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Appel à augmenter les taxes sur le tabac

Dr Margaret Chan, Directeur général de l’OMS
Michael R. Bloomberg, Maire de New York de 2002 à 2013

Commentaire
6 octobre 2015

Pour la première fois, les nouveaux objectifs de développement durable en cours de négociation à l’Organisation des Nations Unies traiteront la consommation du tabac – et les maladies chroniques qu’il provoque – comme un problème de développement. Il était temps.

Dr Margaret Chan, Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé
Dr Margaret Chan, Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé

Dans le monde, quelque 6 millions de personnes meurent chaque année d’une maladie liée au tabac, soit une personne toutes les 6 secondes ou encore 10 à chaque minute. D’ici à 2030, on s’attend à ce que 8 millions de personnes meurent chaque année à cause du tabac, et 80 % de ces décès surviendront dans des pays en développement. Rien qu’aux États Unis d'Amérique, les maladies liées au tabagisme ont entraîné des dépenses annuelles de santé d’un montant de 170 milliards de dollars (US $).

Pourtant, la cause de ces problèmes, les ventes de tabac, pourrait aussi contribuer à une solution. L’industrie du tabac, qui génère plus de 35 dollars (US $) milliards de bénéfice annuel, devrait assumer les coûts qu’elle inflige à la société. Et il existe un moyen direct de s’en assurer: la taxation. Après tout, pourquoi les gouvernements devraient ils en pratique subventionner les cigarettiers en payant la note pour les coûts de santé qu’ils génèrent?

L’augmentation des taxes sur les cigarettes – et autres produits du tabac – a été principalement une stratégie pour réduire la consommation et celle-ci s’est avérée particulièrement réussie à cet égard. Il apparaît clairement que l’augmentation des taxes sur le tabac réduit la consommation, incite les fumeurs à arrêter et dissuade les jeunes de prendre cette mauvaise habitude.

En fait, les jeunes sont le groupe démographique le plus sensible aux prix car ils tendent à avoir un revenu disponible plus faible. Les populations à faible revenu sont également sensibles aux augmentations de prix, ce qui rend les taxes sur le tabac particulièrement efficaces dans les pays les plus pauvres où la consommation augmente le plus rapidement.

Michael  Bloomberg, Maire de New York de 2002 à 2013
Michael Bloomberg, Maire de New York de 2002 à 2013

Ce sont ces mêmes pays qui sont confrontés aux besoins les plus pressants pour améliorer les services de soins. Les taxes sur le tabac, en plus de réduire la charge pesant sur les systèmes de santé, peuvent aider les pays à absorber les coûts énormes que le tabagisme leur impose. Heureusement, les gouvernements du monde entier ont commencé à adopter l’idée que les taxes sur le tabac sont une occasion d’atteindre ces deux buts cruciaux: faire baisser la consommation et augmenter les revenus. Dans des pays aussi différents que l’Afrique du Sud, la France ou la Nouvelle Zélande, ces taxes ont aidé à restreindre la consommation et ont apporté des financements pour les soins de santé.

En 2012, par exemple, les Philippines ont adopté une réforme marquante de la législation sur la taxation du tabac et de l’alcool. Cette législation, qui a augmenté de plus de 300% les taxes sur les cigarettes de marque vendues à faible prix, utilise les revenus ainsi obtenus pour financer le programme national de couverture sanitaire universelle. En 2014, le gouvernement a pu subventionner les primes d’assurance maladie pour environ la moitié de la population grâce à ces fonds.

L’industrie du tabac rejette bien sûr l’idée de devoir payer le coût des maladies chroniques que ses produits provoquent sur le long terme et elle ne ménage aucun effort, directement ou par l’intermédiaire de groupes de façade, pour persuader les gouvernements de modérer les taxes.

Si, pour tout autre produit de consommation, on savait que celui-ci tue un consommateur sur deux, des appels seraient lancés aux gouvernements pour réclamer son interdiction et exiger de poursuivre en justice les sociétés qui le produisent. Pourtant, dans une grande partie du monde, le tabac est faiblement réglementé et taxé.

L’industrie du tabac rejette bien sûr l’idée de devoir payer le coût des maladies chroniques que ses produits provoquent sur le long terme et elle ne ménage aucun effort, directement ou par l’intermédiaire de groupes de façade, pour persuader les gouvernements de modérer les taxes.

Si les gouvernements ont pour rôle premier de protéger les vies, et nous pensons que c’est bien le cas, les taxes sur le tabac sont alors un outil essentiel. L’Organisation des Nations Unies doit encourager les pays à augmenter les taxes sur le tabac pour soutenir les objectifs de développement durable et réduire la consommation.


Ce commentaire a été publié par le Washington Post en date du 2 octobre 2015.