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La violence peut toucher n’importe qui

Dr Etienne Krug, Directeur du Département OMS Prise en charge des maladies non transmissibles, Prévention de la violence, du traumatisme et du handicap

Commentaire
30 janvier 2015

Lorsque j’ai travaillé en tant que médecin à El Salvador, au Mozambique, au Nicaragua et au Soudan, j’ai fait l’expérience directe des terribles répercussions de la violence et de la façon dont celle-ci détruit les familles et les communautés.

OMS

Même si la guerre faisait rage dans ces pays à ce moment-là, une bonne partie des patients que je traitais dans les hôpitaux de campagne étaient des enfants victimes de maltraitance, des femmes battues par leur partenaire, des jeunes hommes blessés dans des bagarres ou des personnes âgées abandonnées par leur famille.

J’ai également fait l’expérience directe des terribles répercussions de cette violence sur le secteur de la santé, qui consacrait beaucoup de temps et de ressources à en soigner les séquelles.

Des problèmes de santé tout au long de la vie

Les conséquences de la violence vont bien au-delà des dommages physiques. La violence entraîne de la dépression, de l’anxiété et d’autres troubles mentaux.

Elle est également un facteur contributif du cancer, des cardiopathies, des accidents vasculaires cérébraux et du VIH/sida, car les victimes de violence essayent souvent de faire face à leurs expériences traumatisantes en adoptant des comportements à risque comme la consommation de tabac, d’alcool et de drogues, ou des rapports sexuels non protégés.

À cet égard aussi, la violence peut être un facteur de décès prématuré et de problèmes de santé tout au long de la vie.

Lorsqu’on envisage ces conséquences sanitaires en tenant compte du grand nombre de personnes touchées, le voile commence à se lever sur l’ampleur considérable du problème. Par exemple, une fillette sur cinq a été victime d’abus sexuels, un enfant sur quatre a été victime de violences physiques et une femme sur trois a été victime, à un moment ou à un autre de sa vie, de violence physique et/ou sexuelle infligée par un partenaire.

La violence est prévisible et évitable

En revanche, il ne faut pas se montrer fataliste face à la violence: celle-ci est à la fois prévisible et évitable. Lorsque j’ai travaillé pour les Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis, il m’est apparu clairement qu’on peut lutter contre la violence grâce à des mesures de santé publique assez semblables à celles qu’on utilise pour lutter contre la maladie.

«Il ne faut pas se montrer fataliste face à la violence: celle-ci est à la fois prévisible et évitable.»

Dr Etienne Krug, Directeur du Département en charge de la prévention de la violence

En 2012, l’OMS a publié le premier Rapport mondial sur la violence et la santé, qui reste encore aujourd’hui l’un des plus grands «succès» de l’OMS. Plus récemment, nous nous sommes lancés dans l’évaluation de la façon dont les recommandations de ce rapport avaient été mises en œuvre dans le monde, ce qui a mené à la publication du Rapport de situation 2014 sur la prévention de la violence dans le monde.

Le rapport décrit la situation actuelle de la prévention de la violence interpersonnelle en ce qui concerne la maltraitance de l’enfant, la violence des jeunes, la violence du partenaire intime, la violence sexuelle et la maltraitance des personnes âgées. Des données de 133 pays (88% de la population mondiale) ont été collectées et analysées.

Diminution des homicides à l’échelle mondiale

Je trouve que les résultats du rapport sont encourageants: par exemple, la violence est maintenant considérée dans de nombreux pays comme un problème de santé publique. Des programmes de prévention de la violence, des règlementations et des services aux victimes sont en train de voir le jour et d’être mis en œuvre dans un nombre croissant de pays.

En outre, les statistiques vont dans le bon sens. Même s’il est inacceptable que 475 000 homicides se produisent encore chaque année dans le monde, ce chiffre a enregistré une baisse de 16% depuis l’an 2000. Dans les pays à revenu élevé, cette diminution est encore plus importante, avec 39%.

Aucun pays ne peut se reposer sur ses lauriers

Il n’en reste pas moins qu’il y a encore beaucoup à faire. Le rapport de situation s’est penché sur la mise en œuvre de 18 programmes de prévention de la violence «rentables», d’une dizaine de lois pertinentes en matière de prévention de la violence et d’un certain nombre de services pour les victimes de violence dont devrait disposer chaque pays.

Il est apparu, par exemple, que seulement un tiers des pays applique actuellement chacun des 18 programmes de prévention, par exemple concernant les savoir-faire pratiques pour prévenir la violence des jeunes, la sensibilisation au rôle de parents pour prévenir la maltraitance des enfants et l’accompagnement des aidants pour prévenir la maltraitance des personnes âgées.