Sécurité mondiale des vaccins

Comité consultatif mondial pour la sécurité des vaccins,30 novembre - 1er décembre 2016

Le Comité consultatif mondial pour la sécurité des vaccins (GACVS) est un organe consultatif indépendant composé d’experts cliniques et scientifiques qui fournissent à l’OMS des conseils d’une grande rigueur scientifique sur des problèmes de sécurité des vaccins susceptibles d’avoir une portée mondiale.1 Le GACVS a tenu sa 35e réunion à Genève (Suisse) les 30 novembre et 1er décembre 2016.2 Il a abordé 2 questions génériques, avec une mise à jour sur ses activités suite à une analyse réalisée en 2014 et un aperçu des progrès accomplis dans la mise en place du Réseau pour la sécurité des vaccins. Il a également examiné des questions de sécurité spécifiques, portant sur les vaccins antityphoïdiques, les vaccins antiamarils et les nouvelles données concernant le lien entre les manifestations de narcolepsie et l’administration des vaccins monovalents contre les virus grippaux p2009H1N1.

Réseau pour la sécurité des vaccins

Le Réseau pour la sécurité des vaccins (VSN) est une initiative de l’OMS, appuyée par le GACVS, qui consiste à reconnaître, parmi les sites Web qui fournissent des informations sur la vaccination et la sécurité des vaccins, ceux qui répondent à des normes de qualité et de contenu. L’objectif du VSN est de faciliter l’accès des autorités de santé publique, des professionnels de la santé et du public à des informations fiables sur la sécurité des vaccins sur Internet. Le réseau compte actuellement 46 sites Web dans 11 langues différentes, couvrant 5 Régions de l’OMS. Deux sites de la Région OMS de la Méditerranée orientale sont en cours d’évaluation. Après plus d’une décennie de collaboration à distance, les membres du VSN se sont réunis au Siège de l’OMS à Genève les 28 et 29 novembre 2016 pour dresser le bilan de leur participation au réseau au cours des 10 dernières années, procéder à un échange de points de vue, d’expériences et d’innovations concernant la gestion de l’information et des communications numériques sur la sécurité des vaccins, explorer de nouvelles perspectives en matière de collecte d’information sur la sécurité des vaccins. D’autre part, les membres ont exprimé leurs attentes quant à l’avenir du réseau, présenté des outils susceptibles d’améliorer la cohésion, la communication et la collaboration entre les membres et planifié les prochaines étapes. Un compte-rendu de cette réunion et de ses résultats a été présenté au GACVS. Vingt-cinq représentants de sites membres du VSN ont participé en personne à cette réunion, avec d’autres membres se joignant aux débats par vidéoconférence, pour échanger leurs perspectives et leurs expériences, mener une analyse de la situation et explorer de nouvelles initiatives. Une enquête menée auprès des sites Web membres du VSN en 2015 a mis en évidence le vif désir des membres d’entretenir des contacts plus étroits entre eux, au moyen de mécanismes tels que des portails et des ateliers, et de renforcer leurs liens avec l’OMS.

Durant cette réunion de 2 jours, les participants ont pris connaissance d’un projet inédit d’utilisation des données d’analyse d’audience Web pour accroître l’efficacité de la communication sur la sécurité des vaccins sur Internet. Il n’existe actuellement aucune norme et aucun élément d’appréciation à l’appui de cette activité et de ce projet. Le partage de données anonymes d’analyse d’audience des sites Web (comme le nombre de visiteurs, les pays d’où ils viennent, le type d’information recherchée, etc.) et l’analyse de ces données pourraient non seulement contribuer à renforcer le réseau, mais aussi aider les membres à améliorer leur site individuel. Bien que chaque site soit différent, la cohérence de l’information entre les sites membres du VSN peut faciliter les campagnes mondiales d’information, notamment durant la semaine mondiale de la vaccination.

Cette réunion a abouti à un renforcement des liens entre les membres du réseau ayant participé à cet échange sur les meilleures pratiques, les difficultés rencontrées et les nouvelles possibilités offertes par les avancées en matière de communication sur Internet. Les membres ont en outre conforté la mission et les objectifs actuels du VSN et ont amorcé le travail de définition de la vision et des buts du réseau, ainsi que l’établissement d’un groupe consultatif. Le nouveau portail du VSN sera mis en ligne en janvier et les membres afficheront une nouvelle icône d’identité visuelle sur leur site Web, indiquant qu’ils satisfont aux critères révisés de qualité et de contenu approuvés par le GACVS. La plupart des membres ont accepté en principe de participer au projet sur les données d’analyse d’audience Web.

