Initiative mondiale sur la sécurité des vaccins

Comité consultatif mondial de la Sécurité vaccinale, rapport de la réunion du 15 au 16 juin 2011

Publié dans le Relevé épidémiologique hebdomadaire du 22 juillet 2011

Le Comité consultatif mondial de la Sécurité vaccinale (GACVS), organe technique consultatif, scientifique et clinique, a été créé par l’OMS pour fournir des avis indépendants, avec la rigueur scientifique voulue, sur des questions de sécurité vaccinale pouvant avoir une importance mondiale.1 Le Comité a tenu sa 24e réunion à Genève (Suisse) en juin 2011.2 Le Comité a examiné i) de nouvelles données relatives à la sécurité du vaccin antiméningococcique A conjugué, ii) une nouvelle approche pour déterminer les manifestations postvaccinales indésirables (MAPI) graves, iii) ainsi que des fiches d’information portant sur la sécurité de vaccins importants et iv) la mise au point de stratégies mondiales visant à renforcer les capacités de surveillance et d’intervention en matière de sécurité vaccinale dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.

Sécurité du vaccin antiméningococcique A conjugué

Le GACVS a été saisi de données actualisées sur la sécurité du vaccin provenant de campagnes de vaccination par le vaccin antiméningococcique A conjugué MenAfriVac au Burkina Faso, Mali et Niger, les 3 pays où celui-ci avait été introduit au départ, en décembre 2010. Auparavant, les données présentées portant sur 7 essais cliniques de phase I et de phase II dans 5 sites (Gambie, Ghana, Inde, Mali et Sénégal), et à la suite de l’introduction pilote du vaccin en septembre 2010, n’avaient indiqué aucun motif de préoccupation quant à la sécurité de ce vaccin lyophilisé. La phase pilote a été suivie par l’introduction du vaccin dans les 62 districts du Burkina Faso, 20 districts au Mali et 11 districts au Niger, représentant une population totale de pratiquement 18 millions d’habitants: 10,7 millions au Burkina Faso, 4,5 millions au Mali et 2,7 millions au Niger. Conformément à une recommandation formulée par le GACVS avant les tournées de décembre 2010, un élément de surveillance active avait été inclus dans 1 district au Burkina Faso en plus du système de surveillance passive renforcée déjà mis en place.

La surveillance passive a révélé au total 1807 manifestations postvaccinales indésirables (MAPI), dont 44 graves, signalées sur 18,4 millions de personnes vaccinées dans 3 pays au cours de l’introduction du vaccin. Cela correspond à un taux de notification de 9,8 MAPI pour 100 000 personnes vaccinées. Les manifestations les plus couramment signalées ont été la fièvre (39,2%) et des réactions locales (28,4%). Sur la base d’un examen par les comités d’experts nationaux de chaque pays, 3 sur 44 MAPI graves seulement ont été classées comme possiblement ou probablement liées à la vaccination (1 cas de pustulose exanthémateuse aiguë, 1 cas de bronchospasme et 1 cas de vomissements). De plus, au cours de la phase pilote, 4 autres manifestations graves ont été classées comme possiblement ou probablement liées à la vaccination (bronchospasme, syndrome méningé, vomissements et urticaire). Une surveillance active de 12 syndromes présélectionnés a été menée pendant 52 jours (10 jours au cours de la campagne de vaccination et 42 jours après) dans 16 centres de soins de santé où avaient été vaccinées près de 100 000 personnes. Au total, 71 épisodes de ces syndromes ont fait l’objet d’une investigation, les plus courants étant les convulsions (32 cas), l’urticaire (18) et les bronchospasmes (14). Le Comité national d’experts du Burkina Faso a classé ces cas comme coïncidences. Pour les 3 syndromes les plus fréquents, la distribution des intervalles entre la vaccination et l’apparition des symptômes n’a révélé aucun groupement dans le temps.

