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Afrique: le temps est venu pour chaque enfant de bénéficier des vaccins indispensables

Dr Matshidiso Moeti, Directeur régional pour l’Afrique
Dr Ala Alwan, Directeur régional pour la Méditerranée orientale

Commentaire
22 février 2016

Le continent africain a une occasion unique d’améliorer la vie de tous les enfants – et nous savons exactement comment la saisir: il s’agit de fournir un accès universel à la vaccination dans tout le continent afin de protéger les enfants contre les maladies évitables par la vaccination.

Nous avons été témoins de l’impact porteur de transformation des efforts déployés pour que davantage d’enfants bénéficient des vaccins indispensables. Le nombre de décès d’enfants en Afrique a baissé de moitié au cours de la génération passée et cette réduction est en grande partie due à l’utilisation d’interventions à fort impact telles que la vaccination.

Il n’y a pas eu de nouveau cas de poliomyélite sur le continent africain depuis plus d’un an, alors qu’auparavant cette maladie paralysait les enfants dans tous les pays. Grâce au nouveau vaccin contre la méningite, des centaines de millions de personnes ne vivent plus dans la crainte de contracter cette infection potentiellement mortelle, qui a fait des ravages dans les pays de ce que l’on appelle la ceinture africaine de la méningite.

Les avantages de la vaccination

Les avantages de la vaccination ne se limitent pas, loin de là, à la santé. En effet, des enfants vaccinés contractent moins de maladies et par conséquent les coûts des soins de santé sont plus faibles pour les familles et le système de santé. Par ailleurs, les enfants ayant été vaccinés sont plus susceptibles de rester à l’école, renforçant ainsi leurs perspectives économiques et celles de leur communauté.

La vaccination est l’une des stratégies les plus rentables pour améliorer les niveaux de vie et mettre les pays sur la voie de la réalisation de leur potentiel économique.

Malheureusement, bien trop d’enfants en Afrique ne bénéficient toujours pas des services de vaccination essentiels. Un enfant sur 5 ne reçoit pas les vaccins dont il a besoin. À l’échelle mondiale, le niveau de couverture vaccinale est le plus faible en Afrique par rapport aux autres régions: plus de la moitié des enfants non vaccinés dans le monde se trouvent en Afrique.

Conférence ministérielle africaine sur la vaccination

Dans le but de stimuler les efforts, les Bureaux de l’OMS pour l’Afrique et la Méditerranée orientale, avec l’Union africaine et d’autres partenaires, organisent les 24 et 25 février 2016 à Addis Abeba, la toute première Conférence ministérielle africaine sur la vaccination.

La Conférence sera un moment exceptionnel. Pour la première fois en effet, des ministres de la santé, des finances et d’autres secteurs de l’ensemble du continent africain se réuniront afin de déclarer leur engagement à renforcer les services de vaccination et à placer l’accès universel à la vaccination au premier plan des efforts visant à améliorer la santé et à conduire au développement durable. Sachant que les vaccins constituent un investissement judicieux et que les pays peuvent et doivent faire plus, ces dirigeants prennent des mesures maintenant.

Les bienfaits économiques de la vaccination sont manifestes; cependant moins de 20 pays africains financent actuellement plus de 50 % de leurs propres dépenses de vaccination. La générosité des donateurs extérieurs, en particulier au cours des 10 dernières années, a permis aux pays africains de renforcer les programmes de vaccination et d’introduire de nouveaux vaccins. Dans le contexte de la croissance économique des pays africains, l’aide des donateurs restera importante, même si, à terme, notre objectif commun devrait être que l’ensemble des gouvernements financent intégralement leurs programmes nationaux de vaccination.

Participation communautaire

Fait important, la société civile et les chefs religieux seront également présents à Addis Abeba, aux côtés des ministres, car pour que les enfants bénéficient de vaccins, il faut plus qu’un financement de l’état. Il faut également que les parents comprennent l’importance de la vaccination et que vacciner leurs enfants devienne pour eux une priorité. La communauté tout entière doit participer à la planification des activités de vaccination afin que les familles soient présentes à l’arrivée des agents de santé chargés d’administrer les vaccins.

Les communautés sur lesquelles nous devons le plus nous concentrer sont celles qui traditionnellement sont mal desservies et où les systèmes de santé sont les plus faibles. Les enfants dont les parents sont peu ou ne sont pas éduqués figurent parmi ceux qui ont le moins de chances de recevoir les vaccins dont ils ont besoin. Dans les zones pauvres et reculées, des systèmes de santé pour la fourniture de vaccins ainsi que d’autres services de santé de base sont faibles ou inexistants.

Nous sommes optimistes quant à la capacité de l’Afrique à relever ces défis, en partie grâce au succès rencontré dans la lutte contre la poliomyélite. Les responsables gouvernementaux à tous les niveaux se sont engagés à administrer le vaccin antipoliomyélitique à tous les enfants. Les communautés et les chefs religieux ont été associés afin de gagner la confiance des parents. Le programme de lutte contre la poliomyélite était centré sur la nécessité d’atteindre tous les enfants jusqu’au dernier ; et cela en dépit de conditions extrêmement difficiles, notamment en période de conflit.


À propos des auteurs

Le Dr Matshidiso Moeti est le Directeur régional de l’OMS pour l’Afrique. Justifiant d’une expérience de plus de 35 années aux niveaux national et international, elle est la première femme à occuper le poste de Directeur régional de l’OMS pour l’Afrique.

Le Dr Ala Alwan est le Directeur régional de l’OMS pour la Méditerranée orientale. Avant d’occuper ce poste, il a été Sous-Directeur général en charge des maladies non transmissibles et de la santé mentale au Siège de l’OMS et Sous-Directeur général en charge des interventions sanitaires en cas de crise. Le Dr Alwan a également été Ministre de l’éducation et Ministre de la santé du gouvernement iraquien.