Souhaitant améliorer la manière dont il communique les informations relatives à la sécurité des vaccins au public et à ses partenaires, le GACVS se félicite de la contribution apportée par le VSN à ces efforts et suivra de près l’évolution de ce réseau. Dans l’environnement de communication Web actuel, caractérisé par une surcharge d’informations qui se font concurrence pour attirer l’attention du public, il est primordial de garantir un accès aisé à des contenus fiables et crédibles en matière de vaccination.

Le point sur les activités du GACVS

Le Comité consultatif mondial pour la sécurité des vaccins est chargé d’analyser le rapport risque/bénéfice des politiques et procédures de vaccination envisagées par les États Membres de l’OMS et le Groupe stratégique consultatif d’experts (SAGE). En 2014, une analyse a été réalisée en collaboration avec les membres actuels et passés du GACVS3 afin de dresser un bilan objectif du rôle joué par le GACVS dans la politique vaccinale et de son incidence dans le domaine de la sécurité des vaccins dans le monde. Cette analyse comprenait un examen quantitatif et qualitatif des contributions du GACVS pour évaluer l’influence qu’il avait exercée. Elle portait également sur les défis que le GACVS devra relever à l’avenir, ainsi que sur son mandat.

Cette analyse de 2014 a montré que le GACVS a apporté une contribution efficace et influente aux efforts déployés à l’échelle mondiale en matière de sécurité, publiant plus de 100 rapports, ainsi que des déclarations et orientations, pour guider l’élaboration des politiques publiques et répondre aux préoccupations liées à la sécurité. L’analyse a également mis en évidence certains écueils, notamment la disponibilité souvent limitée des données nécessaires à une évaluation scientifique; la difficulté à demander la conduite de travaux de recherche supplémentaires sur un sujet particulier; la nécessité d’incorporer des systèmes d’examen comme GRADE, qui visent à évaluer l’efficacité des interventions et ne sont pas toujours adaptés à l’étude de la sécurité des vaccins après la mise sur le marché (une étude qui exige généralement des données cruciales post-homologation); et la difficulté à soutenir les pays ayant des capacités plus limitées d’identification et d’évaluation des signaux de sécurité. En outre, la confidentialité de certaines données transmises au GACVS, conjuguée à la nécessité d’améliorer la transparence des procédures, font qu’il est parfois difficile pour le GACVS de rendre compte de son travail. Une enquête préalable réalisée dans la perspective de cette analyse a indiqué que le public cible du GACVS gagnerait à être plus clairement défini, faisant ressortir la nécessité d’élaborer une stratégie précise de communication. Ce besoin est en particulier illustré par certaines préoccupations liées à la sécurité qui ont pu être résolues aux niveaux scientifique et politique, mais qui exigent encore un effort de communication publique, de nombreuses parties prenantes n’ayant pas toujours été suffisamment informées des données disponibles.

Le Comité a examiné les recommandations formulées dans le rapport, axées sur 3 domaines clés: 1) la nécessité d’appliquer une méthodologie d’examen systématique plus formelle aux travaux du GACVS; 2) l’attention accrue devant être portée à la diffusion des produits du GACVS auprès des autorités réglementaires, des administrateurs de programmes et des décideurs des pays à revenu faible ou intermédiaire; et 3) le rôle de défenseur et de facilitateur devant être joué par le GACVS pour combler les déficits de capacité en matière de sécurité des vaccins à l’échelle mondiale.

Pour améliorer le processus d’examen, plusieurs domaines clés ont été abordés, notamment les mécanismes et les ressources nécessaires pour renforcer l’approche fondée sur des données probantes employée par le GACVS, la nécessité d’améliorer la qualité des données présentées au Comité, et les améliorations à apporter à la manière dont la méthodologie et les résultats sont élaborés (notamment en renforçant les capacités dans les pays à revenu faible ou intermédiaire), présentés et publiés. Cela suppose notamment d’accroître la transparence sans compromettre la confidentialité des informations protégées ou des travaux non encore publiés. Par exemple, seul un accès limité peut être demandé aux analyses non publiées et confidentielles qui ont été réalisées par les organismes de réglementation et/ou les groupes consultatifs techniques nationaux sur la vaccination.

