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Une solution globale et équitable pour le prix des médicaments

Marie-Paule Kieny, Sous-Directeur général à l’OMS, Systèmes de santé et innovation

Commentaire
12 juillet 2016

Après une longue traversée du désert, la recherche pharmaceutique a mis sur le marché toute une série de traitements novateurs pouvant prolonger la vie et ayant souvent moins d’effets secondaires que les anciens traitements. Cependant, ces médicaments ne sont pas à la portée financière de la plupart de ceux qui en ont besoin.

Les traitements récents contre l’hépatite C et le cancer, des affections répandues dans le monde, peuvent revenir de 50 000 dollars (US $) à bien plus de 150 000 dollars par an.

Le Dr Marie-Paule Kieny, Sous-Directeur général de l’OMS, Systèmes de santé et innovation
Dr Marie-Paule Kieny, Sous-Directeur général de l’OMS

À l’autre bout du spectre, l’industrie pharmaceutique des génériques voit de moins en moins d’intérêt à produire des médicaments anciens, qui ne sont plus protégés par les brevets, parce que les prix du marché ont baissé à un tel niveau qu’il n’y a plus d’incitation pour les fabriquer. Le résultat est soit des médicaments de mauvaise qualité, soit pas de médicaments du tout.

Deux exemples illustrent nettement le phénomène: la benzathine-pénicilline, antibiotique de choix pour certaines infections bactériennes, et le méthotrexate, utilisé pour traiter l’arthrite, le psoriasis et certains cancers. Ces produits, toujours nécessaires et souvent prescrits, manquent souvent dans les systèmes de santé.

Ces tendances récentes constituent un double revers: d’une part, les nouveaux médicaments sont hors de portée même dans les pays les plus riches et, d’autre part, il y a de grandes pénuries pour les médicaments anciens.

Des prix différents selon les pays

Une étude publiée dans PLOS Medicine à la fin du mois de mai montre que les prix de 2 nouveaux médicaments pour le traitement de l’hépatite C varient énormément selon les pays dans le monde, suscitant de graves inquiétudes quant à une baisse durable de la charge de morbidité due à l’hépatite C.

Après ajustement sur la moyenne des taux de change et du pouvoir d’achat en 2015, l’étude révèle que le coût pour traiter l’ensemble de la population infectée par l’hépatite&nsbC irait de 10,5% du total des dépenses pharmaceutiques aux Pays-Bas à 190,5% en Pologne.

Certains gouvernements ont trouvé des solutions nationales pour remédier aux prix élevés, comme l’Australie où le régime d’assurance-médicaments (Pharmaceutical Benefits Scheme) est le seul interlocuteur pour négocier et acheter les médicaments dans ce pays et met à disposition les médicaments à des prix fixes.

D’autres cherchent des solutions pour des médicaments spécifiques, comme le plan récent de la Colombie d’autoriser une copie générique de l’Imatinib, un médicament anticancéreux. Le prix actuel du médicament de marque pour un traitement d’un an pour une personne dépasse le double du revenu par habitant dans ce pays.

D’autres encore ont mis en place des mécanismes pour combattre les pénuries. Aux États-Unis d’Amérique, qui connaissent de plus en plus de ruptures de stocks, la FDA (l’Administration des aliments et des médicaments) a établi un processus accéléré d’examen pour les médicaments difficiles à se procurer, afin d’inciter les laboratoires pharmaceutiques à continuer de les produire.

Mais du point de vue de la santé mondiale, la marche à suivre doit être globale et viable si l’on veut éradiquer les maladies infectieuses que l’on peut traiter, lutter efficacement contre la recrudescence des maladies non transmissibles et chroniques et soigner nos populations vieillissantes.

Des mécanismes opaques de fixation des prix

Au cœur de l’indignation publique, des batailles politiques et des articles des médias, personne ne semble comprendre exactement comment les prix sont fixés. Pendant des années, les laboratoires pharmaceutiques de recherche ont invoqué les gros investissements en temps et en ressources nécessaires pour mettre un médicament sur le marché.

Plus récemment, ils ont soutenu que leurs médicaments permettaient en fait d’économiser de l’argent en évitant des interventions médicales coûteuses, actes chirurgicaux et hospitalisations par exemple.

Mais quel que soit l’argument invoqué, les mécanismes de fixation des prix pour des produits intimement liés à la santé et à la survie des populations doivent être plus transparents, de manière à ce que nous, en tant que communauté mondiale, puissions trouver des solutions efficaces.

À cette fin, l’OMS prévoit de réunir les gouvernements, les groupes de patients et les parties prenantes de l’industrie pour élaborer un modèle équitable de fixation des prix, permettant de délivrer aux patients les médicaments qui leur sont nécessaires tout en les gardant financièrement accessibles et en préservant l’intérêt des sociétés pour développer de nouveaux traitements améliorés et produire des traitements génériques.

Ce modèle devra s’articuler sur une plus grande transparence au niveau des approches de l’industrie en matière de recherche, de développement et de commercialisation; il faudra également comprendre la nature des facteurs conditionnant la fixation des prix, de même que les obstacles auxquels les laboratoires pharmaceutiques sont confrontés pour mettre de nouveaux produits sur le marché.

Fin 2015, nous sommes entrés dans l’ère du développement durable, avec la couverture sanitaire universelle au centre des efforts mondiaux pour la santé. Cela signifie qu’en 2030, date butoir pour les objectifs de développement durable, tous les pays doivent être en mesure de fournir à toute leur population une couverture complète des services de santé de qualité.

Le seul moyen de pouvoir atteindre cet objectif est de passer un contrat social entre les sphères publiques et privées, de façon à ce que l’innovation et la production des génériques puissent répondre efficacement aux besoins sanitaires de la population mondiale, à la fois en termes de qualité et d’efficacité des traitements, mais aussi de disponibilité et d’accessibilité financière.