fondations solides qui mettront un terme aux épidémies de maladies infectieuses partout dans le monde. Ce n’est pas le moment de lever le pied. On sait que ces maladies sont capables de revenir frapper encore plus fort au moindre relâchement de notre part.