Sécurité mondiale des vaccins

Comité consultatif mondial de la sécurité des vaccins, 15–16 juin 2016

Le Comité consultatif mondial de la sécurité des vaccins (GACVS) est un organe consultatif indépendant composé d’experts cliniques et scientifiques qui fournissent à l’OMS des conseils d’une grande rigueur scientifique sur des problèmes de sécurité des vaccins susceptibles d’avoir une portée mondiale.1 Le GACVS a tenu sa 34e réunion à Genève (Suisse) les 15 et 16 juin 2016.2 Il a examiné 3 questions génériques: i) une nouvelle initiative pour promouvoir la vigilance à l’égard des produits sanitaires dans les pays à revenu faible ou intermédiaire; ii) l’harmonisation de la définition des manifestations indésirables dans les études de pharmacovigilance durant la grossesse et la petite enfance; et iii) une étude de preuve de concept pour évaluer les manifestations rares au travers d’une collaboration multi-pays. Le GACVS a également examiné une étude de l’innocuité des vaccins dans le cadre de la vaccination systématique des nourrissons en Inde, ainsi que les premières données post-homologation du vaccin contre la dengue.

Nouvelle initiative de vigilance à l’égard des produits sanitaires

L’accès aux produits médicaux novateurs progresse dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. De nouveaux traitements contre le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme sont désormais disponibles ou sont en passe de l’être. De même, des vaccins contre le cancer du col de l’utérus, les maladies diarrhéiques et certaines affections touchant principalement les pays à revenu faible ou intermédiaire, comme la maladie à virus Ebola, la dengue, la méningite épidémique et le paludisme, ont atteint divers stades de déploiement dans ces pays.

La disponibilité de données post-homologation est essentielle pour les organismes de réglementation locaux, mais permet également aux programmes de santé publique d’élaborer des stratégies fondées sur des analyses fiables des risques et des avantages. Pour les produits utilisés à l’échelle mondiale, ces données sur l’innocuité ne proviennent souvent que des pays à revenu élevé, qui diffèrent des pays à revenu faible ou intermédiaire de par leur système de santé et leur profil sanitaire et démographique. De nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire participent au programme OMS de pharmacovigilance internationale en tant que centres nationaux, mais leur capacité à assurer la pharmacovigilance et à contribuer à la base de données internationale peut s’avérer limitée. Par exemple, pour les vaccins, la base de données du programme de pharmacovigilance internationale est constituée à 60% de rapports provenant de quelques pays européens et des États-Unis d’Amérique, ce qui ne répond pas nécessairement pleinement aux besoins des autorités locales, dont la capacité à analyser les données et à réagir peut être limitée.

La Fondation Bill et Melinda Gates a est reconnu le besoin de renforcer la capacité de pharmacovigilance dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Son groupe de travail sur la surveillance de l’innocuité, réuni en 2013, a émis un rapport soulignant la nécessité d’élaborer une stratégie de surveillance après la mise sur le marché, compte tenu des difficultés existantes.3 Ce rapport appelle à tirer parti des plateformes modulables existantes (programme OMS de pharmacovigilance internationale et son réseau de centres nationaux) en appliquant les normes actuelles de sécurité et en s’appuyant sur les plateformes actuelles d’harmonisation. Il préconise également d’envisager la mise en place d’un système unique applicable aussi bien aux vaccins qu’aux médicaments, à adapter au cas par cas uniquement si nécessaire.

La Fondation Bill et Melinda Gates a proposé d’appuyer les activités menées par l’équipe Sécurité et vigilance de l’OMS pour mettre en œuvre une stratégie de pharmacovigilance reposant sur un réseau d’organismes de réglementation dans les pays à revenu faible ou intermédiaire afin de renforcer les systèmes de pharmacovigilance. Cela impliquera de poursuivre les efforts de collaboration avec d’autres participants tels que l’Alliance GAVI, l’UNICEF, le Programme de technologie appropriée pour la santé (PATH) et les organismes de réglementation d’Afrique subsaharienne et de favoriser l’engagement des membres de l’industrie à promouvoir la conformité pour appuyer la mise en œuvre, assumant leur responsabilité en tant que bénéficiaires de l’homologation.

