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Vaccins: un succès sur le plan de la santé mondiale qui nous force à rester vigilants

Flavia Bustreo, Sous-Directeur général de l’OMS, Santé de la famille, de la femme et de l’enfant et Vice-Présidente du Conseil de l’Alliance GAVI

Marie-Paule Kieny, Sous-Directeur général de l’OMS, Systèmes de santé et innovation

Commentaire
11 mai 2016

Ce n’est un secret pour personne que les vaccins sont considérés comme l’une des plus importantes avancées sur le plan de la santé mondiale. Selon les estimations, ils permettent en effet d’éviter chaque année 2 à 3 millions de décès.

Le Dr Flavia Bustreo, Sous-Directeur général de l’OMS, Santé de la famille, de la femme et de l’enfant
Dr Flavia Bustreo, Sous-Directeur général de l’OMS

Au cours des 2 siècles derniers, les vaccins ont permis d’éradiquer la variole, de réduire les taux mondiaux de mortalité infantile et de prévenir de nombreuses malformations congénitales et incapacités permanentes telle que la paralysie causée par la poliomyélite. Néanmoins, le succès de la vaccination ne doit pas s’arrêter là.

En effet d’autres progrès sont à accomplir et ils devraient occuper l’esprit de chacun, et non pas uniquement des experts de la santé mondiale. Fort heureusement, nous assistons actuellement à ces développements caractérisés par une certaine appréhension, des enjeux importants et de la persévérance.

Accélérer le développement de vaccins

Ces 2 dernières années, la recherche-développement dans le domaine de la vaccination a maintenu le monde en état d’alerte.

Au pic de l’épidémie d’Ebola, l’urgence que constituait la nécessité de sauver des vies a accéléré les efforts de recherche-développement. En réunissant les plus grands spécialistes de la vaccinologie, des essais cliniques portant sur plusieurs vaccins candidats contre le virus Ebola ont rapidement été mis en route.

L’OMS a été directement impliquée dans les essais portant sur le vaccin Ebola VSV-EBOV (Merck, Sharp & Dohme) qui est l’un des vaccins contre Ebola les prometteurs utilisés aujourd’hui dans les essais. Les résultats préliminaires de l’essai réalisé en Guinée indiquent que le vaccin pourrait être très efficace. Le vaccin est également utilisé pour endiguer les résurgences d’un petit nombre de nouveaux cas actuellement en cours.

Les essais du vaccin VSV-EBOV ont été menés par la méthode de vaccination « en ceinture », utilisée par le passé pour la vaccination antivariolique. Par cette méthode, les contacts primaires et secondaires de chaque personne infectée par le virus Ebola sont vaccinés afin de constituer une ceinture d’immunité de protection et de prévenir une nouvelle propagation du virus.

On espère que les données issues des essais cliniques permettront d’homologuer les vaccins contre Ebola dans un futur proche; ce qui facilitera la vaccination lors de la prochaine flambée.

Le Dr Marie-Paule Kieny, Sous-Directeur général de l’OMS, Systèmes de santé et innovation
Dr Marie-Paule Kieny, Sous-Directeur général de l’OMS

Se préparer aux flambées épidémiques

L’OMS a tiré certains enseignements de l’accélération du vaccin contre Ebola et a mis au point un « schéma directeur en matière de recherche-développement pour agir afin de prévenir les épidémies », permettant de garantir que la recherche-développement ciblée permette de fournir rapidement les technologies médicales, y compris les vaccins, aux personnes durant les épidémies.

Le schéma vise à réduire le laps de temps entre la déclaration annonçant une urgence de santé publique de portée internationale et la disponibilité de tests, de vaccins et de médicaments efficaces pouvant être utilisés pour sauver des vies et éviter une crise. Nous assistons déjà à la mise en œuvre de ce plan dans la riposte actuelle au virus Zika.

Ce dernier étant désormais lié à des cas de microcéphalie chez le nourrisson et à d’autres troubles neurologiques, plus de 60 entreprises et établissements de recherche travaillent déjà sur le développement de plusieurs produits, notamment 18 vaccins ciblés pour les femmes en âge de procréer.

Bien qu’aucun vaccin n’ait été testé chez l’homme, la rapidité de la riposte est porteuse d’espoir.

De grands espoirs pour les vaccins contre la dengue et le paludisme

La persévérance en matière de développement de vaccins commence également à porter ses fruits dans d’autres domaines.

Au cours des 60 dernières années, l’incidence de la dengue a été multipliée par 30. On estime que 390 millions d’infections surviennent chaque année et un quart des personnes infectées présentent des symptômes. Aujourd’hui, la lutte contre le moustique du genre Aedes, le même moustique qui transmet le virus Zika, constitue la méthode principale de prévention de la transmission de la maladie.

Toutefois, le Groupe stratégique consultatif d’experts sur la vaccination (SAGE) a récemment recommandé que soit envisagée l’utilisation du Dengvaxi (CYD-TDV), un vaccin contre la dengue, dans les contextes géographiques de forte endémicité de la dengue. Des vaccins candidats supplémentaires sont déjà à différents stades de développement.

Du fait de la multirésistance et de la résistance aux insecticides qui posent d’énormes problèmes en matière d’élimination du paludisme, de nouveaux outils sont nécessaires pour protéger les quelque 3,2 milliards de personnes exposées au risque de contracter la maladie. Le vaccin RTS,S, premier vaccin antipaludique constitue une avancée.

En 2015, le Groupe stratégique consultatif SAGE a recommandé à l’OMS et aux partenaires la mise en œuvre de projets pilotes pour le vaccin RTS,S qui a été développé par GlaxoSmithKline Biologicals et l’initiative pour un vaccin antipaludique du Programme PATH, avec le soutien de la Fondation Bill & Melinda Gates et d’un réseau de centres de recherche africains. Le vaccin devrait en principe être testé chez des enfants âgés de 5 à 9 mois dans 3 à 5 pays de l’Afrique sub-saharienne dans les prochains mois.

Poursuivre la recherche développement

Il apparaît clairement que les nouveaux vaccins représentent des progrès décisifs pour la santé publique mondiale. Nous devons désormais faire en sorte que ces progrès deviennent la norme.

Afin de répondre aux nouvelles menaces, l’investissement dans la recherche-développement doit se poursuivre avec la même intensité que celle observée ces derniers mois.

Le nouveau Programme de développement durable à l’horizon 2030 appelle les gouvernements à soutenir la recherche-développement sur les nouveaux vaccins afin que des maladies comme la dengue, Ebola, le paludisme et Zika soient reléguées dans les ténèbres du passé; et ces maladies seront évoquées uniquement dans les futurs livres à succès consacrés aux maladies depuis longtemps disparues.

Alors que nous célébrons la Semaine mondiale de la vaccination 2016, continuons d’écrire l’histoire de la vaccination, célébrons les succès de la recherche-développement et œuvrons pour que les personnes de tous âges reçoivent les vaccins dont ils ont besoin pour rester en bonne santé tout au long de leur vie.