Concernant les communications, bien que des rapports de réunion soient publiés en ligne dans le Relevé épidémiologique hebdomadaire et mis à disposition sur le site Web de l’OMS, de pair avec des déclarations spécifiques, l’utilisation d’autres moyens de diffusion pour faire connaître le travail du GACVS reste limitée. Il existe une liste de diffusion comptant plusieurs milliers d’adhérents, mais les deux tiers se trouvent en Europe et aux Amériques – ce qui signifie qu’un vaste public dans les pays à revenu faible ou intermédiaire est omis de cette liste. Le Comité s’est intéressé à plusieurs modalités de communication, notamment celles offertes par les médias sociaux, qui n’existaient pas lorsque le GACVS a été établi.

Enfin, le GACVS a étudié la relation entre ses travaux et ceux de l’Initiative mondiale pour la sécurité des vaccins (GVSI), qui vise à optimiser la sécurité des vaccins par une application efficace des principes et des méthodes de pharmacovigilance et à contribuer à l’établissement d’une surveillance efficace de la sécurité dans tous les pays. Le GACVS apporte une contribution précieuse à la sécurité des vaccins à l’échelle mondiale et l’initiative GVSI, bien que relativement récente, est devenue un point de rencontre pour les pays à revenu faible ou intermédiaire et devrait bénéficier d’une plus grande participation au sein du GACVS. À cet égard, il a notamment été recommandé d’utiliser l’initiative GVSI pour réunir les États Membres et leur permettre de débattre des questions de sécurité des vaccins dans le monde avec les représentants du GACVS, d’identifier les priorités à tous les niveaux – de l’échelon local à régional – en facilitant notamment l’établissement de comités régionaux pour la sécurité des vaccins, et de soumettre des questions urgentes et importantes à l’examen du GACVS. Le GACVS pourrait en outre intensifier son action de plaidoyer en faveur de l’initiative GVSI. Par exemple, la GVSI peut contribuer à relever certains des défis identifiés par le GACVS, grâce à sa plus grande proximité avec les différents acteurs, parmi lesquels figurent non seulement les pays, mais aussi les organismes donateurs et les partenaires de développement.

À l’avenir, le GACVS continuera d’explorer des méthodes d’examen plus avancées, de réfléchir aux moyens d’améliorer la communication de ses produits, et d’œuvrer en faveur d’une plus grande collaboration et d’un renforcement des capacités à l’échelle mondiale, en mettant l’accent sur les pays à revenu faible ou intermédiaire.

Nouvelles données sur la narcolepsie après vaccination contre le virus grippal pandémique de 2009

Le Comité a pris connaissance des dernières études menées sur le lien entre la narcolepsie et les vaccins adjuvantés contre le virus grippal p2009H1N1. Durant la pandémie de grippe, des adjuvants d’émulsion d’huile dans l’eau (AS03 et MF59) ont été utilisés pour préserver l’immunogénicité des vaccins lorsque la disponibilité des antigènes était limitée et qu’une économie de doses s’imposait. Le GACVS a de nouveau noté l’existence d’indices concordants d’un risque accru de narcolepsie après l’administration du Pandemrix en Europe, malgré la variabilité des ensembles de données et des méthodes employés, comme indiqué dans le rapport de la réunion de décembre 2015 publié dans le Relevé épidémiologique hebdomadaire.4 Durant la réunion de décembre 2016, le Comité a pris connaissance des nouvelles informations issues d’une étude multipays parrainée par les Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis d’Amérique.5

Cette étude visait à évaluer le lien entre la narcolepsie et d’autres vaccins adjuvantés: Arepanrix, un vaccin contenant l’adjuvant AS03 utilisé uniquement au Canada, et Focetria, un vaccin contenant l’adjuvant MF59. Quelques données supplémentaires sur le Pandemrix ont également été recueillies en provenance des Pays-Bas. Des adjuvants ont été utilisés dans la préparation de vaccins efficaces contre de nombreuses infections et sont susceptibles d’être employés pour lutter contre des pandémies à l’avenir. Toute information relative à leur profil de sécurité est donc importante. Le Comité a pris la mesure du travail considérable requis pour établir une collecte des données couvrant plusieurs pays (Argentine, Canada, Espagne, Pays-Bas, Suisse et Taïwan) en vue de mener des études cas-témoins et d’examiner l’évolution dans le temps des taux de narcolepsie, dans ces pays et d’autres (Danemark, Royaume-Uni et Suède).