L’Alliance GAVI a récemment accordé la priorité à la surveillance de la sécurité des vaccins dans sa stratégie sur les données pour 2020, laquelle vise à renforcer les capacités à identifier les préoccupations du public en matière de sécurité des vaccins, à mener des enquêtes et à intervenir de manière efficace. Au travers de subventions de renforcement des systèmes de santé, l’Alliance GAVI finance déjà en partie de nombreuses initiatives de renforcement des capacités dans les pays à revenu faible ou intermédiaire pour améliorer la surveillance, l’étude et la gestion des manifestations postvaccinales indésirables (MAPI), établir des systèmes de surveillance et élaborer des outils, des lignes directrices et des programmes de formation sur les MAPI. La surveillance de l’innocuité d’autres produits pharmaceutiques demeure particulièrement difficile, notamment face aux problèmes associés à l’utilisation de médicaments de qualité inférieure ou falsifiés, problèmes qui concernent aussi les vaccins.

Le GACVS a pris connaissance des stratégies et des approches adoptées par la Fondation Bill et Melinda Gates, l’équipe Sécurité et vigilance de l’OMS et l’Alliance GAVI dans ce domaine. En outre, l’Alliance GAVI a présenté son plan d’allocation de ressources pour la sécurité des vaccins, qui comprend un financement du domaine stratégique prioritaire relatif aux données et un financement associé pour les activités de sécurité des vaccins.

Le GACVS a noté l’attention accrue portée à la pharmacovigilance des produits pharmaceutiques, et en particulier au renforcement des capacités en matière de surveillance de l’innocuité. Il a salué le travail accompli par l’équipe Sécurité et vigilance de l’OMS pour promouvoir les activités de vigilance en collaboration avec les programmes de santé publique et remédier aux problèmes liés à la sécurité des produits, y compris dans les situations de crise de portée internationale. Le GACVS a souligné que les objectifs proposés par la Fondation Bill et Melinda Gates en matière de pharmacovigilance confortent les efforts engagés depuis de nombreuses années dans le domaine de la sécurité des vaccins, notamment le renforcement des capacités au moyen d’une formation offerte dans les pays avec l’appui de l’Alliance GAVI et de l’équipe Sécurité et vigilance de l’OMS, formation qui s’est récemment concentrée sur les pays d’Afrique subsaharienne. Le GACVS a également fait valoir que les besoins de pharmacovigilance sont très différents pour les produits vaccinaux par rapport aux autres produits pharmaceutiques, en particulier dans les pays à revenu faible ou intermédiaire où l’administration programmatique des vaccins et des médicaments peut variée et poser des difficultés particulières. Une fusion ne devrait être envisagée qu’avec prudence, bien que les enseignements tirés de la vigilance pour les vaccins puissent être appliqués à certaines catégories uniques de médicaments évoquées ci-dessus.

Le GACVS se réjouit de contribuer pleinement à ces efforts et d’apporter un éclairage sur les lacunes identifiées et l’évolution des priorités.

MAPI graves durant la série de primovaccination du nourrisson en Inde du Sud

L’Inde utilise actuellement, un vaccin pentavalent (DTCe-HepB-Hib) fabriqué localement. La série de doses de primovaccination est administrée à l’échelle nationale dans le cadre d’un processus d’introduction par étapes engagé en décembre 2011. Pour appuyer cet effort et répondre aux préoccupations concernant le risque de MAPI, les autorités indiennes, en collaboration avec INCLEN Trust International, ont mené une étude de cohorte dynamique et prospective dans 2 districts du sud du pays – Kollam (Kerala) et Coimbatore (Tamil Nadu). Ce projet visait à évaluer le lien entre la vaccination systématique – par le vaccin antipoliomyélitique oral (VPO) et le vaccin pentavalent – et les décès et hospitalisations toutes causes confondues (désignés comme «MAPI graves») chez les nourrissons après l’administration de chacune des trois doses prévues au calendrier de primovaccination. Ces deux districts ont été choisis en raison de leur faible mortalité infantile (pour réduire le bruit de fond dû aux manifestations de coïncidence), de leur forte couverture par la série de primovaccination, de leur utilisation bien établie du vaccin pentavalent et de leur infrastructure solide pour les soins de santé primaires.

