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Mettre fin à la malnutrition sous toutes ses formes? Une décennie pour agir

Dr Francesco Branca, Directeur du Département Nutrition pour la santé et le développement de l’OMS, et
Anna Lartey, Directeur de la Division de la nutrition de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO)

Commentaire
Septembre 2016

Le terme de malnutrition évoque généralement les quelque 800 millions de personnes qui, tous les jours, souffrent de la faim, parmi lesquelles 156 millions d’enfants de moins de cinq ans atteints d’un retard de croissance parce qu’ils sont chroniquement dénutris, et 50 millions d’enfants dont la vie est menacée par la malnutrition aiguë.

On oublie souvent que la malnutrition ne désigne pas seulement le fait de ne pas manger en quantité suffisante. Elle touche aussi les 42 millions d’enfants et les 1,9 milliard d’adultes dans le monde qui sont en surpoids ou obèses.

Dr Francesco Branca, Directeur du Département de l’OMS Nutrition pour la santé et le développement
Dr Francesco Branca, Directeur du Département de l’OMS Nutrition pour la santé et le développement

Parce que la malnutrition, c’est tout simplement une mauvaise nutrition.

Elle peut être due au fait de ne pas manger assez, de manger trop, de manger de façon déséquilibrée ou de consommer des aliments qui n’ont pas ou que peu de valeur nutritionnelle, ainsi que des aliments contaminés par des microbes pathogènes.

La sous-alimentation provoque une dénutrition, qui peut retarder la croissance et le développement de l’enfant voire causer sa mort, car elle se conjugue souvent à des maladies infectieuses et à un manque de soins. La suralimentation, surtout la surconsommation d’aliments riches en sucres et en graisses, entraîne surpoids et obésité et augmente le risque de diabète, de cardiopathie et de certains cancers. Un régime alimentaire dépourvu d’aliments nutritifs peut causer des carences en vitamines et en minéraux qui entraînent différents problèmes de santé. Consommer des aliments contaminés par des bactéries nocives, des virus ou des parasites peut provoquer une diarrhée et une perte de poids dangereuse.

Dans l’ensemble du monde, une personne sur trois environ souffre d’une forme ou d’une autre de malnutrition.

Le problème ne se réduit pas à la faim dans les pays pauvres et à l’obésité dans les pays riches: la malnutrition sous toutes ses formes est un problème mondial. Il n’est pas rare que des personnes atteintes de différentes formes de malnutrition se côtoient dans un même pays, dans une même communauté et parfois dans le même foyer.

C’est la raison pour laquelle, quand ils ont élaboré le premier plan mondial de développement en 2015 – les objectifs de développement durable –, les gouvernements sont convenus de mettre fin à toutes les formes de malnutrition d’ici à 2030. Pour honorer cet engagement, l’ONU a proclamé en avril 2016 une Décennie d’action pour la nutrition, s’engageant à redoubler d’efforts pendant ces 10 ans pour libérer le monde du fléau de la malnutrition.

Combattre la malnutrition: un défi mondial

Anna Lartey, Directeur de la Division de la nutrition à la FAO
Anna Lartey, Directeur de la Division de la nutrition à la FAO

La pauvreté est au cœur du problème. Les personnes démunies sont les plus sujettes à la malnutrition. Le retard de croissance (qui s’observe chez les enfants trop petits par rapport aux autres du même âge) et l’obésité sont plus courants dans les pays à revenu faible ou intermédiaire et dans les communautés pauvres des pays à haut revenu.

Pour mettre fin à la malnutrition sous toutes ses formes, il faut éliminer la pauvreté. Réciproquement, l’élimination de la malnutrition est capitale pour le développement économique: une population bien nourrie est en meilleure santé et plus productive.

Même si la faim et l’obésité peuvent sembler radicalement opposées, leurs causes profondes sont en réalité les mêmes, de sorte qu’un même ensemble de mesures peut permettre de lutter contre les deux problèmes. C’est ce qu’on appelle les mesures à double usage. Les programmes de distribution d’aliments nutritifs à l’école sont un exemple d’initiatives que les pouvoirs publics peuvent prendre pour combattre la malnutrition sous toutes ses formes.

Autre mesure importante: faire en sorte que les mères soient bien nourries. Les mères malnutries risquent davantage d’avoir des enfants malnutris. Une femme présentant un déficit pondéral risque de mettre au monde un enfant de faible poids de naissance. L’enfant d’une mère en surpoids ou obèse risque, quant à lui, d’être en surpoids à l’adolescence ou à l’âge adulte.

Paradoxalement, un enfant en déficit pondéral d’une mère en déficit pondéral a plus de chances d’être en surpoids plus tard qu’un enfant de poids normal. C’est pourquoi une bonne nutrition est si importante pendant les 1000 premiers jours de l’enfant, depuis le début de la grossesse jusqu’à son deuxième anniversaire.

Une décennie pour agir

«Le problème ne se réduit pas à la faim dans les pays pauvres et à l’obésité dans les pays riches: la malnutrition sous toutes ses formes est un problème mondial.»

Dr Francesco Branca, Directeur du Département OMS Nutrition pour la santé et le développement, et
Anna Lartey, Directeur de la Division de la nutrition à la FAO

La Décennie d’action des Nations Unies pour la nutrition, qui s’étend de 2016 à 2025, a été proclamée dans le but d’intensifier les efforts déployés pour améliorer la nutrition partout dans le monde. Nous devons transformer nos systèmes alimentaires (la manière dont les aliments sont produits, transformés et distribués) afin que tout un chacun ait accès à des aliments nutritifs et à une alimentation saine.

Nous devons faire en sorte que les systèmes de protection sociale réduisent les inégalités et permettent à chacun de par le monde d’avoir une alimentation plus saine. Nous devons renforcer nos systèmes de santé afin que tous aient accès à des services nutritionnels essentiels. Et nous devons faire en sorte que les femmes soient instruites et que les écoles offrent des aliments nutritifs à tous les enfants.

De toute évidence, de nombreux acteurs doivent contribuer à ces résultats. Les organisations des Nations Unies joueront un rôle actif. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture et l’OMS pilotent l’action en collaboration avec le Programme alimentaire mondial, le Fonds international de développement agricole et l’UNICEF.

Mais l’action sera avant tout dirigée par les pays, sur la base des plans nationaux existants. Les pays doivent mettre en place des politiques qui transformeront le système alimentaire et le système de santé afin que, dans 10 ans, nous ayons tous dans notre assiette des aliments nutritifs à prix équitable et produits selon des méthodes durables.

La Décennie d’action des Nations Unies pour la nutrition offre une possibilité sans précédent de transformer la vie de chacun grâce à une meilleure nutrition à grande échelle: c’est à nous qu’il incombe, individuellement et collectivement, de construire l’avenir plus juste, plus sain et plus durable que nous voulons.