Les taux de narcolepsie dans la population avant et après la pandémie ont été calculés à partir des cas diagnostiqués contenus dans les bases de données des systèmes de santé. Les analyses provisoires n’ont pratiquement pas révélé de signaux, sauf en Suède, l’un des 2 pays ayant notifié des signaux (l’autre étant la Finlande), où le Pandemrix était le seul vaccin utilisé, avec une forte couverture vaccinale. Le recrutement des témoins pour les études cas-témoins a été réalisé soit en population, soit en milieu hospitalier selon le pays, avec un appariement avec les cas selon l’âge, le sexe et le temps. Les résultats préliminaires des études cas-témoins étaient rassurants pour le Focetria et l’Arepanrix. Pour le Pandemrix, les données issues de cette étude étaient trop peu nombreuses pour permettre de tirer de nouvelles conclusions. Le GACVS est conscient que des données supplémentaires sur le Pandemrix pourraient provenir de plusieurs pays européens, notamment dans le cadre d’un suivi prolongé d’études déjà publiées, permettant de mieux comprendre le lien entre la narcolepsie et le Pandemrix. Les données présentées à ce jour rassurent sur le fait qu’à l’exception du Pandemrix avec l’adjuvant ASO3, administré à de nombreux adolescents et jeunes adultes dans plusieurs pays européens, aucune autre association notable entre l’utilisation des vaccins contre le virus grippal pandémique p2009H1N1 et la narcolepsie n’a été identifiée.

Innocuité des vaccins antityphoïdiques

Le GACVS a pris connaissance des données relatives à la sécurité de 3 générations de vaccins antityphoïdiques, notamment le vaccin vivant oral Ty21a, le vaccin polyosidique Vi parentéral et les vaccins polyosidiques Vi conjugués. Le vaccin Ty21a et le vaccin polyosidique Vi sont actuellement recommandés par l’OMS dans le cadre d’une utilisation programmatique pour lutter contre la forme endémique et épidémique de la maladie.6 Il est prévu que le SAGE examine les recommandations relatives aux vaccins conjugués en 2017.

Le Ty21a (actuellement uniquement disponible sous forme de gélules gastrorésistantes) est recommandé chez les sujets de ≥5 ans, selon un schéma d’administration à 3 doses (dans la plupart des pays) ou à 4 doses (au Canada et aux États-Unis d’Amérique). Il confère une protection chez 62% des personnes vaccinées, pour une période allant jusqu’à 7 ans. Le vaccin polyosidique Vi est recommandé en dose unique chez les individus de ≥ 2 ans et confère une protection de ~55-65% pendant 2-3 ans. Dans l’ensemble, on estime que plusieurs millions de doses de vaccin Ty21a et plusieurs centaines de milliers de doses de vaccin polyosidique Vi ont été administrées au cours des 3 dernières décennies. Les 2 vaccins présentent un bon profil d’innocuité, les manifestations indésirables les plus fréquentes étant la fièvre (pour les 2 vaccins), un érythème ou des douleurs localisées, et des manifestations gastro-intestinales (principalement avec le Ty21a). La survenue d’autres manifestations indésirables est globalement rare.

Le premier vaccin Vi conjugué (contenant l’antigène Vi lié à une exoprotéine A recombinante de Pseudomonas aeruginosa (Vi-rEPA)) a été évalué dans le cadre d’essais contrôlés randomisés auprès de >11 000 sujets au Viet Nam et présente un profil d’innocuité comparable au vaccin polyosidique.7, 8 Ce vaccin n’a pas été commercialisé. Toutefois, 2 autres vaccins polyosidiques Vi conjugués (utilisant l’anatoxine tétanique comme protéine porteuse) ont été homologués par l’autorité nationale de réglementation en Inde.

L’innocuité de l’un de ces produits, le vaccin Pedatyph fabriqué par Bio-Med Limited, a été étudiée chez environ 2200 sujets (avec une évaluation de l’immunogénicité chez 400 sujets dans le cadre d’essais avant l’homologation et une évaluation de l’efficacité chez 1765 sujets dans un essai de phase IV). Les données disponibles publiées ne révèlent aucun signal de sécurité et les manifestations indésirables les plus souvent signalées sont des réactions locales non spécifiques et de la fièvre.

