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Action de l’OMS en matière de recherche-développement sur le virus Zika

Dr Marie-Paule Kieny
Sous-Directeur général, Systèmes de santé et innovation

Commentaire
17 février 2016

L’épidémie d’Ebola en 2014 et 2015 a souligné la nécessité d’avoir un plan-cadre pour la recherche-développement afin à la fois de se préparer aux urgences sanitaires et d’être capable de monter une riposte rapide en cas de besoin. Le «projet R&D» de l’Organisation mondiale de la Santé vise à accélérer la disponibilité des contre-mesures médicales lors des épidémies et de limiter autant que possible les conséquences dommageables.

Nous avons désormais établi des voies cruciales pour une action coordonnée et suscité l’intérêt de l’industrie afin de fournir des plateformes techniques pour l’élaboration des produits médicaux.

Nos connaissances relativement restreintes sur le virus Zika vont de pair avec une série de défis à relever pour la recherche-développement. Toutefois, en s’appuyant sur l’expérience de l’épidémie d’Ebola, l’OMS a pu mettre en mouvement une action rapide en matière de recherche-développement pour le virus Zika.

Nous avons déjà identifié un grand nombre de fabricants et d’instituts de recherche soit engagés dans la mise au point d’outils médicaux contre le virus Zika, soit intéressés pour se lancer dans ce type de recherche.

S’engager dans la recherche sur les vaccins et les produits de diagnostic

De nombreux groupes examinent la faisabilité de lancer des tests sur l’animal ou l’être humain, en particulier pour les vaccins et les produits de diagnostic.

Pour les vaccins, la situation évolue rapidement et les chiffres changent tous les jours. On a identifié jusqu’à présent 15 sociétés et groupes de recherche, même si la plupart viennent seulement de commencer les travaux.

Deux vaccins candidats semblent à un stade plus avancé: un vaccin à base d’ADN aux États-Unis et un produit inactivé en Inde.

«L’OMS vise à accélérer la disponibilité des contre-mesures médicales lors des épidémies et de limiter autant que possible les conséquences dommageables.»

Dr Marie-Paule Kieny, Sous-Directeur général de l'OMS, Systèmes de santé et innovation

Néanmoins, l’absence actuelle de modèles animaux et de réactifs standardisés constitue un obstacle. Même si la situation est encourageante, il s’écoulera au moins 18 mois avant de pouvoir tester des vaccins à grande échelle.

Pour les produits de diagnostic, 10 sociétés de biotechnologie susceptibles de fournir des tests sur l’acide nucléique ou des tests sérologiques ont été identifiées jusqu’à présent. Les premiers reposent sur une technique moléculaire utilisée pour détecter le virus dans le sang; les seconds mesurent les titres en anticorps résultant de l’exposition à un virus en particulier.

Modèles d’évaluation indépendante

Il est important de relever ici qu’aucun de ces tests n’a obtenu une validation indépendante ou une homologation réglementaire. Dans le domaine des produits de diagnostic, la plus grande tâche consistera probablement à s’assurer que les fabricants s’appuient sur une méthode de référence adéquate pour produire leurs données, de façon à ce que les performances des différents produits de diagnostic pour le virus Zika puissent faire l’objet d’une évaluation indépendante.

Cela aidera à éviter la distribution de tests de mauvaise qualité ou factices qui ne manqueront pas d’apparaître, comme cela a été le cas pour le virus Ebola.

Les produits pour le diagnostic du virus Zika en laboratoire (pour la plupart non commercialisés) jouent déjà un rôle important pour nous aider à mieux comprendre cette flambée. Toutefois, on a un besoin urgent de nouveaux produits validés et largement disponibles pour intensifier la recherche, la prise en charge clinique et la surveillance.

Bien qu’il soit difficile de prédire exactement le moment où les premiers tests validés de manière indépendante seront disponibles dans le commerce, on pense que ce sera sans doute dans quelques semaines ou dans quelques mois, pas dans plusieurs années.

L’OMS continuera de suivre la mise au point des produits de diagnostic et des vaccins, comme pour les produits thérapeutiques et les mesures innovantes de lutte contre les moustiques. Ces analyses seront publiées sur notre site dans les prochaines semaines.

Nous réunirons ensuite des experts indépendants pour évaluer les produits paraissant les plus prometteurs au moment de passer à la phase des tests.

Décrire des méthodes innovantes

Dans le même temps, l’OMS élabore ce qu’on appelle des «profils de produits cibles» pour ces outils médicaux, par exemple pour déterminer les meilleures caractéristiques d’un vaccin destiné aux femmes en âge de procréer.

En termes de diagnostic, nous devons comprendre le type de produit – acide nucléique, test sérologique, test rapide, etc. – qui servira au mieux nos intérêts. Nous devrions avoir établi des profils de produits cibles dans les prochaines semaines.

Dans le domaine des produits thérapeutiques, des études sont menées sur des médicaments et d’autres thérapies susceptibles de prévenir l’infection dans les groupes vulnérables, notamment les femmes enceintes, comme c’est le cas pour le paludisme. Cette option semble pour le moment plus viable et plus rapide qu’un traitement curatif.

En matière de lutte contre les moustiques, des méthodes novatrices semblent prometteuses. Les approches biologiques par exemple, avec la diffusion contrôlée de bactéries empêchant la réplication virale chez les moustiques, ou génétiques, comme la dissémination de moustiques génétiquement modifiés pour réduire les populations de ces insectes, sont à l’étude.

Accélérer la recherche-développement et veiller à la qualité

Lorsque des produits potentiels parviennent à un stade avancé des essais avec des résultats prometteurs, nous avons en place à l’OMS une procédure d’évaluation et d’homologation d’urgence pour l’utilisation des produits expérimentaux au cours d’une épidémie.

Ce processus d’évaluation accélérée a été mis en place pendant l’épidémie d’Ebola et vise à s’assurer que les produits soient d’un niveau acceptable en termes de qualité, d’innocuité et d’efficacité, même si l’évaluation est accélérée, avant de les distribuer dans les pays.

L’OMS apportera également un appui aux pays souhaitant enregistrer des produits à l’efficacité prouvée, afin de réduire le temps nécessaire pour mener des examens éthiques et réglementaires, de façon à mettre ces outils rapidement à disposition.

La communauté mondiale de la recherche-développement a tiré de nombreux enseignements utiles du virus Ebola : avec lui, on a prouvé que, quand nous travaillons ensemble, nous pouvons mettre au point de nouveaux produits médicaux beaucoup plus vite que nous ne l’imaginions.

Bien qu’on en sache encore moins sur le virus Zika que sur Ebola au début de l’épidémie, nous développons chaque jour nos connaissances et nous sommes mieux préparés qu’à l’époque pour mener les travaux de recherche nécessaires et parer à la menace du virus Zika.