L’objectif principal de l’étude consistait à comparer les taux de décès et d’hospitalisation toutes causes confondues à 0-7 jours après l’administration de chaque dose de vaccin par rapport à ceux observés à 22-28 jours. Les objectifs secondaires consistaient entre autres à comparer les taux de décès et d’hospitalisation toutes causes confondues observés à 8–14 jours et 15-21 jours par rapport à 22-28 jours. En cas d’administration retardée de la deuxième ou de la troisième dose de vaccin, le risque de MAPI grave est également estimé pour toute la période jusqu’à la prochaine dose, l’âge de 24 semaines ou le décès, selon la première de ces éventualités. Les nourrissons ont été inclus dans l’étude au moment de leur première dose de vaccin pentavalent et de VPO, puis ont fait l’objet d’un suivi hebdomadaire jusqu’à 4 semaines après l’administration de la troisième dose de vaccin pentavalent. Outre les informations sur les maladies contractées, les données sur les hospitalisations ou décès ultérieurs ont été recueillies grâce à des contacts hebdomadaires avec la famille du nourrisson. Ces informations ont été saisies sous forme électronique, dans des tablettes, lors des entretiens. Un groupe consultatif international était chargé de fournir un avis technique sur le protocole et le plan statistique, d’évaluer les progrès de l’étude à l’occasion de plusieurs visites sur le terrain et d’examiner les résultats préliminaires. Ce projet sera analysé non seulement en tant qu’étude de cohorte, mais donnera également lieu à des analyses secondaires des séries de cas autocontrôlées. L’étude a été mise en œuvre de septembre 2014 à mai 2016. En tout, plus de 30 000 nourrissons ont été inclus dans l’étude et ont fait l’objet d’un suivi hebdomadaire jusqu’à 4 semaines après l’administration de la troisième dose de vaccin. La collecte de données est achevée et l’analyse des données est en cours, en vue d’une publication.

Le GACVS a reconnu la qualité de la conduite de l’étude, l’exhaustivité du suivi et la rigueur et la rapidité de la collecte des données. L’analyse primaire n’a révélé aucun problème de sécurité. Cette étude permettra de mieux caractériser les facteurs associés à l’apparition de manifestations défavorables temporairement liées à la vaccination en début de vie. Elle fournira une base empirique solide pour illustrer l’apparition par coïncidence des MAPI graves et estimer la fréquence avec laquelle elles sont susceptibles de survenir.

Projet d’alignement mondial de l’évaluation de la sécurité des vaccins durant la grossesse (GAIA)

La vaccination durant la grossesse est un moyen efficace de protéger les mères et leurs nourrissons contre les maladies infectieuses. Cependant, du fait de l’hétérogénéité des définitions appliquées aux termes employés pour évaluer la sécurité des vaccins, ainsi que des méthodes de collecte et de présentation des données, il est difficile de comparer les résultats provenant d’études et de contextes différents. Pour faciliter la comparaison des résultats d’une étude à l’autre, il importe donc d’harmoniser les termes, les concepts et les définitions de cas normalisées utilisés pour caractériser les principales manifestations visées par la surveillance de la sécurité des vaccins.

En 2014, l’OMS a organisé une consultation d’experts pour a) examiner les définitions de cas actuellement appliquées aux manifestations obstétricales et pédiatriques indésirables, ainsi que les documents d’orientation en la matière; b) définir les termes prioritaires relatifs aux principales manifestations devant faire l’objet d’une surveillance continue de la sécurité des vaccins pendant la grossesse; c) élaborer des définitions conceptuelles de ces manifestations; et d) recommander un ensemble de données de base des termes clés applicables aux manifestations indésirables à recueillir lors des activités de surveillance de la sécurité des vaccins administrés durant la grossesse. Durant la consultation, il a également été recommandé d’élaborer un document d’orientation sur la collecte, l’analyse et la présentation des données de sécurité, les outils permettant d’harmoniser la collecte des données, l’échange des données et l’utilisation d’ensembles de données sur les soins de santé pour renforcer la surveillance de la sécurité des vaccins.

Le réseau d’alignement mondial de l’évaluation de la sécurité des vaccins durant la grossesse (GAIA) a été établi pour favoriser une compréhension commune à l’échelle mondiale des résultats et des méthodes de surveillance de la sécurité des vaccins utilisés durant la grossesse, en mettant particulièrement l’accent sur les pays à revenu faible ou intermédiaire. Dans le cadre de cette initiative, un projet de lignes directrices, intitulé «Lignes directrices pour la collecte, l’analyse et la présentation des données de sécurité dans les essais cliniques sur les vaccins administrés aux femmes enceintes», a été élaboré pour fournir des orientations sur les données à recueillir en priorité dans les études portant sur les vaccins administrés durant la grossesse et pour donner des conseils sur leur applicabilité à divers contextes géographiques et culturels et divers niveaux de ressources, y compris dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. L’objectif est également d’optimiser l’utilisation des données obtenues auprès des participants aux essais cliniques en améliorant l’exactitude et la comparabilité des données.