Des données plus détaillées ont été communiquées pour le vaccin Typbar-TCV (fabriqué par Bharat Biotech International Limited), dont l’immunogénicité et l’innocuité ont été évaluées auprès d’environ 1000 sujets avant l’homologation.9 À la date de cette réunion, plus de 3 millions de doses de ce vaccin conjugué avaient été distribuées dans le secteur privé. Après l’homologation, ce vaccin a été évalué dans le cadre d’une étude de coadministration avec les vaccins à valence rougeole (MCV), ainsi que dans une étude de référence de phase IV par comparaison au vaccin polyosidique Vi préqualifié (avec un nombre total de 470 personnes vaccinées dans les 2 études). Dans ces études avant et après homologation, le profil des manifestations indésirables était semblable à celui des vaccins de référence dans les tranches d’âge respectives et aucun signal de sécurité n’a été observé. Cependant, le suivi de l’innocuité a été essentiellement passif et les données disponibles sont limitées. Les données de l’étude de coadministration (chez 500 nourrissons répartis dans 3 bras d’étude, recevant respectivement le Typbar-TCV seul, le MCV seul et les 2 vaccins) n’indiquent aucune interférence manifeste avec la réponse immunitaire au Typbar-TCV ou au MCV. Les données de surveillance après la mise sur le marché, fondées sur quelque 3000 rapports communiqués par des pédiatres du secteur privé en Inde, indiquent que l’apparition de fièvre, de douleurs et de tuméfactions est signalée chez environ 1% à 10% des personnes vaccinées, indépendamment de la tranche d’âge, et aucune manifestation indésirable grave n’a été signalée au fabricant. Toutefois, le taux global de notification était faible dans cette étude et aucune des manifestations de coïncidence graves que l’on pourrait escompter n’a été notifiée. Sur la base des données communiquées, le GACVS n’a pas identifié à ce stade de nouveau signal de manifestations indésirables graves pour les vaccins antityphoïdiques existants. S’agissant des vaccins conjugués Vi-anatoxine tétanique homologués, le profil d’innocuité semble comparable à celui du vaccin polyosidique Vi, mais les données d’innocuité générées à ce jour sont limitées.

Le Comité a examiné les données d’innocuité recueillies après la mise sur le marché de l’un des vaccins conjugués Vi-anatoxine tétanique et a noté l’insuffisance des données disponibles. Il a donc recommandé de poursuivre la surveillance de la sécurité des vaccins antityphoïdiques conjugués en mettant l’accent sur les points suivants: 1) un renforcement de la surveillance après la mise sur le marché est essentiel, compte tenu en particulier de l’absence de notification des maladies de coïncidence pouvant être escomptées dans les tranches d’âge vaccinées; 2) les grandes études prévues pour examiner l’efficacité des vaccins conjugués doivent être conçues de sorte à permettre une évaluation rigoureuse de l’innocuité, notamment des risques potentiels dans des populations particulières (par exemple, les enfants malnutris, les personnes immunodéprimées et, le cas échéant, les femmes enceintes); 3) les évaluations supplémentaires de la sécurité devraient se fonder sur les définitions de cas établies par la Brighton Collaboration et assurer une surveillance active des manifestations indésirables graves présentant un intérêt particulier; et 4) dans la mesure du possible, les effets non spécifiques de la vaccination devraient être analysés.

Vaccination contre la fièvre jaune – campagne de masse avec des doses fractionnées

La fièvre jaune est endémique dans plus de 47 pays dans le monde, donnant régulièrement lieu à des flambées. Elle demeure endémique en Amérique du Sud, en Afrique orientale et en Afrique centrale. Des épidémies de fièvre jaune sont récemment survenues en Afrique australe et orientale, en particulier en Angola, dans le sud de la République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda. En 2016, plus de 3867 cas, dont 369 mortels, ont été confirmés en laboratoire en Angola. Des campagnes de masse de vaccination antiamarile ont été menées à grande échelle pour lutter contre la maladie. De 2007 à 2012, 12 campagnes ont eu lieu en Afrique, avec plus de 64 millions de doses administrées.10 Le vaccin antiamaril est très efficace, une dose unique conférant une protection à vie contre la maladie, et son profil d’innocuité est bien établi. Bien que des réactions postvaccinales graves aient été observées (réactions d’hypersensibilité, maladie viscérotrope et neurotrope), ces dernières sont extrêmement rares et tendent à survenir parmi des groupes à risque bien définis.

L’année 2016 a été marquée par une transmission explosive de la fièvre jaune, en particulier en Angola (4347 cas suspects, dont 377 décès, entre décembre 2015 et octobre 2016) et en RDC (2987 cas, dont 16 décès, de janvier à octobre 2016). En 2016, Des campagnes de vaccination de masse ont été rapidement menées dans ces 2 pays en 2016, couvrant 30 865 375 personnes. En raison d’une pénurie mondiale de vaccin antiamaril, le SAGE a recommandé l’administration d’une dose fractionnée (1/5e de la dose normale, soit 0,1 ml) par voie sous-cutanée ou intramusculaire. Environ 50% (7,5 millions) des personnes vaccinées en RDC se sont vues administrer une dose fractionnée. En RDC, les habitants de Kinshasa âgés de >24 mois ont reçu une dose fractionnée, tandis que les nourrissons et les enfants âgés de 9 à 23 mois vivant à Kinshasa ou dans les zones situées à la frontière avec l’Angola ont reçu une dose complète.

