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Le moment est venu d’investir pour les adolescents

Dr Anthony Costello, Directeur du Département Santé de la mère, du nouveau-né, de l’enfant et de l’adolescent de l'OMS

Commentaire
13 mai 2016

Lorsque je travaillais comme pédiatre dans un hôpital local très fréquenté au nord de Londres, je consacrais beaucoup de temps à la «section des adolescents» dans les services. Les choses étaient bien différentes de ce que j’avais connu quand j’étais étudiant. Les adolescents avaient désormais leur propre espace, avec des toilettes adaptées et un personnel infirmier spécialement formé.

Anthony Costello, Directeur à l’OMS du Département Santé de la mère, du nouveau-né, de l’enfant et de l’adolescent
Dr Anthony Costello

La plupart des admissions étaient en lien avec l’anorexie mentale, les comportements autodestructeurs ou les intoxications, la santé mentale ou l’éclatement des familles ou des pathologies de longue durée comme la mucoviscidose ou le cancer, avec la chimiothérapie.

Mais je pensais souvent qu’il ne s’agissait-là que de la partie émergée de l’iceberg (ou l’oreille de l’hippopotame comme on dit en Ouganda) concernant le bien-être des adolescents. Est-ce que tous les adolescents qui avaient besoin d’aide l’obtenaient ?

Ou bien, les adolescents de Londres se débrouillaient-ils pour la plupart tous seuls, en s’informant auprès d’amis, sur Internet ou dans les réseaux sociaux?

Il y a 1,2 milliard d’adolescents dans le monde. Bien qu’ils représentent un sixième de la population mondiale, et même un tiers de la population dans de nombreux pays, les gouvernements ont en général négligé leurs besoins en matière de santé.

Les adolescents ont des besoins en matière de santé

De nombreux adolescents prennent des risques excessifs. Beaucoup simulent un manque d’intérêt pour la santé et les soins. Pourtant, la plupart s’inquiètent à un moment ou un autre pour leur santé et n’ont souvent personne à qui s’adresser pour parler de leurs angoisses.

Les données de l’OMS sur la santé des adolescents pourraient vous surprendre. On estime que 1,3 million d’entre eux meurent chaque année de causes qui peuvent être évitées ou soignées, comme les accidents de la route, le VIH, le suicide, la pneumonie ou la violence.

«De nombreux adolescents prennent des risques excessifs. Beaucoup simulent un manque d’intérêt pour la santé et les soins. »

Anthony Costello, Directeur du Département Santé de la mère, du nouveau-né, de l’enfant et de l’adolescent de l'OMS

Environ 1 fille sur 3 entre 15 et 19 ans a été confrontée à la violence d’un petit ami, d’une amie ou d’un conjoint. Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, un tiers des filles se marient avant l’âge de 18 ans. Environ 16 millions de filles âgées de 15 à 19 ans accouchent chaque année, de même qu’environ 1 million de filles de moins de 15 ans.

Proportion énorme, 80% des adolescents sont trop sédentaires; en fait près des 3/4 des décès évitables chez l’adulte dus à des maladies non transmissibles sont liés à des facteurs de risque qui se sont installés à l’adolescence.

Pourtant, les jeunes adultes peuvent faire preuve d’une débrouillardise, d’une créativité et d’une réceptivité magnifiques. S’ils s’engagent positivement pour leur santé future, les bénéfices seront potentiellement énormes.

Faire de la santé des adolescents une priorité

Avec le lancement du rapport de l’OMS La santé pour les adolescents du monde en 2014, la santé et le bien-être des adolescents ont été projetés sur le devant de la scène. Aujourd’hui, les nouvelles recommandations de la Commission du Lancet sur la santé et le bien-être des adolescents soulignent les actions que nous avons entreprises et s’appuient dessus pour veiller à ce que les adolescents réalisent pleinement leur potentiel.

L’OMS considère que la santé des adolescents est une priorité fondamentale

Nous en savons beaucoup plus qu’il y a 10 ans, mais il reste encore beaucoup à faire avant de vraiment comprendre le potentiel des nouvelles habitudes de communication pour avoir des effets sur la santé d’une génération qui maîtrise le numérique et est équipée de téléphones portables dans pratiquement chaque pays du monde.

Nous devons établir comment approcher les adolescents et les impliquer activement dans les programmes qui améliorent leur santé. Nous devons engager ensemble les jeunes hommes et les jeunes femmes pour rationaliser les concepts de masculinité et de droits de la personne.

Les adolescents occupent désormais une place centrale dans la Stratégie mondiale pour la santé de la femme, de l’enfant et de l’adolescent (2016-2030). Dans ce contexte, l’OMS travaille avec les adolescents et un grand nombre d’intervenants pour aider les pays à planifier, mettre en œuvre et suivre une bonne réponse aux besoins des adolescents en matière de santé.

Lorsque nous investissons pour les adolescents, nous améliorons leur santé et leur bien-être, mais nous investissons aussi pour le développement social et économique. Les adolescents d’aujourd’hui sont ceux qui mèneront à bien la réalisation des objectifs de développement durable et forgeront l’avenir que nous souhaitons.