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Ce n’est pas sans raison qu’on appelle l’hépatite virale le «tueur silencieux»

Dr Gottfried Hirnschall, Directeur, Programme mondial de lutte contre l’hépatite

Commentaire
3 septembre 2015

En général, les gens savent très peu de choses sur l’hépatite virale, une maladie du foie due à 5 virus différents. En fait, la plupart des 400 millions de personnes atteintes d’hépatite B ou C chronique, les formes les plus graves de cette maladie, ignorent qu’elles sont infectées.

Dr Gottfried Hirnschall, Directeur du Programme mondial de lutte contre l’hépatite et département VIH/sida de l'OMS
Dr Gottfried Hirnschall, Directeur du Programme mondial de lutte contre l’hépatite et du département VIH/sida de l'OMS

L’infection passe ainsi inaperçue et n’est pas diagnostiquée jusqu’à ce que le virus ait provoqué des lésions hépatiques sévères. De ce fait, l’hépatite virale est devenue la septième cause de mortalité dans le monde.

Ensemble, les hépatites B et C sont responsables d’environ 80% des décès par cancer du foie et près de 1,4 million de personnes en meurent chaque année, un chiffre plus élevé que pour le VIH ou la tuberculose.

Cette évolution muette, cachée signifie que pendant des décennies l’hépatite a été l’un des parents pauvres de la santé publique mondiale: son impact a été sous-estimé, les services la prenant en charge ont manqué de ressources et elle a reçu une attention minimale de la part des décideurs politiques. Malgré cette négligence, il existe une large gamme d’outils efficaces pour prévenir et traiter l’hépatite.

Les virus des hépatites B et C se transmettent par le sang et les liquides biologiques. On peut éviter les infections en utilisant du matériel stérile pour les injections et les autres gestes médicaux, ainsi qu’en testant tous les dons de sang et de constituants sanguins. De même, on peut protéger les personnes qui s’injectent des drogues en leur fournissant du matériel d’injection stérile.

Dans la plupart des pays du monde, le vaccin contre l’hépatite B est désormais systématiquement administré aux enfants, ce qui les protège à vie de cette infection. Les pratiques sexuelles à moindre risque, dont la limitation du nombre des partenaires, l’utilisation de préservatifs et d’autres méthodes mécaniques de contraception, protègent également de la transmission.

Des progrès dans le traitement de l’hépatite

C’est dans le domaine du traitement de l’hépatite qu’on a enregistré les progrès les plus notables. Des médicaments récemment mis au point permettent de guérir la plupart des sujets atteints d’hépatite C et de maîtriser l’infection par le virus de l’hépatite B.

«En utilisant les outils dont nous disposons pour développer l’accès aux mesures permettant de sauver des vies, nous pourrons obtenir une baisse spectaculaire de la charge de morbidité.»

Dr Gottfried Hirnschall, Directeur, Programme mondial de lutte contre l’hépatite

Les personnes traitées avec ces médicaments ont une probabilité beaucoup plus réduite de mourir d’un cancer du foie ou de cirrhose ou de transmettre le virus à autrui.

En partie grâce à ces progrès, les responsables de la santé publique appellent de plus en plus à faire davantage pour réduire la charge de morbidité due à ces infections.

L’an dernier, lors de l’Assemblée mondiale de la Santé, 194 États Membres ont approuvé une résolution demandant de prendre des mesures pour améliorer la prévention, le diagnostic et le traitement de l’hépatite virale et ont demandé à l’OMS d’évaluer la faisabilité de son élimination. Ils se sont également accordés pour envisager une série de mesures visant à améliorer l’accès à des produits diagnostiques et à des médicaments efficaces et financièrement accessibles.

Un certain nombre de pays ont déjà pris des mesures concrètes pour ce faire: l’Égypte a sensiblement augmenté le nombre de personnes bénéficiant du traitement de l’hépatite C ces dernières années; la Géorgie s’est fixé le but de l’élimination nationale de l’hépatite C; et la Chine a obtenu une baisse spectaculaire des taux d’infection par le virus de l’hépatite B chez l’enfant grâce à la promotion de la vaccination universelle.

Une volonté politique pour des stratégies nationales

Dans le même temps, les pays ont demandé au Secrétariat de l’OMS de continuer à les aider à mettre au point des stratégies et objectifs solides pour l’hépatite et de faire des rapports réguliers sur les progrès de ces programmes. L’OMS a répondu en donnant aux pays des orientations sur la manière d’élaborer une action nationale contre l’hépatite qui soit adaptée à la situation particulière de chacun d’eux.

L’OMS est également en train de rédiger la première stratégie mondiale de lutte contre l’hépatite. Celle-ci se fonde sur les principes de l’accès universel et comporte des cibles ambitieuses pour réduire le nombre des cas d’infection et des décès dus à l’hépatite, le but étant d’éliminer les hépatites B et C d’ici à 2030.

Mais pour apporter un réel changement, il sera essentiel d’obtenir à l’échelle mondiale une volonté politique telle que celle qui s’est forgée pour d’autres maladies transmissibles, en particulier le VIH, la tuberculose, le paludisme et la poliomyélite.

Premier sommet mondial sur l’hépatite

Certains signes encourageants témoignent que c’est possible. Le 2 septembre, les délégués de plus d’une soixantaine de pays, de hauts responsables des ministères de la santé, des groupes de patients et des organisations de la société civile, se réunissent à Glasgow (Écosse) à l’occasion de la première réunion politique de haut niveau jamais organisée pour lutter contre l’hépatite : le premier Sommet mondial sur l’hépatite.

Celui-ci veut galvaniser les efforts croissants à l’échelle mondiale pour endiguer l’hépatite en réunissant ces groupes autour d’un principe commun : en utilisant les outils dont nous disposons pour développer l’accès aux mesures permettant de sauver des vies, nous pourrons obtenir une baisse spectaculaire de la charge de morbidité. Le dernier jour du Sommet, il sera demandé aux participants d’approuver une « Déclaration de Glasgow » et de collaborer ensemble pour obtenir l’élimination des hépatites B et C. Nous espérons que c’est le début de la fin pour ces maladies.