Ces lignes directrices sont destinées à toutes les entités participant à la planification, à l’évaluation et à la conduite d’études sur les vaccins administrés pendant la grossesse. Cependant, elles n’ont pas de caractère réglementaire et ne sont pas destinées à remplacer les processus établis et obligatoires de notification des manifestations indésirables. Sous leur forme actuelle, les normes recommandées pourront s’avérer difficiles à appliquer dans certains contextes.

Le document d’orientation met l’accent sur 5 aspects de la collecte de données dans les essais cliniques des vaccins administrés pendant la grossesse: i) collecte des données de base; b) données de dépistage avant la vaccination; c) données relatives au vaccin et à la vaccination, d) données de suivi (notamment données liées à la naissance et au nouveau-né); et e) données de surveillance des manifestations indésirables (chez la mère, le fœtus et le nourrisson). Bien qu’il ne soit pas toujours aisé de prédéfinir et de solliciter tous les résultats cliniques et biologiques possibles, il convient, dans la mesure du possible, de recueillir un ensemble de données de base dans tous les essais portant sur les vaccins durant la grossesse. Deux niveaux de priorité ont été définis pour la collecte des données – priorité 1: données jugées importantes pour la compréhension des résultats de l’essai et/ou requises par les autorités de réglementation nationales et/ou internationales; et priorité 2: données jugées moins importantes mais utiles.

Les lignes directrices préparées par GAIA ont fait l’objet d’un examen et d’une discussion par le sous-groupe du GACVS chargé des questions liées à la grossesse. Elles ont également été débattues lors de la Conférence de consensus internationale sur la surveillance harmonisée de la sécurité vaccinale durant la grossesse,4 tenue en mars 2016, avant d’être révisées. Le GACVS a examiné cette nouvelle version et convenu qu’une approche mondiale concertée est nécessaire pour parvenir à une harmonisation de la collecte des données sur l’innocuité lors des essais sur les vaccins administrés durant la grossesse.

Il a jugé que les lignes directrices proposées par GAIA étaient utiles et opportunes. Le GACVS a ajouté qu’il serait souhaitable qu’elles prévoient une certaine flexibilité des exigences relatives à la collecte des données de base car dans certains contextes, la collecte de toutes les données indiquées pourrait s’avérer impossible. Il importe de tenir compte des difficultés pouvant exister en termes d’infrastructure, de disponibilité des données de base, d’évolution des taux de base ou des normes cliniques dans divers contextes, ainsi que de reconnaître que la présence des chercheurs pourra parfois avoir une incidence sur les issues de la grossesse. Le GACVS a fait valoir que ces lignes directrices pourront être actualisées et qu’elles pourraient également être appliquées à la surveillance de la sécurité dans le cadre des études d’observation. En outre, pour tester et faciliter leur mise en œuvre, le GAVCS a souligné la nécessité de mener des essais et un examen sur le terrain, de mettre au point des outils pratiques à l’usage des chercheurs, d’entreprendre des activités de renforcement des capacités et de formation, et d’élaborer une stratégie de diffusion.

Mise à jour sur le vaccin contre la dengue

Lors de son dernier examen des vaccins contre la dengue, en juin 2015,5 le GACVS a étudié les données issues des essais cliniques de Phase III du vaccin CYD-TDV (vaccin tétravalent contre la dengue appelé Dengvaxia, produit par Sanofi Pasteur), notamment les données sur son innocuité à long terme. La surveillance de l’innocuité à court terme des manifestations indésirables les plus courantes a montré que le vaccin est bien toléré. Le GACVS a toutefois noté que le risque d’hospitalisation et de dengue sévère observé chez les enfants de 2 à 5 ans dans la troisième année suivant la vaccination était une source de préoccupation particulière. Il a également recommandé de surveiller le risque de dengue sévère chez les personnes de tous âges qui sont séronégatives avant la vaccination, ainsi que chez les sujets immunodéprimés ou appartenant à une tranche d’âge plus avancée (>45 ans).