Au total, 2022 femmes enceintes vaccinées au Burkina Faso et au Mali sont également suivies afin de recueillir des données sur les MAPI et l’issue de la grossesse.

Le GACVS a conclu que les données de la surveillance au cours de l’introduction du MenAfriVac n’indiquent aucune cause d’inquiétude au sujet de l’innocuité du vaccin. Toutefois, les notifications de bronchospasmes et d’urticaire pourraient suggérer des réactions d’hypersensibilité à la vaccination, et le Comité a recommandé un examen plus approfondi de ces cas pour exclure une anaphylaxie.

Le GACVS a reconnu qu’il ne serait pas faisable de mener une surveillance active généralisée, mais a souligné la nécessité de poursuivre la surveillance des MAPI à mesure que le vaccin sera plus largement disponible, de sorte à pouvoir obtenir des informations supplémentaires sur sa sécurité.

Causes des manifestations postvaccinales indésirables

En décembre 2010, compte tenu des difficultés rencontrées par de nombreux pays pour évaluer des cas individuels ou groupes de MAPI, le GACVS a convoqué un groupe d’experts chargé d’examiner les lignes directrices de l’OMS sur l’évaluation des causes de MAPI graves. Les lignes directrices sont destinées à évaluer la probabilité qu’un cas particulier de MAPI graves soit lié à la vaccination. L’examen est en cours. Il vise à mettre au point une approche simple, objective, transparente et fondée sur des données factuelles pour aider les autorités nationales et régionales à déterminer si une MAPI grave notifiée dans le cadre de la pharmacovigilance est susceptible d’avoir été provoquée par un vaccin particulier.

La nouvelle méthode d’évaluation des MAPI reposera sur l’expérience acquise avec des vaccins particuliers. Mais il est clair que l’évaluation des MAPI graves n’ayant pas précédemment été associée à un vaccin particulier exigera d’autres méthodes, y compris des études épidémiologiques, afin d’identifier la fréquence, la distribution et la présentation d’un événement, et de rechercher si un événement est associé à la vaccination.

Le GACVS a également souligné que les systèmes de surveillance des MAPI doivent être renforcés au niveau des pays et au niveau régional pour améliorer la notification des signaux consécutifs à la vaccination.

Information relative au taux de réaction aux vaccins

L’OMS met au point des fiches d’information qui récapituleront ce que l’on sait des taux de réactions consécutives à l’administration de vaccins déterminés. Les fiches d’information font partie d’une série qui sera mise à disposition sur le site Web de l’OMS; elles ont pour but d’aider les autorités sanitaires nationales et régionales de réglementation, ainsi que le personnel des programmes de vaccination. Elles pourront être utilisées comme ressources au cours de l’analyse, de l’investigation et de l’examen des réactions éventuelles à la vaccination.

Une série d’experts collaborent avec l’OMS à mettre au point et passer en revue ces fiches d’information. Dans le cadre de ce processus, le GACVS a examiné un projet d’introduction et deux projets de fiches d’information qui fournissent des données sur les taux de réactions consécutives à la vaccination par le vaccin contre Haemophilus influenzae type B et le vaccin à base de bacille de Calmette et Guérin. L’introduction explique comment les fiches d’information ont été composées.

Le GACVS soutient cette initiative et reconnaît l’utilité de ce moyen d’information. Il a reconnu que les fiches d’information sont mises au point à partir de données dérivées de revues de la littérature et d’examens d’experts plutôt qu’à travers un examen systématique des données sur chaque vaccin. Le GACVS a recommandé que l’introduction décrive les méthodes utilisées pour mettre au point les résumés de façon à ce qu’ils puissent être interprétés de façon appropriée.

Le processus de révision des fiches d’information et le rôle du GACVS ont été examinés. Il a été décidé que chaque fiche d’information serait revue par des experts. Chaque fiche d’information sera ensuite examinée à son tour par 2 membres du GACVS, qui feront des recommandations finales au Président du GACVS quant à la publication de la fiche. Il est prévu que ce processus soit achevé d’ici début 2012.

