Centre des médias

Ensemble, nous pouvons combler les lacunes en matière de vaccination

Dr Jean-Marie Okwo-Bele, Directeur du Département Vaccination, vaccins et produits biologiques de l'OMS

Commentaire
22 avril 2015

Il y a exactement soixante ans ce mois-ci, les résultats d’essais étendus sur le terrain concernant le vaccin antipoliomyélitique de Jonas Salk ont été publiés. Les essais, qui avaient porté au total sur 1,8 million d’enfants, avaient eu un succès retentissant. Le vaccin a été ensuite homologué la même année pour la fabrication et les États-Unis ont lancé les premières campagnes de vaccination de masse dans le monde.

En 2014, l’OMS avait certifié que quatre de ses six Régions étaient exemptes de poliomyélite et, désormais, 80% de la population mondiale vit dans des pays où cette maladie très contagieuse et aux effets dévastateurs a été éradiquée.

En tant que jeune étudiant en médecine en République démocratique du Congo (RDC) à la fin des années 1970, je savais que je voulais concentrer mes efforts dans un domaine le plus utile possible pour le plus grand nombre. Je m’estime très heureux que cette ambition m’ait amené directement dans le domaine de la vaccination et aux travaux du Programme élargi de vaccination (PEV), une action mondiale concertée en faveur de la vaccination qui a démarré en 1974.

Quand le Programme élargi de vaccination a été lancé, seulement 5% environ des enfants dans le monde étaient protégés contre six maladies (la diphtérie, la rougeole, la coqueluche, la poliomyélite, le tétanos et la tuberculose). En 2013, cette proportion a atteint plus de 80% dans de nombreux pays et le nombre des vaccins utilisés a presque doublé.

Enrayer les maladies évitables par la vaccination

En République Démocratique du Congo (RDC), j’ai vu les taux de vaccination passer de moins de 10% à environ 60% en quelques années seulement. Le fait que nous ayons pu obtenir de tels résultats dans un pays comme la RDC, de la taille de l’Europe occidentale mais confronté à d’immenses défis en termes d’infrastructures et de systèmes de santé, devrait nous donner à tous l’espoir que nous pouvons atteindre le prochain niveau, auquel aucun enfant, quel que soit le lieu où il vive ou sa situation économique, ne reste vulnérable aux maladies évitables par la vaccination.

«Environ 1,5 million de personnes meurent encore chaque année de maladies évitables par la vaccination. Nous sommes très en retard pour atteindre les cibles fixées pour 2015 dans le Plan d’action mondial pour les vaccins, approuvé par l’ensemble des États Membres.»

Dr Jean-Marie Okwo-Bele, Directeur du Département Vaccination, vaccins et produits biologiques de l'OMS

À l’OMS, nous estimons que la vaccination permet d’éviter de 2 à 3 millions de décès par an. Les travaux dans la mise au point de vaccins ont permis une extension de la protection allant de plus en plus loin au-delà des six maladies d’origine. De nombreux pays vaccinent désormais contre Haemophilus influenzae type b, une bactérie responsable de cas graves de pneumonie et de méningite chez l’enfant, contre l’hépatite B et contre les infections à pneumocoques. Cette liste continuera de s’étoffer.

Hélas pourtant, environ 1,5 million de personnes meurent encore chaque année de maladies évitables par la vaccination. Nous sommes très en retard pour atteindre les cibles fixées pour 2015 dans le Plan d’action mondial pour les vaccins, approuvé par l’ensemble des États Membres à l’Assemblée mondiale de la Santé en 2012.

En chiffres, cela veut dire qu’un enfant sur cinq ne bénéficie pas des vaccinations essentielles. En pratique, cela signifie que des millions de familles dans le monde assistent encore aux souffrances, aux incapacités, voire au décès, de ceux qu’elles aiment à cause de maladies que nous pourrions éviter grâce à nos connaissances et à nos outils.

Adapter les stratégies de vaccination pour relever les défis

Il n’existe bien sûr pas de solution unique, convenant partout, pour résoudre ce problème mondial de la santé. Souvent, les nourrissons qui ne bénéficient pas de la vaccination vivent dans des collectivités rurales, isolées ou dans des bidonvilles de certaines des communautés les plus pauvres du monde.

Nous savons ce qu’il faut faire et les outils comme les moyens existent déjà dans la plupart des pays. Nous devons travailler au niveau mondial comme à celui des pays pour mobiliser les ressources et soutenir la vaccination dans chaque communauté. Cela implique un travail de microplanification pour adapter les stratégies de vaccination aux besoins dans la multitude de situations et d’environnements différents; cela implique aussi de trouver de nouveaux moyens pour simplifier les procédures vaccinales sur le terrain, ainsi que de surveiller les résultats, de mesurer les progrès et de prendre des mesures collectives.

La caractéristique des programmes de vaccination qui réussissent est leur simplicité et la possibilité de les adapter à chaque situation, même en cas de conflits ou de crises. Ils fonctionnent à tous les différents niveaux des systèmes de santé pour garantir la prestation durable des services de vaccination, que ce soit dans des établissements de santé ou lors d’actions de proximité avec des vaccinateurs qui se déplacent, pour que chaque enfant soit vacciné.

Se responsabiliser à tous les niveaux

Sur le terrain, les dirigeants des communautés ont un rôle important à jouer dans les programmes de vaccination, en veillant à ce que les parents et les personnes qui s’occupent d’enfants saisissent bien l’importance de la vaccination. Il est essentiel que chacun se responsabilise à tous les stades des programmes de vaccination. Au Nigéria, pays sur le point d’éradiquer la poliomyélite, les responsables locaux sont tenus de rendre des comptes sur la vaccination des enfants, ce qui garantit une meilleure gestion des campagnes et des ressources qui leur sont allouées.

Pour atteindre notre objectif d’un monde débarrassé des maladies évitables par la vaccination, chaque intervenant clé doit accomplir sa mission, qu’il s’agisse des parents, des agents de santé, des administrateurs de programmes, des gouvernements ou des partenaires.

Ensemble, nous pouvons combler les lacunes en matière de vaccination. Quand j’ai débuté ma carrière dans la santé publique il y a 34 ans, jamais je n’aurais pu imaginer qu’au cours de ma vie professionnelle je verrais une Afrique exempte de poliomyélite. Nous sommes désormais tout près de ce but. Maintenant, je rêve de voir une amélioration beaucoup plus rapide de la couverture de la vaccination systématique de façon que, dans deux ans, notre préoccupation ne soit plus de savoir comment arriver à vacciner un enfant sur cinq.