En avril 2016, le SAGE a émis des recommandations identifiant les personnes susceptibles de tirer le plus grand avantage de la vaccination par le CYD-TDV et a formulé des orientations générales sur la surveillance post-homologation.6 Le SAGE a en particulier recommandé que les pays envisagent une introduction du CYD-TDV uniquement dans les zones géographiques (nationales ou infranationales) de forte endémicité, caractérisées par une séroprévalence d’environ ≥70% dans la tranche d’âge ciblée par la vaccination ou par d’autres marqueurs épidémiologiques adaptés. La grossesse reste une contre-indication.

Bien que le CYD-TDV soit désormais homologué dans plusieurs pays, seules les Philippines l’ont introduit à ce jour dans leur programme public de vaccination. Il y est administré dans le cadre d’un programme de vaccination mené en milieu scolaire chez les enfants en 4e année d’école primaire (âgés de 9-10 ans) dans 3 régions fortement endémiques. Le premier enfant a été vacciné aux Philippines en avril 2016 et actuellement, quelque 247 820 enfants ont reçu le vaccin, la cohorte totale ciblée s’élevant à environ 750 000 enfants. Le suivi des MAPI dans cette cohorte est assuré par une surveillance passive renforcée. Toutes les MAPI graves font l’objet d’une enquête rapide et sont examinées par un comité d’experts indépendants. À ce jour, 518 MAPI ont été notifiées, dont 21 MAPI graves et 2 décès. Parmi ces MAPI figuraient 2 réactions anxieuses et 4 cas considérés comme compatibles avec un lien de causalité avec le vaccin, désormais guéris.

Le GACVS a pris bonne note l’engagement du Gouvernement des Philippines, des communautés, des prestataires de soins et des vaccinateurs qui ont participé à la mise en œuvre du programme de vaccination contre la dengue. Étant le premier pays à avoir déployé le CYD-TDV, les Philippines pourront fournir des données cruciales de surveillance post-homologation des MAPI, qui seront d’une grande utilité pour la communauté mondiale et orienteront les décisions d’autres juridictions.

Des représentants de Sanofi Pasteur, le fabricant de Dengvaxia, ont également présenté au GACVS un exposé sur le suivi à plus long terme des cas hospitalisés de dengue parmi les participants des essais cliniques de Phase III. Au terme d’un suivi de plus de 4 ans depuis la première dose de vaccin, aucune augmentation systématique du risque relatif d’hospitalisation ou de dengue sévère n’a été constatée chez les sujets vaccinés de 9 à 16 ans. Toutefois, chez les plus jeunes (2 à 8 ans), on observe un risque relatif accru (RR>1, sans atteindre un niveau significatif), qui redescend après la 3e année suivant la première vaccination. Le Dengvaxia n’est pas homologué pour les enfants de <9 ans.

Suite à l’introduction des programmes de vaccination contre la dengue, le GACVS recommande d’assurer une surveillance rigoureuse et persistante, en mettant particulièrement l’accent sur la détermination des antécédents de vaccination et de dengue. Cela suppose que des ressources soient spécifiquement allouées à la tenue des registres de vaccination et à l’identification des cas hospitalisés de dengue, conformément à la définition de cas établie. Il se peut que cela ne soit réalisable que sur les sites sentinelles. Les essais présents ou futurs sur l’efficacité thérapeutique devront être évalués de manière approfondie, avec notamment un examen minutieux de la séropositivité avant la vaccination chez certaines cohortes. Les données issues de ces essais contribueront à une meilleure compréhension des facteurs de risque potentiels et des aspects immunologiques sous-jacents de la dengue, voire de la dengue sévère, après la vaccination.

Étude de preuve de concept pour une collaboration multi-pays

En 2011, l’OMS et ses partenaires ont publié le Projet mondial pour la sécurité des vaccins7 en vue d’optimiser la sécurité des vaccins en faisant un usage efficace des principes et des méthodes de pharmacovigilance. L’une des composantes de ce projet consistait à renforcer la capacité d’évaluation de la sécurité des vaccins au-delà de la pharmacovigilance de base dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. L’Initiative mondiale pour la sécurité des vaccins, en collaboration avec l’Organisation panaméricaine de la Santé et VACCINE.GRID,8 et au travers de son secrétariat sis à l’OMS, a testé un concept reposant sur la mise en place d’un réseau mondial de sites sentinelles hospitaliers pour la vérification des signaux de sécurité des vaccins et la mise à l’essai des hypothèses dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.