Élaboration d’une stratégie mondiale pour renforcer la sécurité vaccinale

La nécessité de systèmes efficaces qui permettent de surveiller la sécurité des vaccins et de faire face aux problèmes rencontrés dans les pays à revenu faible ou intermédiaire a été largement reconnue.3 Afin de répondre à cette demande, l’OMS coordonne la mise au point d’un plan stratégique. Le GACVS a examiné une première version de ce plan, baptisée «canevas de plan mondial pour la sécurité vaccinale». Le plan: i) aidera tous les pays à revenu faible ou intermédiaire à mettre sur pied au moins des capacités minimales pour surveiller efficacement la sécurité des vaccins et réagir aux signaux d’alerte, ii) renforcera le niveau de surveillance active de la sécurité des vaccins dans les pays qui introduisent de nouveaux vaccins, et iii) favorisera la collaboration internationale et encouragera la planification stratégique de sorte que tous les vaccins fassent l’objet d’une surveillance adéquate et que les informations relatives à la sécurité des vaccins soient mises en commun au niveau international.

Le GACVS a identifié plusieurs éléments du plan susceptibles d’être renforcés. Il est important que les programmes de vaccination évaluent la sécurité des vaccins dans le cadre de leur évaluation des avantages et des risques. Aussi le développement des capacités de surveillance de l’efficacité des vaccins pour prévenir les maladies cibles devrait-il également être considéré comme hautement prioritaire. Il faudrait concevoir un système de surveillance de la sécurité des vaccins pour déceler les problèmes potentiels de sécurité et réagir rapidement. Il convient de créer et de coordonner les moyens nécessaires pour mener des investigations épidémiologiques appropriées en réaction à des signaux d’alerte éventuels au niveau des pays ou interpays. Il existe plusieurs réseaux dotés des capacités voulues, et l’OMS jouera un rôle essentiel en réunissant et coordonnant ces groupes. De plus, parce que l’investigation des problèmes de sécurité exige une interaction étroite avec les fabricants, le plan devrait comprendre un code de conduite à respecter au cours des échanges avec l’industrie pharmaceutique. Il sera également important de faire en sorte qu’une proportion des budgets nationaux consacrés aux vaccins soit réservée à l’évaluation de la sécurité et aux investigations en la matière, car ces fonctions seront fondamentales pour soutenir la mise en place de systèmes de sécurité. Enfin, parce que de nombreuses activités de suivi et d’investigation avancés exigent l’accès à des informations relatives aux patients, le plan devrait promouvoir l’application d’une réglementation en matière de protection des données qui permette l’utilisation secondaire de données liées aux soins de santé à des fins de santé publique, y compris la mise en commun de données entre pays.

Le Secrétariat de l’OMS et les experts qui collaborent avec elle sont en train de rédiger une version du projet de plan stratégique qui sera mise à disposition de tous ceux qui sont considérés comme parties prenantes en matière de sécurité vaccinale mondiale et qui tiendra compte des avis reçus du GACVS et d’autres partenaires. Ce projet devrait être publié au cours du deuxième semestre de 2011.

  • Voir No. 41, 1999, pp. 337–338.
  • Le Comité a invité d’autres experts à présenter et examiner des données concernant des sujets particuliers. Parmi ceux-ci figuraient des experts des institutions suivantes: Hôpital Bambino Gesù, Rome (Italie), Ministère de la Santé, Ouagadougou (Burkina Faso), et Hôpital universitaire des Enfants, Bâle (Suisse).
  • Global Advisory Committee on Vaccine Safety (GACVS), WHO secretariat. Global safety of vaccines: strengthening systems for monitoring, management and the role of GACVS. Expert Review of Vaccines, 2009, 8:705–716.