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Objectif: zéro cas de discrimination dans les structures de soins

Dr Gottfried Hirnschall, OMS, Directeur du Département VIH/sida

Commentaire
1 mars 2016

Les Nations Unies ont désigné le 1er mars comme « Journée zéro discrimination » après le lancement par l’ONUSIDA de la campagne zéro discrimination, à l’occasion de la Journée mondiale du Sida en 2013.

Aujourd’hui, nous concentrons nos efforts sur l’objectif de zéro cas de discrimination dans les structures de soins. La stigmatisation et la discrimination liées au VIH ne sont pas des phénomènes nouveaux, cependant, tout comme la riposte au VIH, ils évoluent constamment.

Dr Gottfried Hirnschall, Directeur du Programme mondial de lutte contre l’hépatite et département VIH/sida de l'OMS
Dr Gottfried Hirnschall, Directeur du Programme mondial de lutte contre l’hépatite et du département VIH/sida de l'OMS
OMS

Des traitements efficaces signifient que les personnes vivant avec le VIH peuvent vivre plus longtemps, en bonne santé, mener une vie productive et présenter un risque faible ou inexistant de transmission du VIH à leur partenaire. Ce tournant auquel on assiste actuellement, surtout par rapport aux débuts du VIH, a permis de manière positive de s’attaquer à certains aspects ayant trait à la stigmatisation et à la discrimination. Néanmoins, dans beaucoup trop de situations, la peur de la stigmatisation peut toujours l’emporter sur le VIH lui-même. En conséquence, de nombreuses personnes n’effectuent pas de test de dépistage et se privent ainsi de l’accès au traitement contre le VIH et à d’autres services essentiels.

Juliana Odindo, une jeune kenyane séropositive pour le VIH, dont l’histoire doit nous inspirer, a vu beaucoup de ses proches perdre la vie du fait de leur réticence à accéder aux services de dépistage et de traitement en raison de la stigmatisation et de la discrimination. Juliana s’est activement engagée pour que le secteur de la santé renforce ses efforts concernant le VIH et joue son rôle en dispensant des soins de santé décents, respectueux et sans préjudice ni stigmatisation. Sa volonté et son énergie sont motivées par son deuil personnel et un fort sentiment d’injustice.

L’expérience personnelle de Juliana lui a appris que bien que le traitement contre le VIH soit largement disponible et puisse garantir une longue vie aux personnes vivant avec le VIH, plus d’un million de personnes meurent toujours inutilement chaque année.

Stigmatisation et discrimination

La stigmatisation et la discrimination dans les structures de soins de santé existent toujours sous différentes formes. Il peut s’agir d’un refus de prestation de services, d’une qualité de soins inférieure et d’un manque de respect. Les personnes vivant avec le VIH continuent de faire face à des mauvais traitements, de ne pas être consultées pour les décisions relatives aux soins de santé, et peuvent même faire l’objet d’une détention obligatoire.

Outre les personnes vivant avec le VIH, les personnes perçues comme exposées à un risque d’infection par le VIH, peuvent être la cible de la discrimination. Les groupes déjà marginalisés par la société, comme par exemple les prostitué(e)s, les consommateurs de drogue, les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes et les transsexuels subissent souvent une forte discrimination dans les structures de soins, quels que soient les services auxquels ils ont recours. Et cette situation existe même si l’on sait que le taux d’infection par le VIH est de manière disproportionnée plus élevé au sein de ces groupes clés.

Bien que la plupart des agents de santé que je connais figurent parmi les plus ardents défenseurs de la fourniture de soins décents et sans discrimination, il en existe beaucoup d’autres qui ne sont toujours pas de cet avis.

La question importante ici est de s’éloigner des services spécialisés pour le VIH au profit d’un modèle de services de santé décentralisés et intégrés. Et c’est une bonne chose, à de nombreux égards, car cela permet d’ancrer les services pour le VIH dans les soins de santé ordinaires – et ainsi de réduire les coûts et de favoriser une approche plus localisée et centrée sur la personne.

Mais cela signifie également que nos agents de santé doivent être correctement formés et dotés de moyens afin d’être en mesure de fournir des soins décents. Nous devons nous assurer que les agents de première ligne disposent des informations et des compétences requises pour identifier, combattre et éviter de manière efficace tous types de stigmatisation ou de discrimination, y compris celles liées au VIH. Les agents de santé ont également besoin de protection. Beaucoup d’entre eux, qui vivent également avec le VIH, pourraient être exposés à des discriminations. Ils devraient avoir accès aux moyens de prévention du VIH tels que les préservatifs, la prophylaxie postexposition en cas d’exposition accidentelle au VIH, le dépistage confidentiel ainsi que les services de traitement et de soins.

Outils et initiatives

Fort heureusement, nous disposons d’un certain nombre d’outils et d’initiatives sur lesquels nous pouvons nous appuyer pour combattre la stigmatisation et la discrimination. En septembre dernier, les gouvernements ont convenu d’adopter l’objectif 16 du Programme de développement durable, préconisant des sociétés inclusives qui font la promotion de la non-discrimination.

En mai prochain, l’Assemblée mondiale de la Santé examinera la Stratégie mondiale du secteur de la santé contre le VIH pour 2016 2021. La Stratégie vise à garantir zéro cas de discrimination liée au VIH dans tous les cadres, notamment celui des soins de santé, et comprend une cible afin de veiller à ce que 90% des personnes vivant avec le VIH et des groupes clés fassent état de l’absence de toute discrimination dans le secteur de la santé.

Dans le cadre de la Stratégie, l’OMS s’attache à élaborer et à promouvoir des politiques et des orientations traitant explicitement de l’inégalité entre les sexes, de la violence à l’égard des femmes, de la stigmatisation et de la discrimination, des besoins essentiels des groupes clés ainsi que des mesures de santé publique plutôt que l’incrimination.

L’OMS, ainsi que l’Alliance mondiale pour les personnels de santé, l’ONUSIDA et d’autres partenaires s’efforcent de faire en sorte que les agents de santé soient convenablement formés pour fournir des soins centrés sur la personne. Nous nous efforçons collectivement de mettre fin aux politiques et aux pratiques qui renforcent la stigmatisation et la discrimination dans les structures de soins et de créer des environnements dans lesquels les personnes ont accès aux services contre le VIH sans crainte. La Stratégie mondiale sur les ressources humaines pour la santé à l’horizon 2030 est un outil supplémentaire fondamental dans ce combat.

La Journée zéro discrimination appelle à des mesures qui changeront réellement les choses. Les personnes engagées telles que Juliana continuent de nous aider à visualiser un monde où il est possible de prendre de telles mesures. Nous devons prendre le temps d’écouter les personnes qui nous montrent la voie telles que Juliana ainsi que les communautés les plus touchées par le VIH et de nous mobiliser à leurs côtés. Et pour tous ceux parmi nous qui œuvrent dans le secteur de la santé, veiller à ce que les structures de santé soient des lieux sûrs, sans stigmatisation ni discrimination à l’égard de l’ensemble des personnes vivant avec le VIH ou touchées par le VIH n’est pas simplement une option: il en va de notre responsabilité collective.