L’objectif du GACVS, lors de cette réunion, était d’étudier les données de surveillance des manifestations postvaccinales indésirables (MAPI) en RDC à l’issue de cette campagne, en s’intéressant plus particulièrement aux personnes ayant reçu une dose fractionnée à Kinshasa. La surveillance des MAPI (graves ou non) en RDC s’est appuyée sur la notification spontanée (encouragée durant la campagne), sur les enquêtes communautaires réalisées dans des zones sanitaires ciblées de notification des MAPI et dans des établissements sentinelles de soins et de surveillance, sur les alertes émises pour tous les cas graves suspects et sur le système de surveillance de la fièvre jaune. La période de surveillance des MAPI graves était de 42 jours pour une campagne de 10 jours. Compte tenu de la pénurie actuelle en vaccins et de la nécessité, à terme, d’étendre l’utilisation des doses fractionnées, le GACVS a vivement encouragé la RDC à effectuer une analyse détaillée de ses notifications de MAPI. Dans la mesure du possible, les cas dont le tableau clinique est compatible avec la fièvre jaune peu après la vaccination devraient faire l’objet d’une enquête pour identifier les types viraux impliqués.

Le GACVS recommande vivement d’utiliser des outils standardisés de collecte des données et de mener une analyse des données de surveillance des MAPI au niveau des pays à l’aide d’outils harmonisés, comme l’outil OMS d’évaluation du lien de causalité. Cette méthode permet une agrégation des données de surveillance et améliore la sensibilité de la surveillance aux manifestations rares. Il faudrait comparer les personnes vaccinées par une dose complète avec celles qui ont reçu une dose fractionnée, en tenant compte des facteurs susceptibles de biaiser cette comparaison.


1 Voir N° 41, 1999, pp. 337-338.

2 Le GACVS a invité d’autres experts à présenter et à analyser les données relatives à des sujets particuliers. Il s’agissait notamment de personnes affiliées aux organismes suivants: Faculté de médecine de l’Université du Maryland, Baltimore MA (États-Unis); Faculté de médecine de l’Université du Ghana, Accra (Ghana); Centers for Disease control and Prevention, Atlanta GA (États-Unis); Ospedale Pediatrico Bambino Gesù, Rome (Italie); Université Erasmus, Rotterdam (Pays-Bas); Bharat Biotech International, Hyderabad (Inde).

3 Asturias EJ, et al. Contributions and challenges for worldwide vaccine safety: The Global Advisory Committee on Vaccine Safety at 15 years. Vaccine (2016), http://dx.doi.org/10.1016/j.vaccine.2016.05.018

4 Voir N° 3, 2016, pp. 21-32.

5 The Systematic Observational Method for Narcolepsy and Influenza Immunization Assessment (SOMNIA): a Study to Assess the Risk of Narcolepsy Following Adjuvanted 2009 H1N1 Influenza Vaccines. [En préparation.]

6 Voir N° 6, 2008, pp. 49-60.

7 Lin FYC, Ho VA, Khiem HB, Trach DD, Bay PV et al. The efficacy of a Salmonella Typhi Vi conjugate vaccine in two-to-five-year-old children. N Engl J Med 2001;344:1263–1269.

8 Thiem VD, Lin FYC, Canh DG, Son NH, Anh DD et al. The Vi conjugate typhoid vaccine is safe, elicits protective levels of IgG anti-Vi, and is compatible with routine infant vaccines. Clin. Vaccine Immunol 2011;18:730–735.

9 Mohan VK, Varanasi V, Singh A, Pasetti M Levine MM et al. Safety and Immunogenicity of a Vi Polysaccharide–Tetanus Toxoid Conjugate Vaccine (Typbar-TCV) in Healthy Infants, Children, and Adults in Typhoid Endemic Areas: A Multicenter, 2-Cohort, Open-Label, Double-Blind, Randomized Controlled Phase 3 Study. Clin Infect Dis. 2015;61:393–402.

10 Breugelmans JG et al. Reporting rates in mass campaigns. Vaccine, 2013, 31(14): 1819–1829.