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Professionels de santé: à l’écoute des femmes lorsqu’elles en ont le plus besoin

Ian Askew
Directeur, Département Santé reproductive et recherche, OMS

Commentaire
29 novembre 2016

Ian Askew, Directeur, Département Santé reproductive et recherche, OMS
Ian Askew, Directeur, Département Santé reproductive et recherche, OMS

Les personnes qui écoutent activement utilisent bien plus que leur ouïe. Elles utilisent également leurs yeux et leur cœur. Ces personnes écoutent au-delà des mots, font preuve d’empathie et prêtent attention aux sentiments et au langage corporel qui se cachent derrière les paroles. Elles montrent leur soutien en étant respectueuses et sans porter de jugement.

Alors que nous marquons la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes ainsi que les 16 journées de mobilisation qui suivent, le temps est venu de célébrer et de promouvoir le potentiel des agents de santé en matière d’écoute active. Chaque jour, les prestataires de soins ont une perspective unique sur la vie et la santé de leurs patients, et ont l’occasion de jouer un rôle déterminant en matière de soutien aux femmes qui subissent des violences.

Dans le monde, une femme sur trois subira des violences physiques et/ou sexuelles d’un partenaire intime ou des violences sexuelles exercées par d’autres que le partenaire à un moment de sa vie. Les données indiquent que les femmes ayant subi des violences sexuelles ont davantage recours aux services de santé que les femmes n’ayant pas été victimes de violences. Bien que de nombreuses femmes ne révèlent pas qu’elles ont subi des violences, les prestataires de soins sont souvent leur premier point de contact professionnel. Les femmes citent également les prestataires de soins comme les professionnels en qui elles ont confiance pour révéler qu’elles sont victimes de violences.

Par conséquent, les professionnels de la santé se trouvent dans une position unique s’agissant de répondre aux besoins des femmes ayant subi des violences, au plan sanitaire, psychosocial et juridique, y compris lorsque les ressources sont limitées.

Les prestataires de soins doivent toutefois être en mesure de fournir des soins et un appui adaptés.

L’appui commence par les cinq tâches à ne pas oublier

Le manuel clinique OMS des soins de santé pour les femmes victimes d’actes de violence commis par un partenaire intime ou d’actes de violence sexuelle propose aux personnels de santé 5 tâches pour soutenir les femmes souffrant de violences:

  • Écoutez-la attentivement, avec empathie et sans porter de jugement;
  • S’informer de ses différents besoins et de ses préoccupations:
  • Valider son expérience en lui montrant que vous la comprenez et que vous la croyez;
  • Améliorer sa sécurité en envisageant un plan pour la protéger contre des dommages supplémentaires.
  • Soutenez-laen l’aidant à accéder à des informations, à des services et à l’appui social

Si vous êtes un professionel de santé, assurez-vous d’offrir votre soutien et de ne pas porter de jugement. Fournissez des soins et un appui pratiques répondant aux inquiétudes des femmes sans être envahissant. Écoutez-les sans les presser de raconter leur histoire.

L’appui de première ligne est peut-être le type de soins le plus important qu’un professionnel de santé puisse offrir et il se peut qu’il recouvre tout ce dont la patiente a besoin. C’est aussi peut-être votre seule occasion de prodiguer des soins.

Les systèmes de santé doivent donner des moyens d’action à leurs personnels

Un prestataire de soins bien formé peut écouter activement et ainsi contribuer à changer la vie d’une femme ayant subi des violences. Cependant la formation seule ne suffit pas. Les prestataires de soins doivent travailler dans un environnement leur permettant d’écouter et de prendre des mesures en conséquence.

Cela signifie qu’un système de santé qui soutient et donne des moyens d’action aux agents de santé doit être en place, afin qu’ils puissent à la fois acquérir les compétences nécessaires et appliquer leurs connaissances pour lutter contre la violence. Le respect de la vie privée et la confidentialité sont essentiels.

Il est toutefois malheureux de constater que de nombreux pays échouent dans ce domaine.

«Si vous êtes un professionel de santé, assurez-vous de montrer votre soutien et de ne pas porter de jugement. Fournissez des soins et un appui pratiques répondant aux besoins des femmes sans pour autant être envahissant.»

Ian Askew,
Directeur, Département Santé reproductive et recherche, OMS

Dans la plupart des pays, les agents de santé se retrouvent sans les compétences ni la formation dont ils ont besoin pour répondre de manière adaptée et efficace aux cas de femmes ayant subi des violences, et l’infrastructure de base permettant de garantir le respect de la vie privée et la confidentialité est inexistante.

Aujourd’hui, seule la moitié des pays indiquent qu’ils disposent de services en place pour soutenir les personnes ayant survécu à des violences et leur prodiguer des soins. Et même lorsque ces services sont disponibles, ils sont fréquemment mal coordonnés, ce qui entraîne des coûts considérables et de longues attentes pour les femmes qui ont le plus besoin de ces services. Par ailleurs, la qualité et la couverture des services sont limitées.

Les lois sont insuffisantes pour protéger les femmes. Alors que plus de 130 pays font état d’une législation en vigueur punissant au moins certaines formes de violence, notamment la violence domestique ou le viol, l’application des lois laisse souvent à désirer. Dans de nombreux pays, les agents de santé sont censés remplir des rapports médicaux pouvant être utilisés comme éléments de preuve, mais très souvent ils sont malheureusement mal préparés pour le faire.

En mai dernier, l’Assemblé mondiale de la Santé a adopté un plan d’action mondial visant à renforcer le rôle du secteur de la santé dans la lutte contre la violence à l’égard des femmes et des filles et à l’égard des enfants. Ce plan propose les nombreuses mesures susceptibles d’être prises par le secteur de la santé pour renforcer les interventions ayant fait leurs preuves, dans le cadre d’une riposte multisectorielle pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes et des filles d’ici à 2030.

Une des quatre stratégies figurant dans le plan consiste à renforcer la prestation de services de santé ainsi que les capacités des prestataires de soins pour combattre la violence. Les pays se sont engagés à intégrer la prévention de la violence et la riposte dans leurs stratégies de santé nationales, à affecter des ressources financières et humaines et à augmenter l’accès des femmes aux services de santé. Toutefois, ces mesures verront le jour seulement lorsqu’il existera un engagement politique reconnaissant que toutes les formes de violence sont inacceptables.

Les systèmes de santé doivent intégrer la formation sur la violence à l’égard des femmes dans les programmes d’études avant et après l’entrée en service pour l’ensemble des professionnels de la santé afin qu’ils soient en mesure de prodiguer des soins de qualité aux personnes ayant survécu à des violences en respectant les cinq tâches ainsi que les recommandations énoncées dans le plan d’action mondial.

Un monde dans lequel les femmes et les filles sont libérées de la violence et de la discrimination est à notre portée. Cela commence par l’écoute et cela se produit lorsque les personnes sont dotées de moyens pour agir.