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L’environnement ne devrait pas nous rendre malades

Dr Maria Neira, Directeur du Département Santé publique, déterminants sociaux et environnementaux de la santé de l’OMS

Commentaire
22 mars 2016

Dans un camp de réfugiés d’Amérique centrale, un jeune enfant est dans les bras de sa mère. Chaque respiration fait apparaître le dessin de ses côtes. Il a des frissons. Les commissures de ses lèvres sont desséchées par la déshydratation.

Il est atteint de pneumonie, et il n’est pas le seul dans ce cas. La pneumonie est la principale cause de décès d’enfants de moins de 5 ans et l’une des maladies liées à l’environnement les plus courantes.

Dans la tente médicale où je travaillais il y 25 ans, je recevais tous les jours de nombreux enfants souffrant de pneumonie ou de maladies diarrhéiques. En tant que médecin du camp, je tentais de traiter chaque patient, mais j’ai vite compris que jamais la médecine ne suffirait à régler le problème.

Le manque d’eau, de moyens d’assainissement et d’hygiène, et la pollution de l’air intérieur causée par la combustion de bois, nécessaire à la préparation des repas et au chauffage, provoquaient toujours les mêmes maladies. Pour prévenir ces maladies, il fallait modifier l’environnement.

Des centaines de villes étouffent sous la pollution

Malheureusement, les risques environnementaux, non seulement dans les camps de réfugiés mais aussi dans les villes du monde entier, entraînent encore des millions de cas de maladies et de décès chaque année.

Selon de nouvelles estimations de l’OMS, 23% des décès dans le monde – soit 12,6 millions de décès par an – sont liés à des risques environnementaux tels que la pollution de l’eau, de l’air et des sols, l’exposition aux substances chimiques et le rayonnement ultraviolet. Ces risques contribuent à la survenue de pneumonies et de maladies diarrhéiques mais aussi de plus de 100 autres maladies et traumatismes.

Ce problème devrait perdurer alors que davantage de gens migrent vers les villes à la recherche de meilleures perspectives. Aujourd’hui, plus d’une personne sur deux vit en ville. Elles devraient être deux sur trois d’ici à 2050. Les villes ne sont pas des endroits particulièrement sains : la circulation dense, le peu d’espaces verts, la pollution de l’air, le bruit et la violence ont des effets néfastes sur la santé.

Quelque 8,2 millions de décès liés à l’environnement, soit 67 % de la charge de mortalité totale, sont dus à des maladies non transmissibles (MNT), telles que les accidents vasculaires cérébraux, les cancers et les affections respiratoires chroniques. Ces décès sont attribuables principalement à la pollution de l’air, dont sont aujourd’hui victimes presque toutes les villes dans le monde.

Malgré tout, la plupart des décès liés à l’environnement sont évitables.

Des mesures plus strictes permettrait de sauver des vies

Un meilleur accès à l’eau et aux moyens d’assainissement, l’utilisation de combustibles propres pour la préparation des repas, la vaccination et les moustiquaires imprégnées d’insecticide ont déjà permis de faire reculer les maladies infectieuses telles que le paludisme et les maladies diarrhéiques, qui étaient auparavant les premières causes de décès liés à l’environnement.

Maintenant, nous devons prendre davantage de mesures pour prévenir les maladies non transmissibles

Actuellement, les pays investissent très peu – 3% seulement des dépenses de santé, en moyenne – dans des stratégies de prévention primaire telles que la mise en place de réseaux de transport actif favorisant la marche à pied et les déplacements à vélo. Si les pays consacraient à la prévention une partie des ressources actuellement destinées au traitement des maladies, par exemple pour appliquer des normes plus strictes afin de réduire la pollution de l’air, les dépenses de santé diminueraient immédiatement – grâce à une baisse du nombre d’admissions aux urgences pendant les pics de pollution.

«Au-delà de la baisse des dépenses de santé, de nombreuses interventions sur l’environnement permettent d’agir sur plusieurs maladies à la fois.

Dr Maria Neira

Au-delà de la baisse des dépenses de santé, de nombreuses interventions sur l’environnement permettent d’agir sur plusieurs maladies à la fois. Ainsi, l’utilisation de combustibles plus propres pour la préparation des repas dans tous les pays à revenu faible ou intermédiaire permettrait de faire reculer à la fois les infections respiratoires aiguës, les affections respiratoires chroniques, les maladies cardiovasculaires et les brûlures. Il en va de même pour les interventions relatives aux transports, à l’eau et à l’assainissement.

Prévenir les maladies en réduisant les risques environnementaux

De nombreuses villes dans le monde ont déjà pris des mesures importantes pour protéger l’environnement.

En 2011, la ville du Cap, en Afrique du Sud, a mis en place un nouveau système de bus rapides (MyCiti) reliés à un réseau de pistes cyclables et de chemins piétonniers aménagés grâce auxquels il est possible de se rendre aux arrêts de bus à pied ou à vélo.

Dans le cadre du plan de l’OMS pour la sécurité de l’eau, qui sert à recenser et à traiter les menaces pour la sécurité de l’eau, le distributeur d’eau de Manille (Philippines) a collaboré avec plusieurs organisations pour planter des arbres afin de protéger les bassins versants.

Ce type de mesures réduit les risques environnementaux et améliorent la santé. Maintenant, davantage de villes et de pays doivent suivre le mouvement. Plus de mesures comme celles-ci doivent être prises et chacun doit en bénéficier, pas seulement les riches ou les pauvres.

Alors que le monde s’apprête à mettre en œuvre un nouveau programme de développement en vue d’atteindre les objectifs de développement durable fixés par les Nations Unies, les interventions en faveur de l’hygiène environnementale peuvent se révéler essentielles pour réduire durablement la charge de morbidité mondiale et améliorer le bien-être des populations partout.

Nous ne devons plus nous contenter de traiter nos patients, comme je le faisais il y a plusieurs années dans les camps de réfugiés, nous devons d’abord prévenir les maladies.

Et créer un environnement favorable à la santé.