Un projet pilote a été réalisé pour évaluer la faisabilité, la qualité et la pérennité potentielle d’une collaboration multi-pays visant à étudier les manifestations postvaccinales indésirables rares. Le processus utilisé pour établir cette collaboration et conduire une étude a été présenté au GACVS, de même que les résultats préliminaires. Cet exposé a été complété par la perspective offerte par l’une des institutions participantes. En tout, 25 hôpitaux dans 16 pays ont participé au projet pilote. Le projet visait à évaluer la capacité du réseau à vérifier l’association connue entre les vaccins à valence rougeole et le purpura thrombopénique idiopathique (PTI), ainsi que la méningite à liquide clair associée à la composante antiourlienne de certains vaccins antirougeoleux-antiourlien-antirubéoleux (ROR). Les sites inclus dans l’étude ont bénéficié d’une formation, en personne ou en ligne, sur le protocole de l’étude, ainsi que sur les outils et procédures de collecte, d’analyse locale et de transfert des données vers une plateforme d’analyse centralisée au moyen d’un portail sécurisé. La validation des cas était rétrospective, reposant sur une recherche des dossiers ou registres informatiques. Après la validation, la méta-analyse est parvenue à identifier l’association connue entre le PTI et le vaccin antirougeoleux, ainsi que l’association escomptée entre la méningite à liquide clair et certains vaccins ROR.

Le GACVS a salué les efforts déployés pour mener à bien cette étude complexe. Il a ajouté que ce projet pilote contribuera à améliorer le savoir-faire sur de nombreux sites où travaillent des médecins et des infirmiers intéressés en la matière. Le GACVS a mis l’accent sur les questions de pérennité et les enseignements tirés de cette collaboration. Il est important qu’au niveau de chaque site, l’expérience faite de l’étude et de la collecte de données de qualité soit consignée pour guider la réalisation de futures études sur les manifestations graves et rares associées à la vaccination. À cet effet, il convient que l’OMS demeure en contact avec les sites et continue de communiquer avec les gouvernements respectifs correspondants afin de démontrer les bénéfices de cette capacité améliorée d’évaluation de la sécurité des vaccins. L’intégration de ces capacités dans le système national de pharmacovigilance vaccinale permettrait de garantir l’adhésion des pays et la pérennité de cet effort. Cette pérennité dépendra également des futurs mécanismes de financement, de l’engagement des pays eux-mêmes et de l’existence d’études pertinentes à entreprendre. Pour préserver ce savoir-faire, l’une des possibilités évoquées serait d’étendre cette initiative au-delà des seules questions de sécurité des vaccins pour inclure d’autres études appropriées sur les vaccins, comme la surveillance des maladies évitables par la vaccination. Après la publication des résultats issus de cette collaboration, les prochaines étapes consisteront à approfondir la réflexion sur les moyens de pérenniser cet effort et à identifier des projets futurs adaptés.


1 Voir No 41, 1999, p. 337-338.

2 Le GACVS a invité d’autres experts à présenter et à analyser les données relatives à des sujets particuliers. Il s’agissait de personnes affiliées aux organismes suivants: Fondation Bill et Melinda Gates, Seattle WA, États-Unis d’Amérique; Alliance GAVI, Genève, Suisse; INCLEN Trust International, New Delhi, Inde; Université Erasmus, Rotterdam, Pays-Bas; P-95 Heverlee, Belgique; St George’s University, Londres, Royaume-Uni; Ministère de la santé, Manille, Philippines; Cincinnati Childrens Hospital Medical Center, Cincinnati OH, États-Unis d’Amérique; et Sanofi Pasteur, Lyon, France.

3 Bill & Melinda Gates Foundation. A report of the safety surveillance working group. Disponible sur https://docs.gatesfoundation.org/documents/SSWG%20Final%20Report%2011%2019%2013_designed.pdf, consulté en juin 2016.

4 The International Alliance for Biological Standardization (IABS).

5 Voir No 34, 2015, p. 421-423.

6 Voir N° 21, 2016, p. 282-284.

7 WHO Global Vaccine Safety Blueprint. Disponible à l’adresse: http://vaccine-safety-training.org/tl_files/vs/pdf/WHO_IVB_12.07_eng.pdf; consulté en juin 2016.

8 Voir http://www.vaccinegrid.org/public.html